Bonjour à tous…. C’est une femme nue, désireuse, inapaisée, qui figure en couverture du NOUVEL OBSERVATEUR cette semaine. La photo a été volée à Chicago, alors que la belle sortait du bain, chez un copain de son amant américain. On la voit donc, taille fine, fesses bien cambrées sur des mules démodées, et rattachant son chignon, de la façon dont elles le font toutes, et qu’a si bien chanté Aragon… « Suffit-il donc que tu paraisses De l’air que te fait rattachant Tes cheveux ce geste touchant Que je renaisse et reconnaisse Un monde habité par le chant Elsa mon amour ma jeunesse …» La femme en question n’est, chacun l’a compris, ni Laure Manaudou, ni Valérie Begue, ni Carla Bruni, et d’ailleurs elle n’intéresse guère la presse-people d’aujourd’hui. En revanche, L’EXPRESS, MARIANNE, LE MAGAZINE LITTERAIRE, LE POINT, fêtent eux aussi, avec un peu d’avance, et comme il convient, le centenaire de Simone de Beauvoir. La plus moderne des femmes modernes, qui aurait été sans doute étonnée, si elle vivait toujours, de se trouver, nue, en première page du NOUVEL OBSERVATEUR au-dessus de la photo de Benazir Bhutto, belle, elle aussi, mais voilée, avec ce titre : « Simone de Beauvoir, la scandaleuse. » « Ce qu’il y a de scandaleux dans le scandale, disait justement la compagne de Jean-Paul Sartre, c’est qu’on s’y habitue… » Et on s’est habitué aux photos volées, jetées sur le marché. « Et pourtant, s’écrie Claude Weill dans le même NOUVEL OBSERVATEUR, je me fous éperdument de savoir ce qu’il y a sous les maillots de Valérie Begue et de Laure Manaudou. Mais c’est ainsi, Big Brother is watching you, et nous vivons sous le règne d’une cybertyrannie. C’en est fini du droit au respect de la vie privée, photos volées, rumeurs, calomnies et secrets de famille voyagent aujourd’hui à la vitesse de la lumière. Nul n’avait envisagé que cette tyrannie de la transparence puisse être le fait non pas d’un régime autoritaire, mais d’un système de communication hyperdémocratique, égalitaire et anarchique. Hier, on baillonnait les opposants. Aujourd’hui, on veut satisfaire la curiosité des Conso-mateurs ». Alain-Gérard Slama s’interroge lui aussi dans LE FIGARO-MAGAZINE, sur cette idéologie de la transparence, qui abaisse toutes les frontières entre l’individu et la société. « Certains, écrit-il, l’érigent en principe moral, confondue avec la vérité et la justice. Bref, ils en font une vertu. » Et Slama de citer la rédactrice en chef d’un hebdo de caniveau, persuadée de contribuer au progrès de la démocratie, en dévoilant « les cellulites et les couperoses des beautiful people. » Et le chroniqueur du Fig Mag de soupirer : « Attention au retour de balancier réactionnaire, façon ayatollahs de Téhéran. Gare à la médiatisation de masse, et à l’exploitation commerciale des corps… Faut-il rappeler aux zélotes de la transparence que la séparation, espace public/sphère privée est, avec la séparation de Dieu et de César, le principe garant de nos libertés ! Faut-il rappeler que l’être ne se réduit pas au paraître, que la pudeur est une force de l’âme, que l’image peut mentir, et que la prétention de dévoiler l’intime et le secret en toutes matières relève de l’hypocrisie ! » Mais revenons au Castor, la grande prêtresse du féminisme, l’icône aux amours ravageuses, comme la qualifie Jérôme Dupuis dans L’EXPRESS, au détour d’une enquête sur les mensonges de la compagne de Sartre. Au passage, Dupuis souligne que Simone ne résista guère pendant la guerre, et qu’elle collabora en 1943, aux programmes de Radio Vichy. « En réalité, reconnaît Dupuis, il s’agissait d’émissions inoffensives sur le music-hall et sur les baladins du moyen-âge… Plus gênants, ajoute-t-il, les programmes radiophoniques, voisins des siens… C'est-à-dire en 1944, les diatribes haineuses de Philippe Henriot ou l’émission « La milice française vous parle ! » Dieu merci, Philippe Petit dans MARIANNE est plus aimable, pour l’auteur du Deuxième Sexe … « Il nous importe peu aujourd’hui, écrit-il, de savoir si la jeune fille rangée fut aimable et l’adulte fréquentable… On l’aime presque d’avoir existé… comme le dit l’historienne Mona Ozouf. Et MARIANNE de publier quelques belles photos de la femme dont Danielle Sallenave dit qu’elle n’avait pas un destin, mais une vocation. Un cliché fascine, celui où l’on voit en 1960, à Cuba, assis sagement côte à côte tous les deux, Sartre et Beauvoir, face à Che Guevara. Juste à côté de cette image du temps arrêté, Danielle Sallenave écrit… « Le Castor de guerre a voulu donner aux femmes des armes pour démystifier les discours qui légitiment leur oppression. On lui a reproché de rejeter le mariage. En réalité, c’est le mariage bourgeois, qu’elle dénonçait, avec adultère à la clé. Pour le reste, conclut l’écrivain qui vient de relire tout Beauvoir, si elle a dit qu’elle a été flouée… il faut bien comprendre le mot qui appartient au vocabulaire du jeu. Flouer se dit de l’adversaire qui triche. Mais quel est cet adversaire ? Sinon le temps, la vie. C’est cela « être flouée », l’écart entre la promesse et la réalisation. Ce n’est pas comme l’ont dit les malveillants, une obligation de reconnaître qu’on a plus ou moins manqué sa vie… » Juliette Gréco, Claude Sarraute, Michel Drucker, Philippe Sollers, disent dans le NOUVEL OBSERVATEUR, beaucoup de bien, ou un peu de mal du Castor. Mais le bien l’emporte dans le dossier de dix pages que lui consacre Agathe Logaert. Tout y est…les amants… les lettres du Castor à son cher petit homme, et à Nelson Algren, ses amours lesbiens et le pacte avec Sartre. Un amour nécessaire… et des amours contingentes… au nom de la liberté, entre les deux agrégés de philo, tombés amoureux en 1929. Mais relisez Beauvoir pour tout savoir, comme le conseille opportunément Philippe Sollers… « Il faut donc lire Beauvoir pour vraiment l’entendre. Et là, c’est le plus souvent un enchantement, surtout dans ses lettres. Contrairement à ses Mémoires , où le passé simple ralentit l’action, elle est là, intensément présente, précise, sensuelle, drôle. Je prends le pari : loin de toutes les récupérations militantes ou universitaires, elle restera comme une grande épistolière que révèlera un jour, une anthologie, elle restera comme une grande épistolière que révèlera, un jour, une anthologie. Ses lettes sont le plus souvent des chefs-d’œuvre. Des lettres d’amour. Comment appelle-t-elle Sartre ? « Tout cher petit », « petit bien-aimé », « petit pur », « cher petit absolu », Et puis : « Vous seriez donc un bien grand philosophe, petite bonne tête ? » Et puis : « Je suis toute effondrée de tendresse pour vous » Et à Algreen, l’Américain : « Quand je pense que je vais vous voir, vous toucher, la tête me tourne, mon cœur éclate… Simone de Beauvoir, une femme à découvrir… » Les femmes encore… Oui… Bruno Frappat dans sa chronique de LA CROIX, ne désespère grâce à elles de 2008 car, écrit-il, dans le tonnerre de l’actualité se manifestent toujours, des grandeurs, des beautés, des courages… Et Frappat de citer Ingrid Betancourt, diminuée dans son corps, mais dont l’esprit s’est exhaussé au-dessus du malheur. Et Benazir Bhutto, béatifiée, selon lui, aux yeux des Pakistanais. La troisième femme martyre et modèle pour le chroniqueur de LA CROIX, c’est cette jeune psychologue assassinée au Burundi… alors qu’elle était venue secourir un peuple de misère. Mais les hommes auront beau faire, conclut Frappat, et les massacreurs s’affairer, ils trouveront toujours des femmes pour dire « non » et tenter d’écarter la violence. Toujours, toujours, partout, naitront des résistantes… » Il en faudrait au Kenya, en Mauritanie comme au Pakistan, en Iran et en Tchétchénie… la presse quotidienne s’inquiète du Dakar qui n’aura pas lieu… Elle s’étonne aussi, allez savoir pourquoi, du week-end de Nicolas Sarkozy en Jordanie, invité et transporté par le roi Abdallah… Voyez dans LE PARISIEN… Je conclurai en vous invitant à lire, toute affaire cessante, page 27 de LIBERATION, le journal d’Alain Touraine le sociologue. Ça s’appelle « Ouvrir les yeux » et dans lequel il formule un vœu, qui est aussi le mien : « Mon premier vœu pour 2008, écrit le sociologue, est de pouvoir me sentir français, au milieu de compatriotes venus de partout ».

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.