C'est un sentiment qu'on partage tous : le blues du dimanche soir !

C’est un sentiment qu’on connait tous ou presque à peine terminé le déjeuner… Une petite boule au ventre, un début de mal de tête, voire des bouffées de stress et une appréhension diffuse qui progresse en même temps que progresse implacablement la journée… On se dit qu’on n’a rien fait… Qu’on ne s’est pas assez reposé… Qu’on ne s’est même pas détendu, et que demain, il faudra déjà retourner au boulot… Ce malaise porte un nom : c’est le blues du dimanche soir, mais n’ayez crainte, « ça se soigne », nous explique Elodie CHERMANN dans LE PARISIEN… Mais alors, ça se soigne comment ? C’est le docteur Florian FERRERI qui répond. Il publie ce lundi un livre consacré au sujet, et liste trois conseils afin de chasser la déprime dominicale… Tout d’abord garder le rythme : éviter de trop se décaler, proscrire donc la grasse matinée… Ensuite : éviter de s’infliger des corvées passé 17H – tenter plutôt de se détendre, de voir des amis, de s’amuser… Enfin, troisième conseil : essayer la relaxation… Mais bon, j’imagine que certains ont d’autres remèdes efficaces… La tisane, la vodka, ou le chocolat chaud. Ou encore le chocolat-vodka : 10 centilitres de chocolat, deux cuillères à soupe de vodka – il paraît que ça fonctionne très bien quand on veut faire passer ce fameux blues du dimanche soir…

Mais à la lecture des journaux, on peut être également saisi par le blues du dimanche matin…

Blues, notamment, à la lecture du reportage de Cyril BENSIMON dans LE MONDE : « La longue liste des disparus de Libreville »… Depuis les résultats de la présidentielle au Gabon, de nombreuses familles n’ont plus de nouvelles de leurs proches… Un fils, un frère ou un neveu… Souvent des partisans de Jean Ping, le leader de l’opposition… Des adversaires d’Ali Bongo, dont la victoire continue d’être contestée… La capitale du Gabon bruisse d’inquiétantes rumeurs, sur l’existence d’un charnier, l’existence d’escadrons de la mort… 47 disparus depuis la nuit d’émeute du 31 août… 41 blessés par balles et 27 morts identifiés, selon le recensement établi par l’opposition… Et mon confrère de décrire une ville qui vit dans une ambiance proche de l’état de siège… Des barrages militaires dans le centre de Libreville et des véhicules blindés dans les quartiers populaires…

LE JOURNAL DU DIMANCHE livre en outre une information qui alourdit la suspicion d’un trucage des résultats : « Watergate au Gabon : Ali Bongo espionnait les émissaires de l’Europe. » Les services secrets du président réélu ont en effet mis sur écoute les observateurs dépêchés par l’Union pour veiller à la régularité du scrutin. L’hebdomadaire a eu accès à une vingtaine d’enregistrements clandestins. Des observateurs écoutés, des observateurs espionnés, et un pouvoir qui a tout fait pour les empêcher d’observer ce qu’ils étaient venus observer…

Blues, également, à la lecture du témoignage recueilli par LIBERATION ce week-end… Témoignage d’une jeune secouriste syrienne, qui décrit l’horreur des bombardements continus de la ville Alep… L’horreur et, parfois, le soulagement au milieu de l’horreur… La jeune femme raconte ce nourrisson qu’elle a récupéré dans les décombres d’une maison bombardée… « Elle a un mois à peine et on a mis deux heures pour l’extirper. On entendait ses pleurs, et on a réussi, pierre après pierre, à dégager son petit corps. Dès que je l’ai vue, je l’ai attrapée, je l’ai serrée dans mes bras, tout en lui disant ‘ne pleure pas ma petite’, alors que je pleurais plus qu’elle sur son visage recouvert de poussière… Mais elle était indemne. Pas la moindre blessure, c’est miraculeux. »

Des petits miracles : c’est également ce donnent à voir les formidables photos publiées sur le site MAKING-OFF, le blog des journalistes de l’Agence AFP… Des fillettes qui mangent une glace, des garçons sur une balançoire, une enfant souriant dans un manège construit avec les restes de projectiles non explosés… Des images qui sont comme les angles cachés de la guerre… Des étincelles d’espoir… Car ces photos ont donc été prises en Syrie, photos de moments presqu’ordinaires qui, l’espace d’un instant, font oublier la mort qui rôde tout autour… Et ceux qui les ont prises expliquent que ce sont bien ces photos-là qu’ils préfèrent… Plus que les clichés terrifiants de cadavres au milieu des gravats…

Blues lorsque l’on songe au Gabon… Blues quand on songe à la Syrie : hier, le principal hôpital d’Alep a encore été bombardé… Dès lors, pour retrouver le moral, si l’on n’apprécie ni la relaxation, ni le chocolat-vodka, on peut se plonger dans la campagne politique du moment…

« Je serai présent au second tour de la présidentielle… » Qui s’exprime ainsi, ce matin, dans les colonnes du JDD ? Le Pen, Sarkozy, Mélenchon ? Hollande, Montebourg, Fillon, Duflot ? Non : aucun de ceux-là. C’est Nicolas Dupont-Aignan qui promet d’être la surprise de la prochaine élection. Lors de précédente, il avait pourtant recueilli moins de 2% des voix. Mais aujourd’hui, le président de ‘Debout la France’ assure sans rire qu’il sent que « ça démarre » pour lui, et que son mouvement est en train de passer d’une Très Petite Entreprise à une grosse PME… Et il ajoute, toujours sans rire, que deux candidats bouleversent actuellement le jeu politique : « c’est Macron et moi »… Là, on ne peut s’empêcher de penser au célèbre psychologue Emile Coué… 10 centilitres de méthode Coué, et deux cuillères à soupe de rêve éveillé… Mais le souverainiste rappelle que « Quand Donald Trump a dit qu’il gagnerait la primaire républicaine, personne ne l’a cru. » Sur ce point-là, il n’a pas tort. Puis, à l’instar d’Alain Delon, il se met à parler de lui comme s’il parlait d’un autre : « Si je dis aujourd’hui que Dupont-Aignan sera au second tour, personne ne va me croire. » Une nouvelle fois, il a raison. « Et pourtant, j’y serai », lance-t-il, avant de tempérer quelque peu son propos : « Je ferai tout pour y être. »

Y être ou ne pas y être, telle est bien la question qui agite ces temps-ci les leaders de gauche comme de droite… A gauche, c’est ce dimanche que le PS définira les conditions de sa primaire des 22 et 29 janvier : modalités de parrainage, nombre de bureaux de vote, dotation financière accordée aux candidats… Et c’est ce soir qu’Arnaud Montebourg, au 20H de TF1, dira s’il se présente ou non dans le cadre de cette primaire…

A droite, les candidats, on les connait déjà… Et c’est la photo de celui que les sondages présentent comme le favori qu’on retrouve à la Une du JDD ce matin… Une longue interview sous ce titre, censé tout résumer : « Juppé se lâche »… Sur la photo, il est souriant – ça mérite d’être souligné… Et c’est avant tout sur ses principaux adversaires qu’il se lâche. Ceux de l’autre bord, pour commencer.

C’est ainsi que de François Hollande, il déclare qu’il a donné « le spectacle de l’impréparation et de l’improvisation permanente ». Lui, à l’inverse, s’il est élu, promet de « rester cohérent tout au long de son quinquennat ». Il exclut, du reste, de travailler avec Emmanuel Macron, qu’il juge « ni loyal ni compétent ». « Le bilan de son passage à Bercy ? Les autocars, point barre. » Dès lors, qui pourrait-il nommer à Matignon ? Réponse d’Alain Juppé : « Il y a une bonne dizaine de Premier ministres possibles. Et pourquoi pas une femme ? » Mais il refuse toutefois de citer le moindre nom, riant même quand les journalistes lui proposent celui de Valérie Pécresse… Et à l’évocation du nom de Bruno Le Maire, là encore, Juppé botte en touche : « Aujourd’hui, Bruno est candidat à la primaire ».

Et c’est avec deux autres rivaux de cette primaire qu’il se fait le plus virulent… François Fillon l’a accusé de « servir de la tisane ». Réplique, ironique, de Juppé : « Je ne crois pas que sa stratégie soit particulièrement couronnée de succès pour l’instant. » Le même Fillon a proposé de supprimer 600.000 emplois de fonctionnaires en cinq ans. Réplique, laconique, de Juppé : « Il faut des mesures fortes, oui, mais réalistes. » Et, dit-il, avec tous ces « chocs » que proposent les uns et les autres : chocs fiscaux, chocs sociaux, chocs de compétitivité ou bien de simplification, « le bateau France risque de se lézarder rapidement »…

Juppé, lui, ne parle pas de chocs, mais il propose toutefois des mesures parfaitement de droite : la baisse des impôts, le retour aux 39 heures ou encore la limitation des mandats syndicaux. Il entend par ailleurs nommer des ministres pour cinq ans. Des projets auxquels, dit-il, ses équipes « travaillent déjà »…

Projets que Gilles Boyer, son directeur de campagne, explique en reprenant la critique de Fillon : ce n’est pas de la « tisane », mais de la « vodka-tisane – 10 centilitres de vodka, deux cuillères à soupe de tisane », pour un breuvage dont la note gustative se veut à la fois « corsée et sucrée »… Mais de cet entretien, ce qu’on retiendra surtout, c’est la décontraction qu’affiche Alain Juppé…

Il se réjouit de l’effet de son tweet sur la « nullité » du débat sur les Gaulois lancé par Nicolas Sarkozy… Un message retweeté 1.300 fois, sourit-il, avant de retirer crânement de son poignet sa montre en plastique noire… « Cinquante dollars », lance-t-il, ajoutant, malicieux : « J’ai raté ma vie, car à mon âge, je n’ai toujours pas de Rolex. » Nouvelle pique à l’adresse de Nicolas Sarkozy qui, hier soir encore, en meeting aux Sables d’Olonne, s’est érigé en pourfendeur de ce qu’il appelle « la pensée molle », et a accusé Juppé de proposer une « alternance molle » pour avoir invité tous les « déçus du Hollandisme » à voter pour lui à la primaire de novembre. Cette semaine, l’ancien président de la République avait même précisé : « Quand on cherche à se faire élire par les voix de gauche, on se prépare à mener une politique qui donnera des gages à la gauche. » Réponse d’Alain Juppé dans l’interview du JDD : « Quand on cherche à se faire élire par les voix du Front National, on risque de mener une politique inspirée par les thèses du Front National. »

Retour à l’envoyeur. La méthode tisane-vodka. Mais pour le blues du dimanche soir, je vous conseille le chocolat chaud…

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