La revue de presse de Frédéric Pommier

En France, il y a des riches. En France, il y a des pauvres. Et même des travailleurs pauvres. Il y a des métiers qui rapportent, et d’autres qui ne payent pas du tout. Mais quelle est donc la profession la moins rétribuée du pays ? Là où, malgré le nombre d’heures, malgré les efforts, les sourires, on touche à peine de quoi remplir son frigo tous les mois ? Cette profession, c’est AVS, pour Auxiliaire de Vie Sociale, et c’est l’INSEE qui la qualifie de « profession la moins payée de France ». Les AVS sont les personnes qui s’occupent de nos aînés. Des aides à domiciles : elles préparent leurs repas, s’occupent de leur toilette, font leur lit, le ménage et, quand elles ont le temps, font un peu de conversation…

Or, comme nous l’explique le nouveau numéro du bimestriel FAKIR : non seulement ces auxiliaires sont payées au lance-pierre, mais elles pourraient bientôt glisser carrément sous le seuil de pauvreté. Témoignages de Brigitte, Véronique, Fatiha, qui racontent à la fois leurs journées harassantes et maintenant les pressions qu’elles subissent… Au motif de faire pour eux-mêmes des économies, les conseils généraux les obligent en effet à changer de contrat de travail. Elles étaient prestataires et on les oblige à devenir mandataires. Un changement de statut qui n’est pas sans conséquences financières, car elles vont perdre la majoration des dimanches, leurs frais kilométriques, leur mutuelle et leur ancienneté… Et au bout du compte, leurs revenus pourraient baisser de 30%. Une perte d’argent substantielle, dans l’indifférence générale. Sachant que, dans le même temps, les vieilles personnes dont elles s’occupent doivent donc devenir leurs patrons... Bonjour la paperasse et les responsabilités… C’est la détresse des deux côtés, et pour FAKIR, ce qui se passe là peut s’appeler tout simplement de « l’abus de vieillesse »…

Des questions d’argent, également, dans la presse de ce matin – de l’argent et de la politique :

Lire, notamment, dans le JDD, le papier « Le Pen, père et fisc ». Alors que la présidente du Front National présente ce dimanche son projet présidentiel, ses déboires financiers l’obligent à un rapprochement avec son père. En l’occurrence, tous les deux se sont retrouvés mardi dernier dans un bureau de la commission départementale de conciliation des affaires fiscales des Hauts-de-Seine. Dans une histoire de patrimoine familial, le Trésor réclame à Jean-Marie Le Pen et deux de ses filles près de 3 millions d’euros.

Une affaire parmi d’autres, car comme le rappelle Matthieu Aron dans L’OBS, il y existe dans ce parti un degré de malversation rarement atteint dans l’histoire politique du pays. Mais, très étonnamment, cette vérité-là n’imprime pas. Dès lors, il apparaît qu’il faut dire et redire les choses… « Oui, écrit-il, le FN est un parti mouillé jusqu’au cou dans des scandales multiples. Et oui, en proportion de son petit nombre d’élus, il bat tous les records de la République. Parti antisystème, il se nourrit du système. Financement de la campagne présidentielle de 2012, brigade d’assistants fictifs au Parlement européen, sous-estimation des déclarations de patrimoine. Le FN, c’est le parti de la triche, et pour un peu, François Fillon et son épouse Pénélope feraient, à côté, figure d’enfants de chœur. »

François Fillon qui fait, ce matin, la Une du JDD. Grande photo et ce titre : « Le mystère Fillon »… Où l’on peut lire que, malgré les soupçons d’emploi fictif de son épouse, l’ex-Premier ministre veut maintenir sa candidature. D’après un sondage, l’électorat de droite continue de le soutenir, et il prépare sa contre-attaque : sans doute une longue interview à la télé ces prochaines… Interview dans laquelle il pourrait faire part de ses regrets, voire aller, qui sait, jusqu’au mea culpa... Mais pas question, toutefois, d’admettre la moindre faute pénale… S’il décide de se maintenir, c’est aussi parce qu’il n’y a, semble-t-il, pas de plan B qui puisse tenir la route. Commentaire désabusé d’un ex-partisan de Bruno Le Maire : « Avec lui, on a 15% de chances de gagner, mais sans lui, on a 100% de chances de perdre. » Et puis, son retrait poserait à la droite un sacré casse-tête financier : tout l’argent récolté au moment de la primaire de la droite et du centre est en effet allé dans les caisses du micro-parti de François Fillon. Lequel a, en outre, engagé déjà de nombreux frais pour faire sa campagne… S’il abandonne, son successeur serait-il tenu de comptabiliser pour lui ces différentes dépenses ? Vrai casse-tête financier, et dans le camp Fillon, la défense ne change pas. On continue de dénoncer « une chasse à l’homme »…

Mais y a-t-il vraiment « chasse à l’homme » ? Non, absolument pas, répond Renaud Dély dans son édito de MARIANNE… « Comme François Fillon l’a lui-même affirmé durant la campagne de la primaire de la droite : ‘On ne peut pas diriger la France si l’on n’est pas irréprochable.’ Il n’y a donc ni chasse à l’homme, ni lynchage, ni ‘complot’ monté par une quelconque ‘officine’. C’est une simple question de décence, écrit-il. Une question d’éthique. Une affaire de responsabilité qui a trait à l’utilisation des deniers publics. »

Et le directeur de la rédaction de MARIANNE de citer les exemples éloquents d’élus étrangers. La maire d’une ville de Norvège contrainte de quitter la politique parce qu’elle avait accepté d’être invitée pour une croisière de deux jours sur un paquebot. Ou bien ces ministres suédoises contraintes à la démission : l’une parce qu’elle n’avait pas payé sa redevance télé, l’autre parce qu’elle avait rémunéré la nounou de ses enfants au noir… C’était en 2006. Et quinze ans plus tôt, déjà en Suède, la ministre du Travail avait, elle aussi, dû quitter ses fonctions au gouvernement, après qu’on eût découvert qu’elle avait acheté deux barres de Toblerone avec sa carte professionnelle… Aujourd’hui, donc, François Fillon est soupçonné d’avoir versé près d’un million d’euros à sa femme et deux de ses enfants – une somme qu’il ne conteste pas, mais pour un travail qui, selon les mots-mêmes de son avocat, n’était pas forcément « tangible ». Conclusion de Renaud Dély : « Dans n’importe quelle démocratie scandinave ou anglo-saxonne, un candidat lesté de telles accusations aurait déjà jeté l’éponge. »

La presse revient également sur le meeting d’Emmanuel Macron hier à Lyon… Et il y a désaccord sur les chiffres. « Macron devant 8.000 fidèles à Lyon », titre ainsi LE COURRIER PICARD… 8.000, c’est aussi l’estimation de MIDI LIBRE. Mais, pour SUD OUEST DIMANCHE, son meeting a réuni « plus de 15.000 personnes » : « Macron en marche et en rassembleur », commente le journal, tandis que LA DEPÊCHE évoque « une démonstration de force » : « 16.000 ‘marcheurs’ avec Macron »… De 8.000 à 16.000, on passe quand même du simple au double – certains, visiblement, ont compté le public massé à l’extérieur… Sur ce fond, cependant, toujours pas de programme… « Même s’il s’exprime bellement, le candidat d’En Marche a continué, hier, à ne pas dire grand-chose », note ainsi Arthur Nazaret dans LE JOURNAL DU DIMANCHE… A ses yeux, l’ex-ministre s’est contenté de tracer de grandes perspectives sur l’écologie, l’économie, la politique… Mais, pour autant, l’opération séduction se poursuit : hier, dans le public, il y avait notamment l’écrivain Eric Orsenna et la dame au chapeau Geneviève de Fontenay…

Là, en revanche, on parle de programme… A la Une dAUJOURD’HUI-LE PARISIEN, la photo du doyen des candidats à l’élection présidentielle. C’est Jean-Luc Mélenchon... Au journal, il détaille donc quelques points de son programme… La relance de l’économie par un investissement massif qui permettrait la création de 3 millions et demi d’emplois, la sortie du nucléaire, le changement de l’Europe, l’abrogation de la loi Travail et un protectionnisme qui serait « solidaire ». Il en profite aussi pour tacler ses adversaires… Et notamment la tradition d’arrogance du PS… Mais, dès lors, va-t-il travailler avec Benoît Hamon, candidat désigné du parti socialiste ? « Pourquoi pas ! », répond Mélenchon, ajoutant qu’il y a cependant une condition : l’honnêteté. Il l’appelle, je cite, « à faire le ménage au PS » : ne pas investir pour les législatives les candidats de la droite du PS… Et après, s’il fait cela – si donc, les candidats de la droite du PS ne sont pas investis pour les législatives, Jean-Luc Mélenchon assure qu’avec Benoît Hamon, tout deviendra possible.

Pour finir, une dernière info. Info médiatique et financière aussi… Près de 400.000 exemplaires : c’est le nombre de ventes du CANARD ENCHAINE cette semaine. Lequel aurait, en prime, reçu plus de 70.000 demandes d’abonnements… Une prouesse pour un hebdo qui ne paraît que sur papier… Comme quoi, ça peut payer, de ne pas être un canard… laquais.

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