Bonjour à tous… Comment gagner un milliard sans se fatiguer ? C’est LE POINT qui pose la question cette semaine, en racontant comment le photographe mondain, François-Marie Banier, y est arrivé en séduisant Liliane Bettencourt, la femme la plus riche de France. Et comment gagner, non pas un milliard, mais les 1.500 milliards d’euros de notre dette, alors que les seuls intérêts de ce trou colossal, engloutissent chaque année en France, autant que le produit de l’impôt sur le revenu. C’est Alexis Brezet qui pose une nouvelle fois la question aujourd’hui dans le FIGARO-MAGAZINE, avant d’expliquer que chez nous, comme ailleurs, l’heure est venue d’entrer, pour un long séjour, en cellule de dégrisement. Le MONDE, les ECHOS, la CROIX, le JOURNAL du DIMANCHE, LIBERATION, le FIGARO quotidien ne sont pas plus optimistes quand ils soulignent que les bourses et l’euro plongent en raison des déficits budgétaires de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne. « La crise n’est pas finie », soupire ainsi François Sergent dans LIBERATION aujourd’hui. « On croyait », explique-t-il « que l’Europe avait pris le tournant de la reprise. C’est raté… Les marchés viennent de rappeler avec éclat, et à leur manière, hystérique, amplifiée, panurgique que le pire n’est peut-être pas passé. La preuve selon mon confrère… Depuis 10 jours la zone euro traverse la crise la plus sérieuse de sa courte histoire. Dix jours que les marchés mettent sous pression, les plans de relance des états et défient la solidarité des pays de la zone euro ». Dans son éditorial du FIGARO, Gaëtan de Capèle rejoint son confrère de LIBERATION, quant il souligne que les mécanismes spéculatifs, à l’œuvre dans ce genre de circonstance, sont connus… Allergiques au risque, les grands investisseurs ne s’embarrassent pas de détails : ils vendent massivement et sans état d’âme. Et on peut toujours pester à l’infini, contre la dictature des marchés ou vouez les spéculateurs aux gémonies. En effet, leur psychologie s’appuie sur un seul critère : la confiance. Et pour l’accorder, ils exigent que leurs débiteurs se soumettent à la loi d’airain de la finance : dire ce que l’on va faire et faire ce que l’on a dit. Nous y voilà… A la cellule de dégrisement que j’évoquais tout à l’heure, en citant Alexis Brezet qui annonçait dans le FIGARO-Magazine le retour inévitable de la rigueur. Ce mot en « R » qui fait peur, auquel François Fillon pense très fort, sans le dire. Partout dans la zone euro, poursuit Brezet, les Etats perclus de dettes et de déficits alignent des mesures d’économies. La Grèce, guettée par la faillite, affiche à Bruxelles une vertu spartiate. L’Irlande s’est mise au régime sec. Le salaire des fonctionnaires y a été réduit de 17 %. Le Portugal, taille lui aussi, dans sa fonction publique. L’Espagne socialiste, décide de porter l’âge de la retraite à 67 ans. Quant à l’Allemagne qui voit loin, elle fait savoir qu’elle ne contractera plus un seul euro de dette, à partir de 2017… Et s’il n’y avait que l’Europe ? L’éditorialiste du FIG-MAG remarque lui aussi qu’aux Etats-Unis, Obama abandonne la lute et revient sur terre, en déclarant : « On ne peut plus dépenser l’argent du peuple américain, comme au Monopoly ». Ce que Nicolas Sarkozy commençait à dire lui aussi, l’autre semaine, lors de la conférence sur les déficits… Mais journalistes, mes frères, nous n’avions d’yeux que pour Villepin. Bruno Frappat signe dans LA CROIX une chronique intitulée « De la terre à la lune », qui légitime en partie nos erreurs d’attention. « Le monde tourne », écrit-il, « et partout ceux qui l’habitent vaquent à leurs soucis du moment. De temps à autre, une actualité rude, attire l’attention universelle, puis assez vite, on revient à l’actualité de chez soi. A son petit paradis portatif ou à son petit enfer domestique. Ainsi va la planète des hommes. Mais Dieu sait s’il reste de quoi faire sur cette terre ». Et Frappat de regarder comme ses confrères, du côté d’Obama. « On ne saurait », dit-il, « critiquer les nouvelles priorités du Président américain en termes de dépenses. L’argent commence à manquer et les besoins enflent à vue d’œil. Il lui faut continuer à mener les deux guerres lointaines dont il a hérité. Il faut nourrir ce qui reste de ses projets sociaux, améliorer le système de santé américain, soutenir les banques, pousser à la reprise de la croissance, lutter contre le chômage, aider les peuples pauvres, songer aussi à aider la planète Terre qui s’abîme à vue d’œil. Donc, la Lune, dans tout ça, prendra plus tard sa place dans la file d’attente devant les guichets fédéraux ». Dans la page Débats du MONDE, deux députés européens : Pascal Canfin et Daniel Cohn-Bendit considèrent que le pacte de stabilité et de croissance de l’UE est obsolète. La preuve, la majorité des Etats de la zone euro, ne le respectent pas. D’où la proposition : repenser en profondeur, parce que la crise l’impose, les politiques économiques, fiscales et budgétaires de l’Union… dès cette année, année charnière. Sinon, nous ne pourrons pas garantir nos modèles sociaux. Pervenche Berès qui préside la commission de l’emploi et des affaires sociales du parlement européen est un poil plus optimiste. Elle considère que l’UE a les moyens juridiques d’aider la Grèce, mais qu’il faut contrôler les agences de notation de crédit… Agences à la manœuvre dans les mouvements de panique des marchés. J’ai gardé pour la bonne bouche, une chronique d’Eric le Boucher, qui s’efforce dans les ECHOS ce week-end de répondre à la vieille question du camarade Lénine… Que faire ? Que faire, puisque selon le Boucher, nous venons d’entrer dans la troisième crise… la vraie ! Je vous demande 40 secondes d’attention, je cite un extrait un peu long, mais éclairant de sa chronique… Avant de conclure sur une histoire juive. « Après la crise financière, puis la crise économique, s’ouvre la vraie crise : la crise politique. Elle a commencé en Islande, en Irlande, la voilà en Grèce et dans le Massachusetts. Elle met les gouvernements entre deux feux, celui des marchés financiers, créditeurs des Etats, et celui des opinions publiques, à qui on demande maintenant de payer pour les pots cassés par ces mêmes marchés. L’issue de cette crise politique est aujourd’hui totalement incertaine. Pour éviter le scénario de 1929, la Grande Dépression, les gouvernements ont adopté des plans de relance qui ont creusé les déficits (de 8-10 % des PIB). Parallèlement, les autorités ont sauvé les banques en injectant des capitaux, rachetant des actifs pourris et garantissant les dépôts, pour des totaux par pays encore supérieurs, selon le Financial Times : 182 milliards de dollars en France, 669 en Allemagne, 1.476 milliards en Grande-Bretagne, 2.683 milliards aux Etats-Unis. Cette politique a réussi, comme l’ont souligné le G20, le FMI, l’OCDE ; seuls quelques élus républicains américains en doutent encore. Mais va venir le moment de faire machine arrière, d’installer la rigueur et de rembourser les dettes accumulées ». Dans son ouvrage , « Comment ça va mal ? », Gérard Rabinovitch cite cette histoire juive : « Un pauvre juif monte sur une colline pour parler avec DIEU ? Comme Moïse autrefois. Dieu, demande le pauvre Juif, qu’est-ce qu’un million d’années pour toi ? Et Dieu tonne : une minute. Puis le pauvre Juif demande : Et qu’est-ce qu’un million d’euros pour toi ? Et Dieu tonne : un sou. Alors le pauvre Juif demande : Dieu, peux-tu me donner un sou ? Et Dieu répond : Certainement ! Une minute ». Pour conclure vraiment, la chanson de Trénet bien adaptée elle aussi à l’actualité : « Paye tes dettes… paye tes dettes, mon vieux ? ».

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