Bonjour à tous… « Idéalement, il faudrait se relire avant d’écrire. Faire sept fois le tour de son clavier, avant de commencer à appuyer sur les touches. Et après avoir fait jaillir le peu que l’on sait, avouer ou faire comprendre que l’on sait peu, en laissant sa place au doute et au mystère. » Voilà ce qu’écrit, ce matin Bruno Frappat, à la dernière page de La Croix, en s’inquiétant de la vogue du stylo-caméra. Avec ses emballements, son absence de distance, son manque de jugeote et ses effets de loupe, poussés jusqu’à la caricature. « Il y a des mots que l’on ne rattrape pas. Pas plus que les images de directs à la télévision, insiste le chroniqueur de La Croix… Prenez l’affaire Villemin. Combien de tous ceux qui écrivirent sur la tragédie de la Vologne, peuvent aujourd’hui, se relire sans rougir ? Dans les milliers de tonnes d’articles rédigés… combien d’élucubrations, combien de jeux cyniques, combien de niaiseries manipulées ? » Et Frappat de conclure, sur la prudence nécessaire voire l’aveu de l’ignorance du commentateur. « Elle serait plus vraie dit-il, que nos certitudes claironnées. Ce serait ça, la supériorité de l’écrit sur l’image : le dosage du je-ne-sais pas et du je-crois-savoir. Ce serait fade ? Sans doute ! Mais que veut le public ? Du totalement faux ou du presque vrai ? » Le vrai, le faux, le vraisemblable, et l’époque, dont on ne sait s’il convient de la vitupérer, en évoquant la fin de l’Histoire ou tout au moins des idéologies ! Il faut croire au progrès disait hier soir, Alain Juppé à la télé, après s’être inquiété des changements climatiques et de la disparition des poissons à l’horizon 2030. Si l’on ne fait rien ! La presse s’angoisse beaucoup elle aussi ce samedi et pas seulement à propos d’écologie en cette veille du sommet de Nairobi. C’est lundi au Kenya, rappelle L’Humanité que l’on va discuter, des suites du protocole de Kyoto. On y attend l’oncle Sam, mais également trois pays émergents gros pollueurs, qui refusent pour l’instant, comme les Etats-Unis les restrictions d’émissions de gaz carbonique envisagées. Mais selon l’Humanité, « les débats sur le climat se réchauffent », grâce à une prise de conscience des peuples… Mais aussi écrit Jean Paul Pierot grâce aux appels à la mobilisation lancés, aussi bien par Jacques Chirac, dont il cite le propos : « Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs » que par Al Gore, et son film-choc « Une vérité qui dérange. » Parmi les autres vérités dérangeantes, il y a pour François Régis Hutin, d’Ouest-France, le bras de fer nucléaire, Iran-Occident, et les décisions qu’il faudrait prendre. « L’Iran exhibe ses missiles »… c’est grave, explique Philippe Waucamp dans le Républicain lorrain… Grave parce que les Américains sont englués en Irak, et les européens endormis… Et l’éditorialiste de conclure : « D’une portée de deux mille kilomètres, ces missiles-là, qui pourront un jour être dotés de têtes nucléaires, sont en état d’atteindre le sud de l’Europe, conférant d’ores et déjà à Téhéran une capacité de dissuasion vis-à-vis du Vieux Continent. Ce qui risque, à terme, de distendre le lien stratégique entre Londres et Washington. Et de distancier un peu plus les Européens des intérêts israéliens. L’air de rien, nous venons d’entrer dans une ère nouvelle. » Ere nouvelle… Oui, bien sûr, si l’on veut bien se souvenir du best-seller d’Alain Peyrefitte, « Quand la Chine s’éveillera… » Nous y voilà, 41 chefs d’état et de gouvernements africains, ont rendez-vous à Pékin… C’est la rencontre d’un continent, avec un autre continent. Voulez-vous des routes, des infrastructures bon marché ? Vous paierez en pétrole, en matières premières, vos dettes effacées… Et voilà comment, les anciennes puissances impériales qui appellent aujourd’hui, les africains, à la bonne gouvernance, et aux droits de l’Homme, sont éclipsés, par les Chinois qui ont d’autres chats à fouetter. Comme disait Mao… Zedoug… « Peu importe qu’un chat, soit blanc ou noir, s’il attrape des souris. » A lire dans la page Opinions du Figaro l’analyse d’Irina de Chirikoff sur les visions du monde qui s’opposent, et pas seulement entre chinois et occidentaux, mais aussi, entre l’ouest et la Russie. L’analyste, grand reporter au Figaro, en profite pour rappeler, un poème d’Alexandre Brocke avec ce mot… « Nous, les Russes sommes les Scythes aux yeux bridés… » Et ce jugement de Custine qui lui fait pendant : « Les Russes sont des arabes blonds. » Retour en France, comme on dit, à la radio-télévision pour marquer les transitions. J’ai détaché trois bonnes lectures, pour ce week-end de froidure… Dans Le Monde, la pré-campagne présidentielle vue par le politologue Guy Hermet… Et cette question : y-a-t-il un bon usage du populisme ? « La démocratie – disait Churchill – est le pire des systèmes à l’ exception de tous les autres. » Pour Guy Hermet, politologue et essayiste, la démocratie représentative s’est coupée du peuple. Elle peut se renouveler en empruntant à ce qu’il appelle le « populisme contrôlé », qui apparaît dans la campagne présidentielle. » J’ai conservé aussi, les deux pages de réflexion d’Alain Etchegoyen publiées par Le Parisien, hier matin… sur une campagne électorale, sans vrais débats… En France, les télévisions jouent-elles leur rôle ? « Bien sûr que non ! Il est regrettable qu’une télévision publique conçoive comme un débat démocratique l’émission « L’arène de France » en lieu et place d’une vraie confrontation intellectuellement argumentée. A ma première « Marche du siècle », en 1991, nous étions quatre sur le plateau. Quinze ans après, nous étions dix-sept. Où est le débat ? Pourtant, la politique passionne les Français. Quand on voit les audiences des émissions à l’occasion des vrais événements politiques, on voit bien que les Français sont un peuple politique. Les télévisions devraient l’exploiter beaucoup plus. » Et je vous invite, à savourer, ce samedi dans Libération, la très pertinente analyse de François Cusset sur la mutation du paysage intellectuel français. Cusset est un normalien de 37 ans, ancien responsable du bureau du Livre à New-York… Et il écrit… « Le nouveau discours consiste à récuser toute forme de critique sociale en même temps que le marxisme comme si la pensée critique débouchait mécaniquement sur les miradors et les barbelés » « La révolte, à force d’être exclue de l’espace public, s’est faite clandestine, secrète, entre fuites imaginaires et communauté impossible. L’affrontement en revanche, devrait se faire de moins en moins latent. » Démontrer que la révolution est terminée. C’est le sens des rituels commémoratifs : la révolution c’est chic, puisque c’est fini. On peut même dire que célébrer 68 de cette façon est encore plus réactionnaire que de le condamner d’un bloc. » Lisez enfin… dans Les Lettres Françaises, ce jugement de Jean Ristat, citant Louis Aragon : « Nous sommes déjà dans cette époque d’eau bénite où tout fait marchandise, munie d’une étiquette ». « Le soleil brille pour tout le monde, il ne brille pas dans les prisons, il ne brille pas pour ceux qui travaillent dans la mine, ceux qui écaillent le poisson ceux qui mangent la mauvaise viande ceux qui fabriquent les épingles à cheveux ceux qui soufflent vides les bouteilles que d’autres boiront pleines ceux qui coupent le pain avec leur couteau ceux qui passent leurs vacances dans les usines ceux qui ne savent pas ce qu’il faut dire ceux qui traient les vaches et ne boivent pas le lait ceux qu’on n’endort pas chez le dentiste ceux qui crachent leurs poumons dans le métro ceux qui fabriquent dans les caves les stylos avec lesquels d’autres écriront en plain air que tout va pour le mieux ceux qui ont en trop à dire pour pouvoir le dire ceux qui ont du travail ceux qui n’en ont pas ceux qui en cherchent ceux qui n’en cherchent pas ceux qui donnent à boire aux chevaux ceux qui regardent leur chien mourir ceux qui ont le pain quotidien relativement hebdomadaire ceux qui l’hiver se chauffent dans les églises ceux que le suisse envoie se chauffer dehors ceux qui croupissent ceux qui voudraient manger pour vivre ceux qui voyagent sous les roues Paroles, Jacques Prévert, 1931

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