Bonjour à tous. « Il y a deux Israël. Depuis toujours. Le royaume d’Israël au Nord et celui de Juda au Sud. Il y a aujourd’hui Tel-Aviv et Jérusalem. Laïcs et religieux. Colons et anti-colons. Rabin et l’assassin de Rabin. Les deux s’enlacent et se combattent. » C’est Régis Debray qui dit cela, dans sa « lettre à un ami israélien » que publient les éditions Flammarion. Le MONDE de ce samedi 5 juin reproduit une partie de ce texte dans un encart publicitaire de dernière page. Encadré dans lequel on peut lire aussi un extrait de la réponse d’Elie Barnavi. « Ainsi va notre malheureuse région », soupire l’ancien ambassadeur d’Israël à Paris, aujourd’hui chroniqueur régulier de MARIANNE. « Ainsi va notre malheureuse région, de pourparlers courtois entre gens bien élevés, en actes de pure violence, dans un cycle stérile, qui semble ne jamais devoir s’arrêter ». « Fuite en avant sécuritaire des Israéliens et impasse », constate dans la même édition du MONDE, Dominique de Villepin. Au passage, l’ancien Premier ministre veut bien relever que le souci de la sécurité d’Israël est légitime. Mais, ajoute-t-il, depuis dix ans, confronté à la terrible épreuve des roquettes et des attentats-suicides, déçu dans ses espoirs nés à Oslo, Israël s’est lancé dans une fuite en avant sécuritaire. Erection du mur, guerre au Liban et opération militaire dans la bande de Gaza. Autant d’impasses, alors que, conclut Dominique de Villepin, on le voit en Cisjordanie, un autre avenir est possible. Amos Oz, le grand écrivain israélien, veut le croire lui aussi, quand il écrit dans la page débats du MONDE daté d’aujourd’hui : « Il est impossible de combattre une idée par la force, avec bombardements, chars d’assaut, commandos de marine et blocus ». Le seul moyen, selon lui, de couper l’herbe sous le pied du Hamas, est de parvenir au plus vite à un accord avec nos voisins en vue de la création d’un Etat palestinien indépendant en Cisjordanie et à Gaza dans les frontières de 1967. Et Amos Oz, qui vit et écrit dans le Sud d’Israël, aux portes du désert, pas loin des villes où pleuvent depuis des années les milliers de roquettes Kassam du Hamas, conclut sur ce rappel nécessaire : « Nous ne sommes pas seuls sur cette terre. Les Palestiniens n’y sont pas davantage. Nous ne sommes pas seuls à Jérusalem et les Palestiniens non plus… C’est pour cette raison qu’il faut signer avec Mahmoud Abbas, afin de ramener le conflit israélo-palestinien à un conflit entre Israël et Gaza. Lequel ne se réglera que par des négociations avec le Hamas. Ou mieux encore, en intégrant le Hamas et le Fatah. Ce qui ne sera pas facile, facile, comme le reconnaît Jean Daniel dans le NOUVEL OBSERVATEUR. Lui aussi dénonce l’aveuglement du gouvernement israélien, après voir souligné, (je le cite), la manifestation provocatrice et publicitaire de solidarité des manifestants de la flottille de Gaza. Mais Jean Daniel n’en reste pas là, quand il replace la catastrophe de Gaza dans son contexte : l’Afghanistan, l’Irak, l’Iran, la Corée du Nord et Obama. « Le Président des Etats-Unis », écrit-il, « entend s’appuyer désormais, non seulement sur la Chine et la Russie, mais aussi sur le Brésil, l’Inde et la Turquie ». Or conclut l’éditorialiste du NOUVEL OBS, « pour tous ces pays liés au monde arabo-islamique, une paix en Palestine favoriserait les coalitions anti-iraniennes et anti-islamistes qu’ils appellent de leurs vœux ». Lisez à cet égard, vingt pages plus loin, toujours dans le NOUVEL OBSERVATEUR, la belle interview d’Elias Sambar, le Palestinien, ambassadeur auprès de l’UNESCO…. Interview intitulée : « Palestine mon amour ». « Nous avons été chassés », dit-il à Gilles Anquetil, « et nous vivons sans Etat, sans nom, invisibles. Nous sommes des exilés, sans base arrière. Je suis rescapé d’une noyade. J’appartiens à un pays englouti ». Mais le même Elias Sambar, face aux excités de tous bords, qui battent les estrades depuis une semaine, écrit que la terre de Palestine est la seule terre au monde qui est sainte pour trois religions à la fois. Pas étonnant, si chacun s’y sent titulaire de tout ce qui s’y est passé. Il faut, conclut-il, se battre pour préserver cette polychronie de notre identité. Hélas depuis quelques années, nous affrontons tous les intégrismes, juifs, chrétiens (au Liban) et musulmans. Ces intégrismes sont la pire des menaces. Si vous n’êtes pas lassés… par ce sujet… lisez, lisez encore Danièle Kriegel, qui décrit dans le JOURNAL du DIMANCHE la solitude d’Israël… Et Bruno Frappat qui dans sa chronique de la CROIX voudrait qu’en Israël, comme à Gaza, chacun sorte de son enfermement. De ce blocus mental dont parlait il n’y a pas si longtemps, dans la CROIX également Dominique Quinio. « Comment », interroge Frappat, « comment caractériser le processus mental qui a conduit Israël, ce pays qu’on aime, à se faire universellement détester ». Et mon confrère de rappeler la leçon de vertu politique que donnait Aristote : « la juste mesure et le choix du bon moment, voilà, ce qui fonde la bonne politique ». Encore faudrait-il que les médias magnifient cela… et il n’y avait pas beaucoup de journalistes dimanche dernier, au centre communautaire de Paris, où Claude Lanzmann, Hubert Védrine, Daniel Shek, Hélène Carrère d’Encausse, Jean-Pierre Chevènement… et d’autres, fêtaient les 90 ans de Théo Klein. Théo Klein, ex-président du CRIF, français et juif et israélien qui depuis des années plaide inlassablement pour deux Etats. Pas d’autres solutions, a-t-il dit, pour Israël que de vivre avec les Palestiniens. Voyez tout cela… page 23 de la CROIX, une page bonne à découper et à conserver. C’est vrai, je n’ai rien dit de Brice Hortefeux, condamné en justice avant l’appel pour des propos racistes. LIBE publie un florilège des phrases de mauvais goût d’une même eau… J’y ajouterai le mauvais goût raciste de Mac Mahon, qui fut le troisième président de la Troisième République Française, du 24 mai 1873 au 30 janvier 1879. Ainsi, alors qu’il officiait encore à Saint-Cyr et qu’il inspectait les troupes, il eut devant un soldat noir de peau la réflexion qui nous reste encore aujourd’hui : « C’est vous le nègre ? C’est bien, continuez !

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