De deux choses lune, l’autre c’est le soleil ! Lequel soleil devrait donc briller pour tout le monde ! ou presque. Car comme écrivait Prévert, « le soleil des pauvres, des travailleurs, c’est la soif, la poussière, la sueur, le goudron… Et s’ils travaillent en plein soleil, c’est l’insolation. Quant au clair de lune, pour les travailleurs de nuit, c’est la bronchite, la pharmacie, les emmerdements, les ennuis… ». De deux choses lune, l’autre c’est le soleil… L’aphorisme du poète vaut aussi pour les feuilletons de l’été – toujours d’actualité en ce week-end de rentrée. Football… De deux choses lune : Laurent Blanc, à la tête des bleus, allait faire mieux ou pire que Domenech. Hier soir, contre la Biélorussie, ce fut catastrophique, titre l’EQUIPE. La France battue, un à zéro. Que sera-ce, mardi, contre la petite Bosnie… Waterloo ou Austerlitz ? Eric Woerth… De deux chose lune, ou il pilotera à partir de mardi et pour les deux mois qui viennent la réforme des retraites, ou il laissera la place à un autre . Le ministre du travail est incertain, titre LE MONDE et de plus en plus fragilisé, même si Nicolas Sarkozy refuse de le lâcher. Deux nouveaux courriers, l’impliquent et le piègent, ajoute le JOURNAL du DIMANCHE, avant de récapituler : « trois lettres pour un mensonge ». De deux choses lune : les Roms, c’est affaire de police, de principe, de conscience… la presse est partagée, mais comme l’écrit Franz-Olivier Giesbert dans le POINT… « Sur le fond de cette affaire, l’hypocrisie est générale, à gauche et à droite.» Explication de mon confrère : « Sur cette question de l’expulsion des illégaux, nous pensons tous double ou triple. D’un côté, chacun est d’accord sur l’idée qu’il faut appliquer la loi, mais en catimini. Pas en fanfare. Et de l’autre, personne ne peut résister au regard d’un enfant qui pleure dans les bras de sa mère, pendant que les pelleteuses de la République nettoient le camp interdit. » Et Giesbert poursuit : « Nos politiciens sont à notre image : mal à l’aise. C’est pourquoi, hormis quelques exaltés d’une cause ou d’une autre, ils se tortillent et se contorsionnent sans trop en dire… Il n’est pas si loin le temps ou Thierry Maulnier, académicien et journaliste bien à droite, pouvait écrire drôlement : « La France est la patrie du genre humain qui accueille bien les étrangers… Exception faite, bien entendu des Amerloques, des Englishes, des Fridolins, des Macaronis, des Espingouins et autres métèques. » Drôle aussi, mais en apparence seulement, Jean-François Kahn, fait dans MARIANNE l’éloge de la politique sécuritaire du Président Sarkozy. Populiste lui ? écrit-il, vous voulez rire, il a réussi à mettre dans son camps, tous les rescapés de la gauche Caviar, d’Alain Minc à Bernard Tapie. De Jacques Séguéla à Jack Lang. Rien que pour cela, la gauche devrait lui rendre hommage. Il l’a débarrassée de ses pires démons. Et le même Jean-François Kahn, qui cet été, signait huit pages affirmant que le Président de la République était un voyou, prétend opposer son antisarkozysme secondaire, au sarkozysme primaire de l’UMP. « Nous avons », écrit-il, « un Président formidable qui mérite d’entrer dans l’histoire. Voilà un homme qui fait reculer nos peurs et nos angoisses. C’est la gauche au pouvoir qui insistait sur le sentiment d’insécurité des Français. Pas lui. Nicolas Sarkozy a compris que la peur du gendarme, même sans gendarme, est plus efficace que la présence de gendarmes qui ne font pas peur ! » Ouais, mais il en est d’autres dans la presse qui ne rigolent pas sur ces sujets… Ainsi Paul Quinio qui écrit dans LIBERATION que les manifestations du week-end contre la stigmatisation des Roms, la xénophobie et l’inflation de la répression pénale seront « un premier indicateur de l’humeur du pays, en cette rentrée politique plutôt mouvementée. » Pour l’HUMANITE, c’est la République qui va manifester aujourd’hui, dans les rues de 130 villes, contre les dérives dangereuses d’un pouvoir affaibli. « Pouvoir qui », selon mon confrère Maurice Ulrich, « recourt aux expédients du déshonneur. » François-Xavier Bourmaud du FIGARO ne partage évidemment pas cet avis et souligne au contraire qu’un socialiste, sénateur-maire de Dijon, Monsieur François Rebsamen, soutient l’évacuation des camps de Roms illégaux. Et selon mon confrère, il ne serait pas le seul. D’autres maires PS le suivent et mettent à l’épreuve, la direction du Parti. Le FIGARO ajoute à cela, un sondage d’Opinion-Way circonstanciel lui aussi sur les meilleurs opposants à la politique du Président de la République. C’est un baromètre naturellement, qui doit à la présence des uns et des autres, ces derniers jours dans les médias. Martine Aubry arrive bonne première, avec 22 % des réponses. Dominique de Villepin et Marine Le Pen font jeu égal, à 8... Dominique Strauss-Kahn : 6… Ségolène Royal : 4… Eva Joly : 3. C’est inquiétant pour le PS, commente Nicolas Barotte, car mis à part Martine Aubry, les meilleurs opposants à Nicolas Sarkozy ne sont pas socialistes. Bruno Frappat dans LA CROIX, préfère attendre la fin du feuilleton que je rapportais tout à l’heure, avec Prévert… « De deux choses lune… l’autre c’est le soleil ». Vous l’avez échappé belle, écrit-il à ses lecteurs… Imaginez que nous ayons chroniqué cet été, sur le football, sur la sécurité, sur le feuilleton Bettencourt, les retraites et Eric Woerth… Vous ne l’auriez pas supporté. Vous auriez été exaspéré. Voilà, écrit Frappat, j’ai fait silence, et c’est bien ça. Ce qui n’empêche pas mon confrère du quotidien chrétien de plaider, devant le tribunal de l’opinion, pour les Français d’origine étrangère, en s’appuyant naturellement sur l’Evangile. Je le cite : « L’Evangile ? Quès aco, se demande la droite cynique… et pragmatique. Nécessaire donc de rappeler, insiste Frappat, que pour un chrétien tout homme est fils de Dieu, égal en dignité aux autres fils de Dieu. Qu’un beur, vaut un ministre de l’intérieur… un Arabe, un Auvergnat… un délinquant, un sage… Un voyou, un bien élevé. Et qu’il faut se faire à ce scandale, à savoir que les emmerdeurs ont les mêmes droits que ceux qu’ils enquiquinent ». Et voilà, conclut le chroniqueur de LA CROIX comment nous nous faisons, entre bien-pensance et mal-pensance, une certaine idée de la France et de Grenoble. Bien vu. Encore ai-je gardé sur ce point le meilleur éditorial, le plus poétique que vous trouverez dans « le Roman inachevé » de Louis Aragon. « Il existe près des écluses Un bas quartier de bohémiens Dont la belle jeunesse s’use A démêler le tien du mien En bande on s’y rend en voiture Ordinairement au mois d’août Ils disent la bonne aventure Pour des piments et du vin doux. J’ai pris la main d’une éphémère Qui m’a suivi dans ma maison Elle avait les yeux d’Outre-mer Elle en montrait la déraison Elle avait la marche légère Et de longues jambes de faon J’aimais déjà les étrangères Quand j’étais un petit enfant ».

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