Bonjour à tous… Chançards, veinards, heureux habitants de la plus belle, de la plus généreuse, de la plus douce des France ! La terre des arts, des armes et des lois (et du football) a été récompensée hier au Cap, puisqu’elle va affronter en juin, lors du Mondial 2010, un groupe relativement facile ! Du coup, la presse exulte et le TELEGRAMME de Brest n’est pas seul à titrer ce matin sur les Bleus qui peuvent s’estimer heureux d’un tirage au sort ultra-favorable ! L’Uruguay le 11 juin. Le Mexique le 17. L’Afrique du Sud le 22… Pas de doute non plus pour l’EQUIPE selon lequel « le sort a eu la main heureuse ! » Ca c’est du pot… ! écrit même le quotidien du sport, dans les huit pages spéciales consacrées à une loterie, qui réjouit aussi bien, souligne le PARISIEN, la belle Adriana Karembeu, que les aficionados, Dany Cohn-Bendit, Eric Woerth, Bernard Pivot et quelques autres. Seul Patrick Bruel, interviewé lui aussi, déclare au PARISIEN qu’il n’est pas fou de joie, et qu’il convient de se méfier de l’Uruguay et de l’Afrique du Sud, laquelle sera poussée, chez elle, par 80.000 supporters. Pivot est plus optimiste… Selon lui, si la qualification de la France a déçu, le miracle continue ! Et l’ami des livres d’ajouter : « Si au Cap, les Bleus ne sortent pas vainqueurs du groupe A, ils seront vraiment inexcusables. Domenech est quand même un sacré joueur de poker. Il a tellement de chance, qu’au Cap, en juin, il n’aura pas besoin de bluffer ! ». Vernis les bleus ! s’écrit aussi le JOURNAL de la HAUTE-VIENNE et tandis qu’OUEST-France salue un tirage idéal, la NOUVELLE REPUBLIQUE du CENTRE comme la DEPECHE du MIDI, s’enchantent d’une main heureuse et d’une belle chance au tirage ! Plus réservé, LIBERATION s’attend à un piège et titre dans sa page « sports », sur un « Mirage au sort ! ». Le FIGARO fait trois colonnes à la une sur une bonne surprise… Mais c’est la bonne surprise américaine des chiffres de l’emploi. En effet, en novembre, les Etats-Unis n’ont détruit que 11.000 emplois, soit dix fois moins qu’au mois d’octobre. Le football lui, n’est signalé que par une petite entrée de rien du tout, en bas de la une du FIGARO, avec renvoi en page 14, où l’on découvre tout de même Raymond Domenech qui sourit et dit : « Nous sommes très heureux et honorés de jouer contre notre hôte, l’Afrique du Sud. Les joueurs en avaient envie.». Et oui, Raymond : « Sers ton bonheur, saisis ta chance, va vers ton risque, à te regarder ils s’habitueront ». Mais il n’y a pas que le sport dans la vie… Il y a aussi ce que vous démontrez ce matin, Sandra, Stéphane Paoli, la poésie, le climat, la philosophie. Tenez, c’est encore René Char qui dans la préface aux illuminations de Rimbaud, anticipait le sommet de Copenhague en écrivant qu’au Moyen-âge la nature était pugnace, intraitable, sans brèche, d’une grandeur indisputée. L’homme était rare et rare était l’outil… Ce n’est que plus tard, à la fin du XIXème siècle qu’après des fortunes diverses – (je cite toujours René Char) – la nature encerclée, par les entreprises des hommes de plus en plus nombreux, percée, dégarnie, retournée, morcelée, dénudée, flagellée, accouardie, la nature et ses chères forêts sont réduites à un honteux sevrage, éprouvent une diminution terrible de leurs biens. Et René Char alors d’interroger : « Comment s’insurgerait-elle, sinon par la voix du poète ? ». Dans son éditorial d’OUEST-FRANCE, François-Régis Hutin dit les choses autrement, quand il souligne qu’à Copenhague, lundi prochain, les représentants de 192 Nations rassemblées, vont faire un pas, vers une politique planétaire du climat. Et l’éditorialiste d’OUEST-FRANCE de citer deux revues… « Etudes » et « la Revue des deux Mondes », qui attendaient cela. La dernière en particulier qui souligne dans son numéro de décembre « que dans sa diversité, sa complexité, le monde contemporain découvre enfin, dans une sorte de choc et de grande tension, la rencontre entre les besoins et la finitude des ressources ». La CROIX illustre ce propos dans un dossier de cinq pages très bien fait et intitulé : « Climats : ce qu’on l’on sait ! ». A ce stade, si j’osais et avant d’en venir à l’identité nationale qui passionne encore la presse du week-end, je citerai ceux petits textes sur la chance des chances, que nous avons de vivre en France. Et même de survivre, tout simplement ! Celui-ci de Chateaubriand : « Tous, tant que nous sommes, nous n’avons à nous que la minute présente : celle qui la suit est à Dieu : il y a toujours deux chances pour ne pas retrouver l’ami qui nous quitte : notre mort ou la sienne. Combien d’hommes n’ont jamais remonté l’escalier qu’ils avaient descendu ? ». Et celui-là, moins tourné vers la mort, signé Paul Géraldy : « Tu dis : nous étions nés l’un pour l’autre. Mais pense à ce qu’il dut falloir de chances, de concours, de causes, de coïncidences pour réaliser ça simplement : notre amour ». Poète vos papiers ! Voilà comment Léo Ferré déclinait en quelques lignes son identité, en déplorant une poésie contemporaine qui aurait oublié Villon, et ne fréquenterait plus les mots mal famés. Identité : Voici le poème en six vers de la sacrée petite graine d’ananar, qui trouvait extra, sa Madeleine, toute nue sous son pull… « Je m’appelle orthodoxe et je suis né quand même Quand Carco misérait des croissants café-crème. Cela dit j’ai raté le nom de mon papa Et j’attends le prochain qui ne passera pas Il paraîtrait que je ressemble à mon grand-père Foutre, leur ai-je dit, en pesant ma grammaire. » François Fillon, hier, a pesé lui aussi soigneusement sa grammaire, pour évoquer un débat sur l’identité nationale, que refusent un certain nombre de personnalités recensées par Médiapart. Le MONDE titre sur le premier ministre qui défend le débat controversé en déclarant : « C’est une question aussi plurielle que les Français. » Le FIGARO salue lui aussi un premier ministre qui dépassionne le débat et prend soin de mettre l’accent sur ce qui rassemble les Français, plutôt que sur ce qui les sépare. Jusqu’à LIBERATION qui paraît vouloir féliciter le démineur, venu à la rescousse du Président de la République, avec ce titre : « On a retrouvé François Fillon… » Et ce commentaire pervers : « Il sort enfin de l’ombre, trois ans après sa nomination ».

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.