Vous en avez sans doute entendu parler. Peut-être même l’avez-vous déjà entendu chanter. Il s’appelle Jean-Philippe Lafont, il a 66 ans, un physique imposant et des sourcils épais.

Vous en avez sans doute entendu parler. Peut-être même l’avez-vous déjà entendu chanter. Il s’appelle Jean-Philippe Lafont, il a 66 ans, un physique imposant et des sourcils épais. Fils d’un gazier chez EDF et d’une ouvreuse de cinéma, il se destinait au départ à une carrière dans la médecine, mais finalement, c’est dans le lyrique qu’il a trouvé sa voix. En l’occurrence, une voix de baryton-basse. On a pu l’entendre à Bastille comme à l’Opéra Garnier, la Scala de Milan, de même qu’au Carnegie Hall, salle mythique de New-York – l’entendre, notamment, dans Rigoletto, de Verdi. Jean-Philippe Lafont est donc chanteur d’opéra, mais il organise également des Master Class et, pour 500 euros de l’heure, il aide par ailleurs des chefs d’entreprise et autre décideurs nationaux à mieux parler et surtout apprendre à poser leur voix.

Et c’est donc lui, depuis trois mois, qui prodigue ses conseils à Emmanuel Macron

Lequel s’était fait sacrément moqué après ses hurlements et ses aigus incontrôlés des dernières minutes de son discours de la Porte de Versailles au mois de décembre. C’est à ce titre que le chanteur a donné, cette semaine, une interview à l’hebdo PARIS MATCH. Deux pages dans lesquelles il explique les bases de l’élocution politique : ralentir, insister, réfléchir aux liaisons.

Conseil numéro 1 : prendre son temps. « Tout le monde parle trop vite, assure-t-il. Or, lorsqu’on parle vite, on est moins bien compris. Et ensuite, il faut donc redire. »

Conseil numéro 2 : faire exister la ponctuation. « Il faut donner de la vie, de la couleur aux phrases. Quand tout est dit de la même façon, c’est monocorde et l’auditoire n’écoute plus. »

Conseil numéro 3 : maîtriser sa gestuelle. « Surtout, se concentrer, et ne pas laisser échapper des gestes inconsidérés. »

Conseil numéro 4 : utiliser les silences. « Laisser attendre les mots-clés permet de remobiliser. Et puis un silence donne la possibilité de respirer, tout en attisant la curiosité de ceux qui écoutent. »

Dès lors, ces différents conseils ont-ils déjà aidé le candidat qu’il coache ?

« Oui », selon Jean-Philippe Lafont, qui estime qu’Emmanuel Macron a gagné en maîtrise : « Il ne parle plus aussi haut, il reste dans un joli médium et il fait notamment ‘de très belles nasale’ ». Macron fait de ‘belles nasales’ : c’est une information.

Mais que pense donc le baryton de la façon de parler des autres candidats lancés vers Elysée ?

Jean-Luc Mélenchon, par exemple ? Il trouve « brillant » : « On voit qu’il aime le mot, qu’il aime le mâcher. » Et le socialiste Benoît Hamon ? Là, en revanche, le coach est sacrément sévère. Il le trouve trop banal. « Et même quand il dit des choses intéressante, il le dit de façon emmerdante. » Quant à Marine Le Pen, il la trouve simplement « vulgaire ». Et sur François Fillon, que dit le chanteur d’opéra ? Eh bien, le nom de François Fillon n’apparaît pas l’interview. Faut croire que Jean-Philippe Lafont n’avait rien à en dire. A moins, tout bonnement, que comme d’autres, il n’ait déjà acté que François Fillon ne serait plus candidat dans les jours qui viennent. Et, de fait, la question se pose à la lecture de la presse ce matin.

« A sept semaines du premier tour, la droite est en état de crise ».

C’est le titre à la Une du FIGARO. Et le journal, de droite, d’insister sur la détermination qu’a affichée hier François Fillon dans sa vidéo postée sur Facebook. Malgré les défections en série dans son camp, et malgré les appels, de plus en plus pressants, en faveur de son remplacement par Alain Juppé, l’encore candidat a invité ses partisans à venir nombreux demain pour lui témoigner leur soutien. Ce sera donc au Trocadéro, sur la place des Droits de l’Homme. Un rassemblement dont l’organisation a été confiée au mouvement Sens Commun. Sur SLATE.FR, vous pourrez lire les témoignages de ceux qui ont prévu de s’y rendre. Ceux qui soutiennent encore Fillon. Et tous disent que s’ils le soutiennent, c’est surtout pour son programme. « Le programme économique à la Thatcher dont la France a besoin », explique notamment Cyrille, 30 ans, conseiller financier. Mais ses démêlés avec la justice ne vous semblent donc pas importants, questionnent le site internet. Réponse d’Aymeric, élève avocat de Versailles : « Je trouve assez absurde que l’on cherche autant la vertu en politique. Les plus vertueux ne sont pas toujours les meilleurs hommes. Je pense à Robespierre, un être irréprochable sur tous les plans, mais qui fit pourtant guillotiner 80.000 Français. » Autre commentaire du côté de Francesca, Parisienne travaillant dans la communication : « Au moins, avec Sarko, on savait que c’était un voyou, mais c’était un voyou intelligent qui a réussi à ne pas se faire prendre avant d’être élu ! »

Des paroles de soutiens, mais cette fois de vrai soutien, on en trouve également dans les colonnes du FIGARO

Soutien, notamment, de l’ancien ministre Luc Chatel : « Seul le vainqueur de la primaire a aujourd’hui la légitimité pour être candidat. » Soutien, également, de l’ancien patron d’Axa, Henri de Castries, dans les colonnes du PARISIEN : « Je n’ai aucun doute sur la détermination de François Fillon ». Mais, pour le reste, l’heure n’est vraiment pas au soutien de l’ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy.

A la Une de LIBERATION : « Fillon, l’implosion ». Grand dessin de Willem. La tête du candidat, entouré de 25 visages, anonymes ceux-là, mais sur lesquels on peut lire : plan B, plan C, plan D, plan E, plan F, plan G. Jusqu’à la fin de l’alphabet. « Alain Juppé, le plan B des Républicains », commente MIDI LIBRE. « Juppé : un recours qui se précise », abonde CENTRE PRESSE, tandis que LIBERATION CHAMPAGNE évoque « le chemin de croix de Fillon ». Depuis qu’il a dit qu’il maintenait sa candidature malgré l’annonce de sa future mise en examen dans l’affaire des emplois présumés fictifs de sa femme, l’ex Premier ministre est donc lâché par une grande partie des siens – lâché, notamment, par son porte-parole Thierry Solère, lâché par l’UDI et même par son fidèle et indéfectible directeur de campagne Patrick Stéfanini. Le départ de ce dernier sera officialisé après le rassemblement de demain.

Sur le site du JDD, comme sur le HUFFINGTON POST, on peut d’ailleurs lire la lettre que Patrick Stéfanini a écrite à François Fillon. Il évoque à la fois des raisons « politiques » et des raisons « personnelles ». Il s’estime aujourd’hui minoritaire au sein de l’équipe du candidat. Il évoque ensuite des raisons « morales ». « La question de savoir si un responsable politique peut solliciter les suffrages des électeurs en étant mis en examen appelle d’abord une réponse morale », écrit-il. Et pour lui, la réponse est « non ».

« Fillon de plus en seul », commente PARIS NORMANDIE.

« Fillon, c’est fou ! », s’exclame à sa Une LA PROVENCE, décrivant une campagne sans dessus-dessous. « Mais qu’il dégage donc ! », s’emporte L’ECHO DE LA HAUTE-VIENNE. « Lâché par les élus, Fillon en appelle à la rue », note LA CHARENTE LIBRE. « Mais jusqu’où ira-t-il ? », s’interroge AUJOURD’HUI LE PARISIEN, pour qui le meeting de demain, place du Trocadéro, se présente vraiment comme celui de la dernière chance.

Sur son site, LIBERATION propose « un compteur des lâcheurs de Fillon » - ils étaient 139 hier soir à 21 heures. « Ce ne sont plus les rats qui quittent le navire, c’est le navire qui quitte le rat », commente Laurent Joffrin, évoquant « l’équipée solitaire » du vainqueur surprise de la primaire de la droite et du centre. Pour Guillaume Tabard, du FIGARO, « l’ancien Premier ministre ne peut plus compter que sur un raz-de-marée au Trocadéro qui, une fois de plus, déjouerait les pronostics ». Dans LA REPUBLIQUE DES PYRENEES, Jean-Marcel Bouguereau trouve que tout cela est « à l’image de ces situations où un forcené refuse de se rendre ».

Mais alors, que penser de l’hypothèse du plan B ?

Le plan Alain Juppé ? Eh bien, si l’on en croit LE PARISIEN, c’est un plan qui a des limites. Lire les explications données par Olivier Beaumont. Tout d’abord, il y a le problème des parrainages. Tous les élus qui ont déjà envoyé leur parrainage en faveur de François Fillon au Conseil Constitutionnel ne peuvent pas en envoyer un autre pour Alain Juppé – impossible de revenir en arrière. Deuxième problème : le problème de l’argent. Les 6 millions d’euros récoltés lors de la primaire de la droite sont allés dans les caisses de l’association politique de François Fillon. Rendra-t-il l’argent si d’aventure il abandonnait la course au profit d’Alain Juppé ? Troisième problème : l’image de Juppé – qui, du reste, a lui-même été condamné. Et puis il y a le cactus François Baroin, qui lui aussi se tient prêt s’il faut changer de candidat.

En tout état de cause, pour son discours de demain au Trocadéro, on ne peut que conseiller à François Fillon de penser aux différents conseils du chanteur d’opéra : prendre son temps, faire exister la ponctuation, maîtriser sa gestuelle et utiliser les silences.

Pour finir, quelques mots de l’autre homme qui fait la Une ce matin : Raymond Kopa

L’ancien joueur de football et premier Ballon d’or français est mort à 85 ans. Photo en noir et blanc, pleine page dans L’EQUIPE : à genoux, il refait ses lacets tout en scrutant le ciel. « Kopa : à jamais le pionnier », titre le quotidien sportif, avec un dossier de quinze pages dédiées à celui que l’on surnommait « Napoléon ». D’ailleurs, ainsi que l’écrit le blogueur Didier Pobel, il n’était pas seulement « une légende du foot », mais « une légende tout court » : « une figure populaire qui prouvait qu’un fils d’immigré polonais pouvait jaillir triomphant de la mine ». C’était, poursuit-il, du temps où « les Trente Glorieuses se cherchaient des héros. Un éclat de lumière, un élan collectif et une espérance en partage. Comme quelques autres, il fit basculer le sport dans cet univers fabuleux de l’épopée derrière lequel les marchands se tenaient déjà en embuscade. La magie d’hier a rendu l’antenne », conclue-t-il : « Salut le Kopa ! » Et salut à tous !

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