Bonjour à tous… 3 décembre : à cinq mois de l’élection présidentielle on n’échappe pas au couple Nicolas-Ségolène, Ségolène-Nicolas ! « Ils sont au coude-à-coude », 50/50 assure le Journal du Dimanche en légende de leurs photos en gros plan, réalisées, l’une à Beyrouth, pour Ségolène, et l’autre à Angers pour Nicolas. « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage Ou comme cestuy-là qui conquit la toison Et puis est retourné, plein d’usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son âge ! » Chacun connaît la suite des « Regrets » de Du Bellay que l’on apprenait autrefois dans les écoles, sans en mesurer tout à fait, la brûlante actualité ! Mais vous Pierre Weil, vous vous souvenez de la suite, que l’on pourrait appliquer au voyage facile de Nicolas Sarkozy à Angers comme au séjour compliqué de Ségolène Royal au Proche-Orient. Nicolas-Ségolène, Ségolène-Nicolas, Nicolaine-Ségola, devrais-je dire, pour mieux retrouver les sonorités du XVIème siècle de Du Bellay. C’est elle, Ségolène Royal, ce dimanche en Israël et à Gaza après ses faux pas libanais, qui pourrait en effet réciter la suite du poème… « Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village Fumer la cheminée, et en quelle saison Reverrai-je le clos de ma pauvre maison, Qui m’est une province et beaucoup davantage » ? Et voici les deux tercets, que l’on dirait écrits, tout exprès, pour le meeting réussi, vendredi dernier à Angers de Nicolas Sarkozy. « Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux, Que des palais Romains le front audacieux, Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine : Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin, Plus mon petit Liré, que le mont Palatin, Et plus que l’air marin la douceur angevine. » La douceur angevine, Ségolène Royal devrait la retrouver, mardi prochain, en France, au terme de ses cinq jours de voyage au Liban, à Gaza et en Israël. Et après ce qu’il faut bien appeler aussi, une polémique née d’une rencontre vendredi dernier, avec des élus libanais de tous bords, venus voir et complimenter la députée française, des Deux-Sèvres candidate à l’Elysée. Et parmi ceux-là, un membre du Hezbollah : Monsieur Ali Ammar. Comme le souligne aujourd’hui Florence Muracciole, dans le Journal du Dimanche, une telle réunion à Beyrouth, n’était pas gagnée d’avance, alors qu’au même instant, se massaient au cœur de la capitale libanaise, des centaines de milliers de manifestants réclamant la démission de Monsieur Fouad Siniora. - « Drôle d’endroit pour une rencontre… » pourrait-on dire en paraphrasant un film célèbre, et drôle de moment aussi, pour Ségolène Royal, à qui, l’ambassadeur de France au Liban Monsieur Bernard Emié avait prodigué un bon conseil : ne restez pas ici en ce moment ! J’y suis, j’y reste, a répliqué Ségolène Royal jeudi dernier avant de se retrouver oui, un peu plus tard, face à un député du Hezbollah qui dénonçait : primo, la démence illimitée de l’administration américaine. Secundo : « les dirigeants de l’entité sioniste, et nous qui pensions qu’il y avait un état d’Israël reconnu à l’ONU… Non, non, lui a dit : l’entité sioniste. Et tertio… L’intervention israélienne au Liban, jugée comparable, selon lui, à l’occupation de la France par les nazis ! Est-ce qu’il l’a vraiment dit ? Oui, selon Isabelle Maudraud, l’envoyée spéciale du journal Le Monde, au Liban, qui rapporte ce propos fidèlement comme la plupart des correspondants ! - Non, il ne l’a pas dit a affirmé Ségolène Royal, avertie de l’émotion suscitée, par de telles déclarations face à une personnalité française. - « S’il l’a dit, je ne l’ai pas entendu, et si je l’avais entendu, eh bien, je serai sortie immédiatement ! » Il semble, je dis bien il semble, que dans cette affaire les journalistes aient eu entre les mains une traduction différente, de la traduction réservée à Ségolène Royal et aux personnalités présentes. - Traduction-trahison, mais quoi qu’il en soit, une question demeure, quand on n’est pas encore chef d’Etat, et contrait par conséquent de rencontrer des leaders pas forcément recommandables… faut-il aller jusqu’au dialogue avec des terroristes ? - Deux personnalités françaises marquantes, on l’a peut-être oublié mais ont dit par le passé, que le Hezbollah, était une organisation « terroriste ». Deux, deux : Alain Juppé et Lionel Jospin ! Cette audace leur a coûté, surtout à Lionel Jospin mais ils disaient vrai ! Alors deux autres, prennent aujourd’hui le relais et de Juppé et de Jospin, François Fillon, conseiller politique de Nicolas Sarkozy et Hervé de Charrette, ancien ministre des Affaires étrangères, un homme par conséquent très au fait des pièges du Proche-Orient. Alors, la réaction de Charrette et Fillon figure ce matin en encadré, dans la page événements du Journal du Dimanche. L’encadré est titré : Fillon et Charrette à l’attaque. Monsieur Fillon, - je cite le Journal du Dimanche– a qualifié de « choquantes les fautes que Ségolène Royal a multipliées ces dernières heures au Proche-Orient. Accepter de parler avec un membre du Hezbollah, organisation qui prône la destruction de l’état d’Israël était déjà une faute. Laisser insulter sans réagir les alliés, amis de la France, qu’il s’agisse des Etats-Unis ou d’Israël, en est une autre, lourde ! Le seul fait, poursuit Monsieur Fillon, que Madame Royal ait hésité à rencontrer des membres du Hamas fait froid dans le dos. Heureusement, heureusement, que ses collaborateurs l’ont corrigée. » L’ancien ministre des Affaires étrangères, Hervé de Charrette, a, pour sa part, estimé que Ségolène Royal s’était « fait complètement piégé par le Hezbollah » et « avait contribué à affaiblir la position de la France au Liban ». Alors, en Israël, ce week-end, le Yedioth Ahoronot, journal populaire, un peu à la manière de notre Parisien est plus aimable pour la candidate socialiste à l’Elysée. Il lui prodigue, seulement quelques conseils, avant de poursuivre aujourd’hui, sa route à Gaza et en Israël. Premier conseil. Madame, écoutez beaucoup, comme vous avez promis de le faire en France, et parlez peu… Et parmi les conseils suivants, celui-ci, à moitié élégant, évitez d’approcher le Président israélien Katsav. Un homme dont on connaît la réputation (fausse ou réelle – allez savoir-) de chaud lapin. Mais c’est joliment dit, par mes confrères israéliens. « Evitez, écrivent-ils, évitez Madame Royal le président Katsav, il n’a nul besoin, d’être photographié avec une jolie femme. » C’est le moins qu’on puisse dire. Dans Nice-Matin, George Marc Benamou est moins aimable. Selon lui, l’équipée proche-orientale de Ségolène Royal aura été marquée par trois gaffes et une cascade de démentis. Voilà ce que c’est écrit-il, de professer des idées simplistes et angéliques… on se prend les pieds dans le tapis libanais. On croit faire un bon coup poursuit-il, en se donnant une stature internationale qui vous manque… Et pan… on rencontre un Hezbollah, intégriste fanatique ! Et vlan, on le met sur le même plan que les démocrates libanais… Et pire encore, on salue « Un grand moment démocratique. » Tu parles d’un moment démocratique, grogne George Marc Benamou… tu parles, c’est un putsch… cet assaut du Hezbollah contre le seul gouvernement sérieux au Liban depuis longtemps, celui de Monsieur Siniora… Tu parle d’un moment démocratique ce lent grignotage du beau Liban multiconfessionnel par l’Islamisme chiite, qu’appuient et la Syrie, et l’Iran. Et Dieu dans tout cela, allez vous me demander ? Et le PSG, le Paris-Saint-Germain comment peut-il s’en sortir, après le report du match contre Toulouse… Et Noël qui vient. Et le groupe Genesis qui reprend la route, comme se réjouit le Parisien… Et François Bayrou… alors, là-dessus… un joli titre, le plus joli celui du Midi-Libre, en manchette aujourd’hui… « La bucolique entrée en campagne de François Bayrou »… Tout aussi impressionné, La Montagne de Clermont-Ferrand où je lis ceci : « Bayrou veut changer d’ère… » d’air ou d’ère ? La Montagne a choisi Bayrou veut changer d’air, de l’air, de l’air… Et je terminerai avec cet éditorial de Sébastien Lacroix dans le journal L’Union. Alors, c’est un éditorial formidable. Il est fatigué Sébastien Lacroix. Il dit : « Ils nous agacent, ils nous agacent tous… Et il explique : Durant la campagne, la France n’a plus que deux frontières : le périphérique et la Francilienne. A l’intérieur du périph’, les habitants s’appellent des bobos parisiens. Ils sont snobs, mènent une vie infernale et ils en sont fiers. Entre le périph’ et la Francilienne, ce sont les banlieues, aussi appelées cités. Dans cet espace interlope, la racaille empoisonne la vie de pauvres gens que le reste du pays plaint de tout son cœur en regardant la télévision. Au-delà de la Francilienne, c’est la province, verte et tranquille, un havre de paix et d’harmonie dans lequel s’épanouit le peuple français, le vrai. Voilà, conclut Sébastien Lacroix, voilà la géographie imbécile à laquelle se raccrochent les candidats à l’élection présidentielle, à chaque campagne électorale dès le choix du lieu d’annonce de leur candidature. Pour l’instant, aucun n’a osé se déclarer candidat de Bobigny ou d’Aulnay-sous-Bois. Bizarre, bizarre. Vous avez dit bizarre, j’ai dit bizarre.

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