Bonjour à tous, et bravo à tous ceux qui malgré la crise, achètent et lisent encore les journaux ! Après tout c’est le meilleur moyen de mourir guéri, ou pas trop idiot. D’ailleurs quand vous cherchez dans le Larousse, la définition du mot « récession », vous ne voyez pas pourquoi Madame Lagarde ne l’a pas dit plus tôt. - Récession : du latin recesio, « ralentissement ou fléchissement de l’activité économique ». Le mot crise en revanche est plus effrayant, pire qu’un fléchissement. Du grec « crisis » : décision. Une crise c’est un changement souvent décisif, favorable ou défavorable, du cours d’une maladie. Crise cardiaque. Crise de rhumatismes. Crise de nerfs, crise économique, crise financière, crise de la main-d’œuvre, crise du logement, de l’université, de la recherche. Les médias ont usé le mot à trop l’employer. D’où son renforcement avec la formule : crise sans précédent ! « Le monde est plongé dans une crise sans précédent depuis la dernière guerre » écrit aussi ce matin François-Régis Hutin dans OUEST-FRANCE, avant de soupirer avec l’ensemble de ses confrères : « Comment les responsables financiers ont-ils pu laisser en arriver là ? ». Et l’éditorialiste du premier quotidien régional français de saluer l’économiste André Orléan, qui dès le printemps dernier dans la revue ESPRIT, avait annoncé « le temps des catastrophes, le temps de l’aveuglement et du désastre ». Attitude identique de l’hebdomadaire MARIANNE qui sur une double page reproduisant cinq nnées de couvertures anticipant la catastrophe, s’exclame aujourd’hui « MARIANNE l’avait écrit, MARIANNE l’avait prévu, mais quand nous dénoncions l’économie du mensonge et un capitalisme prêt à exploser, on nous traitait de ringards et de fous anxiogènes ! ». Claude Cabanes dans l’HUMANITE, remonte un peu plus haut en citant une lettre des Etats-Unis, dans laquelle Karl Marx, le philosophe barbu, écrivait : « Sur les décombres de ses propres ruines, le capital danse le sabbat ». Et mon confrère d’ajouter. « Et bien nous y voilà, une page de l’histoire se tourne, moins de vingt ans après la chute du Mur de Berlin, où l’on avait annoncé le règne de l’opulence, de la démocratie éternelle, grâce à la victoire totale du marché ». « Tout est cul par-dessus tête », souligne l’éditorialiste de l’HUMANITE, les institutions, les idées, les politiques, les mots eux-mêmes sont sens dessus-dessous, mais Madame Lagarde ne veut pas le voir. Un jour elle dit qu’il ne s’agit ni de la crise du capitalisme. Un autre, ni de la crise du libéralisme. C’est la crise de quoi alors. Une crise de foie du Président américain ? « Allons donc », conclut Cabanes, « 59 % des Français dans un sondage du FIGARO estiment qu’il faut changer profondément le système ». Bref, il faut une révolution. Jacques Julliard dans sa chronique du NOUVEL OBSERVATEUR est plus modéré que son confrère néo-marxiste. « Il y a », écrit-il, « une différence majeure entre la crise 2008 et celle de 1929. Il y a 80 ans, on croyait connaître deux remèdes radicaux à la crise du capitalisme libéral : à droite, le fascisme et à gauche le communisme ». « Fort heureusement », souligne Julliard, « nous sommes définitivement, du moins espérons-le, guéris de ces remèdes-là ». Et le chroniqueur du NOUVEL OBSERVATEUR d’expliquer que la réforme libérale et sociale d’un libéralisme devenu fou, devrait être la préoccupation numéro un des socialistes. Cela vaudrait mieux que de débattre à coups de savate des mérites respectifs de Bertrand, de Ségolène ou de Martine. Quand au Président de la République, qu’il appelle « le fougueux orateur de Toulon", le bon docteur Nicolas, Julliard lui suggère de convaincre son homonyme de l’Elysée, Mister Sarkozy, qui fait l’inverse de ce qu’il dit. Quel dommage, ironise Julliard, que Nicolas, l’anticapitaliste de Toulon ne soit pas au pouvoir. Quant aux économistes, aux experts, qui n’ont rien vu du jeu dangereux « des docteurs Folamour de la finance », comme les appelle Jean Daniel, Julliard en bon universitaire, les exonère d’une phrase. « Un ridicule », écrit-il, « qui se serait risqué au début de l’année 2008 à prophétiser une vague de nationalisations des banques aux USA, en Grande-Bretagne et au Benelux aurait passé pour un échappé de l’asile. « Comme quoi, l’économie politique est une discipline descriptive et nullement prédictive », conclut le chroniqueur du NOUVEL OBSERVATEUR. Laurent Joffrin dans LIBERATION fait un pas de plus, quand il écrit que la crise actuelle n’est pas seulement financière. C’est une crise intellectuelle. Ce n’est pas seulement une crise des valeurs boursières, c’est une crise des valeurs tout court, qu’il faut traiter de haut, en appelant à une gouvernance mondiale. Laquelle n’est pas une utopie, mais une nécessité vitale. Après tout, souligne LIBERATION, il y a 64 ans à Bretton Woods, 44 Nations alliées, parvinrent en trois semaines à mettre fin à l’instabilité des changes. Laquelle pouvait conduire à une guerre économique et mettre en danger la paix mondiale. Et LIBERATION de saluer, comme un bon début de réunion à Paris de Gordon Brown, Silvio Berlusconi, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. LIBE évoque à cet égard, un sommet des 8 chefs d’Etat des pays les plus riches, après l’élection américaine. Et publie aussi en encadré quatre commentaires convergents et divergents, des chefs d’Etat qui vont se concerter ce samedi à Paris. Gordon Brown rejette l’idée d’un plan de sauvetage. « Il est normal que des pays veuillent chercher à prendre leurs propres décisions, notamment lorsque l’argent de leurs contribuables est potentiellement menacé ». Angela Merkel : « Hélas, les marchés financiers se sont trop longtemps opposé à la mise en place de règles, avec le soutien du Royaume-Uni et des Etats-Unis ». Nicolas Sarkozy : « Le laisser-faire, c’est fini. Le marché qui a toujours raison, c’est fini.» Silvio Berlusconi ! « Notre système est différent des autres pays, il est constitué de banques de dépôts et non financières. Nous sommes un peuple de travailleurs, de gens concrets qui ont investi dans le bâtiment ». Dans sa chronique dans la CROIX, Bruno Frappat sous le titre « tous les espoirs sont permis » écrit : « Ce qui se passe sous nos yeux, et par les oreilles, depuis quelques semaines autour des temples du Veau d’or de la finance mondiale n’annonce pas la fin de la vie sur terre. Mais sans doute, de manière beaucoup plus positive, une vraie révolution culturelle, riche (si l’on ose dire) de perspectives ». Je ne vais pas vous chanter un très bel éditorial sur les crises financières sur le Veau d’or. Mais Charles Trenet avait écrit « la Java du diable » « Un jour le diable fit une java Qu’avait tout l’air d’une mazurka Valse à trois temps, il n’savait pas Ce qu’il venait d’composer là Mais le plus terrible ravage Fut dans l’monde des banquiers Où la grande java sauvage Fit des victimes par milliers « Un, deux, trois, quatre ». Hurlaient New York et Chicago L’or ne vendit au prix du plâtre Et le cigare au prix du mégot ».

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.