Bonjour à tous… «Comme je descendais des fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs : Des peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.» Les journaux, ce matin, renvoient à Rimbaud, au golfe d’Aden et à la côte des Somalies, dans ces eaux dangereuses où les bateaux sont frêles comme des papillons de mai. Là, précisément où, comme chantait le poète, l’on regrette l’Europe aux anciens parapets ». LE FIGARO, LIBERATION, LE PROVENCAL, LE PARISIEN, NICE-MATIN, OUEST France, le TELEGRAMME DE BREST, accordent la meilleure place aujourd’hui au voilier français, pris à l’abordage vendredi au large de la Somalie. Retour des Seychelles, Le Ponant, un trois mats de 88 mètres, se dirigeait via le Canal de Suez vers la Méditerranée pour une croisière prévue entre Alexandrie et la Valette. Les 32 membres d’équipage du bateau de luxe ont été attaqués par des pirates dont on ne sait pas grand-chose au vu des communiqués prudents des autorités françaises alertées. Aranud de la Grange, dans LE FIGARO et Christophe Ayad dans LIBERATION disent la même chose : « Le Ponant a été victime d’un acte de piraterie vendredi en début d’après-midi, alors qu’il naviguait entre la Somalie et le Yemen ». Le yacht et ses 32 hommes d’équipage ne transportaient aucun passager, et aucun coup de feu n’a été tiré dans l’attaque, a précisé l’état-major des armées à Paris. LIBERATION, LE FIGARO, LE PROVENCAL, NICE-MATIN, s’accordent de la même façon, pour indiquer qu’une cellule de crise a été mise en place, par le quai d’Orsay, pour coordonner la liaison entre les autorités françaises, l’armateur (CMA-CGM) et les familles des marins. De son côté, le gouvernement a déclenché le plan dit « plan pirate-mer » qui mobilise des unités de commando-marine et des gendarmes du GIGN, spécialisés dans le contre-terrorisme maritime. Selon LIBERATION, ces derniers se sont envolés pour Djibouti, où l’on dispose d’une base militaire permanente importante, la plus importante sur le continent africain. Si mes souvenirs sont bons, à Pâques, à 8 h et demi, il fait déjà pas loin de 30° à Djibouti. Dans une heure, au bar du Palmier en Zinc, comme ailleurs, il fera 40, près de ces côtes où les trafics en tous genres n’ont jamais pu être éradiqués. Trafics d’armes, trafics de drogues, trafics humains même, n’ont jamais cessé, malgré les patrouilles de l’aéronavale présente dans cette zone clé. Christophe Ayad dans LIBERATION écrit que les eaux territoriales somaliennes sont les plus dangereuses du monde, en raison de l’absence d’état central à même de contrôler l es côtes. « La piraterie, explique-t-il, y est une véritable industrie ». Les pirates se camouflent dans des bateaux de pêche, et agissent de façon très organisée à l’aide de vedettes rapides, qui leur permettent d’agir par surprise, et de se mettre, affaire faite, vite à l’abri. C’est pourquoi le Bureau Maritime International recommande aux capitaines de croiser au large, et de ne pas s’approcher à moins de 200 miles nautiques de la côte somalienne. LE FIGARO reproduit là-dessus une dépêche de l’Agence France Presse, très éloquente, sur cette puissante mafia des mers. Ces gangs somaliens qui opèrent à partir de côtes et de ports que personne ne contrôle. « Ces pirates utilisent de grands bateaux (chalutiers ou cargos eux-mêmes volés) qui servent de base flottante à de plus petits esquifs. « Ils se font passer pour des pêcheurs et attendent leurs proies », explique Michael Wall, ancien officier de l’US Navy. Les équipes d’abordage sont en général formées d’une quarantaine d’hommes, armés de kalachnikovs et de lance-roquettes, mais « ils peuvent se grouper et opérer à plus de cent » ajoute M. Wall. Alors que traditionnellement, les pirates se contentaient de monter à bord et de voler l’argent et les valeurs de l’équipage, les bandes somaliennes se sont aperçues qu’elles pouvaient gagner beaucoup plus d’argent en rançonnant les armateurs et les propriétaires. « Ils ont des ports, des zones de mouillage contrôlées par des bandes armées où ils savent que personne n’ira jamais les déranger. Ils y planquent leurs captures et lancent les négociations. » Le Bureau international de la marine a attribué la recrudescence de la piraterie à l’éviction des Tribunaux islamiques du pouvoir à Mogadiscio par l’armée éthiopienne, début 2007. Un effet pervers de cette opération anti-islamiste parrainée par Washington. Dans ce contexte, la parole politique est prudente. Interrogé sur une intervention éventuelle des forces, Hervé Morin, le ministre de la Défense, s’est contenté d’expliquer que ses services étudiaient et réfléchissaient. « En fonction des trajets, de la situation à bord, nous verrons ce que nous ferons ». Attitude identique du Premier ministre François Fillon, lequel questionné lors d’un point presse à Bruxelles, a déclaré : « le ministère de la Défense, le ministère des Affaires étrangères, sont mobilisés pour agir le plus rapidement possible, j’espère dans les minutes ou dans les heures qui viennent pour tenter d’obtenir la libération de ces otages. » Voilà, je vous renvoie aux journaux que je citai tout à l’heure. Avec une remarque : les quotidiens qui s’attachent le plus ce matin, à suivre cette étrange affaire, sont ceux de nos régions côtières. NICE-MATIN, LE PROVENCAL, LA MARSEILLAISE, OUEST France, LA DEPECHE, LE TELEGRAMME, avec une mention particulière pour les DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE… alors que Strasbourg n’est pas un port de mer ! Le grand titre des DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE rejoint l’autre grand thème qui travaille la presse aujourd’hui : l’économie et les mesures Sarkozy, sur les 5 milliards d’économies à réaliser sur les politiques publiques. A en croire mes confrères alsaciens, en effet, le sort des frontaliers n’est plus ce qu’il était. Fini l’âge d’or des 64.000 alsaciens qui passaient le Rhin pour trouver des conditions de travail plus avantageuse en Allemagne. Selon les DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE, le statut des frontaliers se précarise des deux côtés. A deux pas de là, en Lorraine, c’est la tragédie de Gandrange qui obsède autant LE REPUBLICAIN que le quotidien communiste L’HUMANITE ; Lequel titre sur la fermeture de l’usine entérinée malgré Nicolas Sarkozy qui avait promis aux salariés d’Arcelor Mittal qu’il ne les laisserait pas tomber. Une rencontre est prévue lundi à Paris, entre le président de la République et les organisations syndicales de Gandrange… « De l’esbrouffe » selon les salariés indignés que cite L’HUMANITE. Sur le plan d’économie Sarkozy, la presse est plus partagée. Selon les uns, c’est trop, selon les autres pas assez… Même désaccord sur les mots, est-ce de la rigueur, ou de la réforme ? Etienne Mougeotte, dans LE FIGARO, applaudit… sur l’Etat qui maigrit : « Allez, ne boudons pas notre plaisir ! Voilà engagé le mouvement de baisse des dépenses de l’Etat, de diminution du nombre de fonctionnaires et donc de rationalisation des politiques publiques. Qu’importe le flacon : rigueur, austérité ou diète, pourvu qu’on ait le résultat : l’arrêt des gaspillages. C’est un bon début, mais ce n’est qu’un début car 5 milliards d’euros d’économies nettes représentent tout juste 10% de notre déficit budgétaire annuel de 52 milliards. » Tandis que Laurent Joffrin parle de rigueur masquée et se réjouit moins… « Le plan Sarkozy, aussi… s’avance masqué. Pris à contre-pied par la conjoncture, le gouvernement sait qu’il devra aller plus loin dans les économies, sauf à jeter par-dessus les moulins ses engagements européens. Sarkozy, qui se voyait président du pouvoir d’achat, ne se résout pas à être celui du tour de vis. Il faudra bien pourtant, un jour ou l’autre, manger le morceau. » ça veut dire qu’on a du souci à se faire. Enfin, c’est dans LES ECHOS en dernière page, on va fêter demain un centenaire, le centenaire de la naissance du grand chef d’orchestre, Herbert Von Karajan. LES ECHOS n’oublient pas dire qu’il était diplômé en études techniques, qu’il avait fait une thèse intitulée « Thermodynamique et moteurs à explosion », et qu’il avait mis sans état d’âme, sa baguette au service des nazis, ce qui lui valut après la guerre deux années de purgatoire de la part des Alliés…. Quelque fois la musique et la grosse caisse de la violence peuvent aller ensemble.

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