Bonjour à tous. Bonjour Sandra Freeman, bonjour Stéphane Paoli... et bonjour aussi, Monsieur le Maire, selon la formule d’une émission célèbre des années soixante qui fit la fortune d’une station de radio concurrente. C’était au temps du passage de la France rurale à la France industrielle, et il était plaisant d’entendre dès potron minet, un maire avec accent chanter les vertus agrestes de sa commune : ses eaux ferrugineuses, ses bois, ses forêts, sa gâtine, ou ses guérets. Mais aujourd’hui, si je dis « Bonjour Monsieur le Maire », c’est parce que la presse dominicale en évoque trois. Et pas n’importe lesquels. Les maires de trois capitales européennes. Boris Johnson, le nouveau maire de Londres, un extravagant, comme l’écrit Marc Roche du MONDE. Mais plus encore, un conservateur conformiste et parfaitement tendance. Le second, tendance lui aussi, illustre à Rome depuis la mi-avril, la droite européenne montante. Il s’appelle Gianni Alemano, c’est un berlusconien qui a détrôné Walter Veltroni, l’ami du maire de Paris, Bertrand Delanoë. Delanoë, nous y voici. Lui est de gauche et fait figure d’exception dans la série. Saluons-le, Bonjour Monsieur le Maire, et pas seulement par courtoisie… mais parce que nous allons, dans les jours qui viennent, entendre souvent parler de lui, sur tous les médias… A la radio, à la télé, en librairie. Sûr qu’il va concurrencer les rétrospectives de Mai-68, que la presse de commémoration propose en avalanche. C’est le PARISIEN-DIMANCHE de ce 4 mai qui ouvre le feu avec un dossier de trois pages, intitulé : « Le plan secret de Delanoë pour succéder à François Hollande ». En première page : photo des deux hommes, et cette légende : «Le maire socialiste de Paris ne cache plus ses ambitions nationales et prépare discrètement mais activement la conquête du parti, tremplin pour l’élection présidentielle. Une stratégie en trois actes, précise LE PARISIEN, qui met aussi ses lecteurs en appétit, et les invite à tourner la page. Je tourne et lis ce rappel : «Il y a deux semaines, à propos du congrès socialiste de novembre prochain, Bertrand Delanoë avait prévenu « Je serai là, je m’engagerai… » Eh bien, c’est fait, il s’engage aux premiers jours de ce mois de mai, avec la sortie d’un premier texte d’idées, d’une dizaine de pages et articulé en trois parties : 1/ l’Etat de la France 2/ Projet sur l’économie du savoir et de la connaissance. 3/ Vers un nouveau Parti Socialiste Ce premier texte, préparé depuis plusieurs semaines avec les fidèles du maire, souvent aussi proches de Lionel Jospin, sera rendu public la semaine prochaine. - 2ème acte. Le 22 mai sortira aux Editions Robert Laffont un livre d’entretien réalisé avec le directeur du journal LIBERATION, Laurent Joffrin, titré selon le souhait de Bertrand Delanoë…«De l’audace». Je ne sais si je dois dire «De l’audace» à la manière de Madame de Staël, parlant de l’Allemagne… Ou «de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace»… à la façon de Danton, dont la statue orne la place de l’Odéon. Toujours est-il que selon LE PARISIEN, le plan média de l’ouvrage est déjà bouclé, sur les mois de mai et juin. Un journal télévisé de 20 heures est prévu. Publication de bonnes feuilles au NOUVEL OBSERVATEUR, signature dans les librairies et aux Fêtes de la Rose. Ce sera, selon mon confrère Eric Hacquenaut, une promotion à l’image de celle de Ségolène Royal, autour de son livre : «Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous». Mais attention, l’ouvrage-concurrent du maire de Paris, qui doit l’asseoir comme candidat à l’élection de 2012 se présentera, non pas comme une autobiographie, mais comme un livre de réflexion dépassant l’actualité municipale et nationale. - Troisième acte du parcours-conquête de M. Delanoë. Une journée d’études le 24 mai, et hop-là, après l’été le congrès, et le choix simple ou double… de la seule conquête du poste de Premier secrétaire du PS… ou des deux… succession de Hollande et candidature à la présidence. Bonjour Monsieur le Maire, et bonne chance. Vous avez, comme le souligne le PARISIEN DIMANCHE, une réelle popularité et un temps d’avance. Encore vous faut-il peut-être considérer, ce que dit Dominique Reynier, professeur à Sciences-Po Paris, dans LE MONDE daté dimanche-lundi, à propos de l’Europe qui se droitise. « Depuis 2007, remarque M. Reynier, on a eu dix élections générales : France, Estonie, Finlande, Pologne, Belgique, Danemark, Grèce, Irlande, Espagne, Italie. Partout où la droite était au pouvoir, elle y reste. En Italie, on vient d’assister au grand retour de Silvio Berlusconi. Le seul contre-exemple, c’est l’Espagne où la gauche reste au pouvoir.» Et l’expert de Sciences-Politique, de chercher les causes de cette droitisation : «On pourrait penser que le contexte de crise économique, dans lequel on est entré, serait plus favorable à la gauche, dans la mesure où il va générer une demande de redistribution, mais c’est la droite qui en profite. Elle a su se métamorphoser en mettant davantage l’accent sur une offre de protection identitaire et sécuritaire et, sur la question de l’immigration. Une des données déterminantes est le vieillissement démographique des sociétés européennes, qui expriment davantage de peurs et d’anxiété. A cet égard, Gianni Alemano, à Rome, est typiquement une figure de la droite européenne montante. Cela fait déjà un moment que l’on voit pousser ce type de profil. Il s’inscrit dans une droite classique, et rompt avec la référence à une idéologie d’extrême-droite. Et peut entrer dans un cadre de coalition tout en y important de manière radicale des thèmes comme la sécurité et l’immigration. Ces figures politiques vont utiliser efficacement, parce que sans prévention, des thèmes qui font la différence avec la gauche social-démocrate.» A gauche toute… réplique cependant, Marie Quenet dans le JOURNAL DU DIMANCHE, en évoquant le front commun que tentent Marie-Noëlle Lieneman et Paul Quilès, auteurs d’un petit livre blanc qui sera présenté à la presse demain. Livre-blanc intitulé « Fiers d’être de gauche » et dont on débattra dans une série de banquets-républicains. Juste au-dessus de cet article… Bernard Debré qui aurait peut-être pu, être maire de Paris, si on l’avait voulu… Bernard Debré qui aujourd’hui, joue à l’UMP les Antigone, et déclare : «Rebelle je suis, rebelle je resterai. Je ne voterai pas en l’état, la révision de la Constitution». Bonjour le rebelle… Wolinski, dans le même JOURNAL DU DIMANCHE décrit d’un coup de crayon, la montée des droites européennes. Mais il le fait en représentant une teuf, une rave party où l’on voit danser… Sarkozy et Merkel, Alemano et Berlusconi, et un blondinet, Boris Johnson. A côté du dessin de Wolinski, Michèle Stouvenot ironise elle aussi… sur l’humour de Boris, de Silvio et de Nicolas… une forme d’humour qu’elle n’aime pas beaucoup. Elle rapporter qu’au cours d’une réunion, Boris Johnson aurait dit : « Votez Tory, votre femme aura de plus gros seins. » Et il en a fait d’autres, Michèle Stouvenot le signe : «Entré chez les tories avec la gourmandise d’un bad boy devant les cuissardes de Madonna, Boris Johnson, ou plus précisément Alexander Boris de Pieffel Johnson, qui a des racines turques, juives, suisses et françaises – il a une grand-mère versaillaise – est tout aussi poilant. Nous dirons même plus : à rebrousse-poil. Un jour, il décrit Portsmouth comme « une ville pleine de drogués, d’obèses, de bons à rien, de travaillistes ». Un autre, il évoque les « négrillons » et les Africains « au sourire de pastèque ». D’après son entourage, la vanne visait Tony Blair, jouant au « grand chef blanc en visite en Afrique ». C’est dire si les gros seins ne sont pas les seules mamelles nourricières de sa politique. "Faire le clown est une stratégie, assure d’ailleurs sa sœur Rachel, interviewée par LE MONDE, Boris a retenu cette leçon de Churchill : bafouiller d’abord comme un ivrogne pour mieux prendre de court ses adversaires." » Dans LE MONDE, lisez Marc Roche qui le présente autrement : «La chance de Boris Johnson, malgré ses accents populistes, a également été de ne pas apparaître comme un tory de la vieille école, hostile à l’immigration, à la libéralisation des moeurs et aux minorités ethniques. Sa percée, il la doit aussi aux bobos, qui ont une vision sociale-libérale du capitalisme, et sont modérés sur les grands problèmes de société.» Un Coluche ou un homme sérieux ? LE MONDE a l’air de considérer que c’est un homme sérieux. Enfin, la couverture de MARIANNE où l’on voit Nicolas Sarkozy qui lève la main et qui dit : «Putain 4 ans» Et MARIANNE qui demande «Pourquoi n’y arrive-t-il pas ? Déjà la guerre de succession. Sondages exclusifs : ça va mal finir». Vous voyez, de tous côtés il y a de grands travaux. C’est pourquoi, plutôt que de vous parler de Mai-68 et de ses rétrospectives, je vous invite à passer ce qui vous reste de ce dimanche avec Le NOUVEL OBSERVATEUR et son grand dossier sur Claude Levi-Strauss. Pourquoi le dernier des géants et pourquoi lui ? Levi-Strauss est toujours vivant et La Pléïade publie l’ensemble de son œuvre.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.