Trop grosse ou trop beau, un Juppé-pé et au dodo

Jeune homme se regardant dans le miroir
Jeune homme se regardant dans le miroir © 3photo/Corbis

Le treizième travail d'Hercule : trouver un emploi !

__ C'est l'écrivain et dessinateur Roland Topor qui écrivait cela dans son livre Pense-Bêtes . Une phrase que ne renieraient pas celles et ceux qui sont au chômage. Des lettres de motivation – par dizaines, par centaines – des lettres et jamais de réponse. Des formations sans débouché et des conseillers surchargés. Et puis quand en prime, on n'a pas la tête de l'emploi, c'est encore bien plus compliqué. La tête de l'emploi. Le physique de l'emploi. Tout le monde connaît ces expressions. Mais ce ne sont pas que des expressions, si l'on croit ces deux études publiées, pour l'une, dans la revue CAUSETTE et, pour l'autre, dans SCIENCES HUMAINES .

La première concerne les femmes et c'est l'édito de CAUSETTE qui s'en fait l'écho. Titre de l'édito : « Eh ben ma grosse, y a du boulot ! Enfin non, pas pour toi. » Et l'étude en question a justement pour titre « Le physique de l'emploi ».__ Une étude menée par le Défenseur des Droits et l'Organisation Internationale du Travail, qui révèle que les femmes obèses sont huit fois plus discriminées que les autres. Bien sûr, note le mensuel, on savait déjà que les Français n'aimaient pas les gros. « Ni, d'ailleurs, les moches, les Noirs et les Arabes, les trans’, les acariens, les autistes, les Roms, les Juifs, les Musulmans, les nids-de-poule et les intellos, la pluie, les Francs-maçons, les Anglais et les choux de Bruxelles. » Mais ce qui, dans cette étude, est peut-être le plus effarant, c'est le nombre de personnes qui ne trouvent rien à redire à la grosso-phobie ambiante. Près d'une femme sur quatre, et plus de la moitié des hommes interrogés par les chercheurs considèrent qu'il est « acceptable » de ne pas embaucher quelqu'un en raison de son physique – et, en l'occurrence, en raison de ses rondeurs.

Mais être très beau, cela peut aussi handicaper un candidat. Et ça, c'est ce que met en avant le magazine SCIENCES HUMAINES . Cette fois, c'est une étude menée par une britannique, qui s'est penchée sur l'influence des stéréotypes sur le recrutement masculin. Et l'on y apprend que les hommes au physique agréable sont considérés comme les plus performants par la plupart des managers, mais que ce préjugé, pourtant très favorable, peut les pénaliser lors des entretiens. « Dans un lieu de travail où règne la compétition, et notamment dans les services commerciaux, explique la sociologue, les hommes beaux peuvent apparaître comme une menace pour leur futurs collègues. » Les résultats du manager et du candidat recrutés seront ensuite comparés par leurs supérieurs hiérarchiques. Ce qui fait que ledit manager a plutôt intérêt à privilégier l'embauche un collègue qui ne lui fera pas d'ombre.En somme : choisir un moche, a priori moins performant.

On discrimine les femmes trop grosses, on discrimine les hommes trop beaux. Roland Topor avait raison : aujourd'hui, trouver un emploi tient vraiment du travail d'Hercule . Et réformer le code du travail : là, ça tient vraiment du travail de Sisyphe. La pétition sur internet demandant le retrait du texte de Myriam El Khomri a d'ailleurs franchi hier soir la barre du million de signatures. A 20 heures, on en comptait 999.740. Puis 999.8000 à 20 heures 30. Et c'est à 21 heures 12 que le million de signatures a été atteint, rapporte MEDIAPART , en précisant que cette initiative est celle de tous les records, à commencer par celui du plus grand nombre de paraphes réunis par une pétition numérique en France.

Une pétition intitulée «__ Loi Travail : non merci », pétition lancée il y a pile deux semaines par des militants syndicaux et associatifs, en premier lieu la féministe Caroline de Haas. Cette semaine, intrigués par ce succès foudroyant, certains ont mis en doute la réalité d'une partie des signataires. Mais sur le site HUFFINGTON POST , le responsable du site qui gère la pétition assure que« les fausses signatures sont nettoyées dans les 48 heures suivant leur apparition » . Ce chiffre d'un million serait donc un chiffre fiable.

Dans LE POINT , vous lirez « le hit-parade des pétitions » qui fleurissent sur le Web et ailleurs ces dernières années. Pétition contre le paquet de cigarettes neutres : 4 millions de signatures – mais elle est restée sans effet. Pétition contre le mariage pour tous : 860.000 signatures – mais elle est restée sans effet. Pétition contre la directive européenne sur le secret des affaires : 512.000 signatures – mais elle est restée sans effet. A bien y regarder, seules deux pétitions ont obtenu gain de cause . La première, c'est celle qui demandait la naturalisation de Lassana Bathily, le héros de l'Hyper Cacher. La seconde, c'est celle qui réclamait la grâce de Jacqueline Sauvage – c'était fin janvier.

Dès lors, quelle suite attendre de la pétition contre la réforme El Khomri ? Après un report de deux semaines, elle sera présentée en conseil des ministres dans dix jours, et une manifestation aura lieu mercredi prochain, à l'appel de plusieurs syndicats de salariés et de mouvements de la jeunesse. Portraits de ces jeunes qui dénoncent "la casse du code du travail" en Une de L'HUMANITE DIMANCHE . « On vaut mieux que cela » , disent-ils. Mais dans LE MONDE , un collectif d'une trentaine d'économistes prend la défense du texte, estimant qu'il est un moyen efficace pour lutter contre la précarité. Que va donc faire l'exécutif ? Modifier encore le projet ? Ou carrément y renoncer ? Seule certitude, si l'on en croit ce matin LIBERATION : à l'Elysée, on est inquiet. Inquiet d'une possible révolte des jeunes. C'est le spectre du CPE, mais aussi celui des débordements incontrôlés. Toutes les contestations lycéennes et étudiantes sont imprévisibles et comme le résume MEDIAPART : « Hollande se craint foutu si les jeunes vont dans la rue » . Et là, pour les calmer, il y aura du boulot.

Préparer la primaire à droite, c'est aussi un sacré boulot. Et l'organisateur en chef, Thierry Solère, annonce dans LE POINT qu'une ‘charte de bonne conduite’ du parfait candidat sera publiée le mois prochain par Les Républicains. « Pas de coups bas, pas d'attaques sur le physique et pas d'attaque sur l'âge ! » , prévient le député, qui espère ainsi éviter une primaire trop « sanguinolente » . Et pourtant, certains sarkozystes, parmi les plus raffinés, viennent de trouver un nouveau surnom pour moquer l'âge d'Alain Juppé : ils l'appellent maintenant « Juppé-pé » . Doublement de la dernière syllabe. J'espère franchement que les juppéistes n'auront pas l'idée de faire de même avec Nicolas Sarkozy. Doublement de la dernière syllabe : ça donne « Sarko-zizi » . Mais bon, vu le niveau du débat par moments, le pire n'est jamais à exclure.

D'ailleurs, dans LIBERATION , Johan Hufnagel nous explique qu'en matière de politique ras-des-pâquerettes ou de caniveau, nous n'avons vraiment rien à envier aux Américains et que, du coup, avant de nous gausser de la piètre qualité des débats des primaires qui se déroulent aux Etats-Unis, et avant de se gausser des âneries proférées par Donald Trump, on ferait bien d'observer ce qui se passe chez nous. « Trump a promis d'ériger un mur pour empêcher les migrants d'entrer aux Etats-Unis. Mais y a-t-il vraiment de quoi rire et donner des leçons, demande-t-il. Et quand on voit que l'Europe laisse construire des barrières infranchissables aux réfugiés ? Doit-on rire également des candidats Républicains quand ils éructent, sans gêne aucune, leur haine de l'islam ? Chez nous, nous avons les Le Pen. Rire des saillies sexistes de Trump, quand chaque jour, ici, en France, des politiques s'esclaffent, et y compris à l'Assemblée, de leurs blagues bien grasses ? » Et mon confrère de conclure : « Avant de rire, regardons-nous d'abord dans un miroir. »

La situation des réfugiés, c'est le sujet à la Une du FIGARO ce matin : « L'Europe mise sur la Turquie pour bloquer les migrants ». Hier, Ankara a accepté de réadmettre sur son sol les demandeurs d'asile non syriens, mais espère en retour une relance des négociations sur son adhésion à l'Union Européenne. Lire aussi, dans le journal, l'estimation glaçante du patron d'Europol, qui s'inquiète de la disparition de milliers de mineurs depuis le début de l'année. « 10.000 enfants ont disparus parmi les réfugiés » , dont certains sont maintenant vraisemblablement exploités à des fins criminelles – travail au noir ou bien pire esclavage sexuel.

De son côté, LE PARISIEN revient sur l'accident ferroviaire oublié de novembre dernier : le déraillement d'une rame d'essai du TGV dans le Bas-Rhin, qui avait causé la mort de 11 personnes. C'était au lendemain des attaques terroristes à Paris, et d'après les informations du quotidien, c'est une erreur humaine qui serait à l'origine du drame . Le cadre transport-traction qui n'aurait pas respecté la feuille de route initiale.

Quant à LIBERATION , il fait sa Une sur les agressions quotidiennes dont sont victimes nombreuses usagères du métro parisien. Des hommes qui se frottent contre elles – les « frotteurs » , on les appelle. Et le journal demande pour les femmes « le droit au voyage sans peur » .

Nous venons donc de parler métro. Et nous avons parlé boulot. Métro, boulot, reste : dodo ! Et à nouveau, ce sont deux études qui ont retenu mon attention, deux études piochées dans l'excellente revue NEON , études menées pour savoir si notre façon de dormir influence nos rêves. Vous, vous dormez de quelle façon ? Sur le dos ? Sur le ventre ? Plutôt sur le côté ? Eh bien sachez que ceux qui dorment allongés sur leur flanc gauche feraient trois fois plus de cauchemars que ceux qui dorment sur leur flanc droit. Sachez aussi que ceux qui dorment allongés sur le ventre feraient davantage de rêves à connotation érotique. Sur le ventre, oui. La tête dans l'oreiller. Cependant, un médecin explique que dans cette position, on a tendance à réabsorber du gaz carbonique. Est-il préférable, dès lors, de dormir sur le dos ? Cette position, dit-il, provoque des apnées du sommeil. Bref : même dodo, c'est compliqué. Et c'est à se demander si bien dormir ne tiendrait pas, là encore, du travail d'Hercule. Un travail d'Hercule pour tomber dans les bras de Morphée.

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