Un tournoi, des torgnoles…

Il n'est pas inutile de revenir, parfois, sur la racine des mots. Et c'est ce que fait judicieusement Etienne de Montety dans les colonnes du FIGARO qui, ce matin, s'intéresse à une actualité sportive : l'ouverture du Tournoi des six nations, avec le match France Italie au stade de France à Saint-Denis. « Tournoi » , qui vient du Moyen Âge et désignait à l'origine un combat entre chevaliers. Dans un tel combat, les adversaires tournoient. Et au rugby aussi, les joueurs décrivent de nobles arabesques et le ballon, bien que pas rond, tourne également. Du reste, le « tournoi » a donné la « torgnole » – gifle qui fait tourner la tête. Sachant que pour l'édition qui s'ouvre, le public n'attend pas que le vent cesse de tournoyer, mais qu'il tourne carrément. Et avec lui le XV de France, car il y existe de nombreuses façons de tourner : à plein régime ou bien à vide et le nouveau sélectionneur a promis… une nouvelle tournure pour ce tournoi.

Pour ce faire, ledit sélectionneur, Guy Novès, a décidé de miser sur une nouvelle génération, pour tenter de faire oublier le traumatisme d'un Mondial catastrophique. « Les Bleus doivent rallumer la flamme » , analyse ce matin SUD OUEST . Mais LE PARISIEN s'interroge : « Les Bleus peuvent-ils rallumer la flamme ? » Devoir et pouvoir, ce n'est pas la même chose. Qu'importe, semble dire L'EQUIPE , qui lance à sa Une « Jouez maintenant ! » tandis que LA DEPECHE DU MIDI écrit que si Novès n'a, a priori, rien d'une fée, on lui reconnaît cependant « un profil de sorcier » . Et le quotidien de souhaiter au sorcier toulousain "un destin national". Un sorcier qui explique, dans LE MONDE , l’importance du maillot tricolore : pour lui, les joueurs du XV de France doivent se sentir comme "des élus" – « des représentants de la nation » , dit-il.

Alors que donneront à voir nos représentants de la nation en rugby ? Rendez-vous cet après-midi. Et on espère franchement qu'ils ne s'inspireront pas des élus de la nation qui étaient à l'Assemblée hier. Parce que là, on ne peut pas dire que ça ait très bien tourné. C'était l'ouverture du débat sur le projet de révision de la Constitution... Un projet présenté par le Premier ministre, et un projet qui continue de diviser à droite comme à gauche, en premier lieu pour son article relatif à la déchéance de nationalité. De vives passes d'armes dans un hémicycle clairsemé, et vive réplique de Manuel Valls suite au réquisitoire de la verte Cécile Duflot qui n'a pas manqué de souligner qu'une telle mesure, inutile et dangereuse, lui rappelait l'époque de Vichy. Ce matin, dans la presse, tous les éditorialistes fustigent un débat confus et très mal engagé. « Débat à ce point enlisé que la seule porte de sortie semble être aujourd'hui l'enterrement » , note Matthieu Verrier dans LA VOIX DU NORD . « Alors qu'il voulait rassembler, François Hollande s'est pris les pieds dans les ficelles politiciennes » , relève pour sa part Raymond Couraud dans L'ALSACE , qui compare le texte à « une espèce d'ornithorynque juridique » . Même point de vue pour Denis Sieffert dans POLITIS , lequel souligne qu'au départ, le chef de l'Etat espérait avec ce projet réussir à « piéger la droite » – au-delà même du symbole, il agissait ainsi de calcul politique, mais aujourd'hui « le piège s'est refermé sur le stratège » . Quant à l'algarade entre Valls et Duflot, « elle fait remonter à la surface les mauvaises odeurs de la politique » , s'emporte Yann Marec dans MIDI LIBRE . « Cette fois, écrit-il, on touche le fond de la piscine ! Et ce n'est qu'un début. » A quoi j'ajoute que ce débat semble surtout tourner en rond.

Et pendant ce temps-là, au FN, se tient un séminaire à huis-clos portant notamment sur les prochaines échéances électorales.__ Le FN qui « cherche son discours économique » , résume LE FIGARO , tandis que LE MONDE nous explique qu'il est toujours en panne de crédibilité. Certes, il a obtenu un score historique lors des dernières régionales : 6 millions 800.000 voix, mais il n'a emporté aucune région, et selon le baromètre annuel de TNS SOPFRES, le parti d'extrême-droite marque le pas, et ce malgré la popularité d'une partie de ses idées. 56% des personnes interrogées jugent ainsi qu'il est « un danger pour la démocratie » – un chiffre en hausse de 9 points sur trois ans. Quant à Marine Le Pen, elle ne semble toujours pas en mesure de rassembler au-delà de son propre camp. Près de la moitié des sondés estiment qu'ils n'adhèrent, ni aux constats qu'elle exprime, ni aux solutions qu'elle propose. Et seuls 28% disent voir en elle une femme « honnête » et « qui inspire confiance » .

Pour les tournois futurs, si elle veut que le combat tourne à son avantage, la cheffe du Front National doit donc maintenant travailler sur son image, ainsi que le détaille Tgdual Denis dans L'EXPRESS : travailler sur son tempérament, pour paraître moins agressive, pourquoi pas faire appel aux services d’une styliste en mesure de lui choisir des tenues qui l'adoucissent, séduire et sourire davantage afin de coller au slogan qu'elle a choisi pour sa campagne, « La France apaisée » . Un slogan qu'on a déjà entendu dans la bouche de François Hollande, relève le HUFFINGTON POST . C'était en octobre et à plusieurs reprises il a parlé d'une société, d'une démocratie « apaisée » . Volonté d'apaisement qu'il avait d'ailleurs martelée au début de son quinquennat. Du reste, du côté du parti Les Républicains, cette référence n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd. Cette semaine, au détour d'un discours consacré au monde rural, c'est Nicolas Sarkozy qui s'est approprié à son tour le mot tant convoité.

Tout le monde promet donc l'apaisement. Comme les baumes contre les piqûres de moustiques. Des baumes qui apaisent. Ou bien aussi comme les tisanes, qui apaisent avant de dormir. Peut-être est-ce, dès lors, une façon de nous endormir ? Ou de nous passer de la pommade ? Il n'est pas inutile de revenir, parfois, sur la racine des mots.

L'apaisement, c'est aussi ce que tente de trouver Grégory Reibenberg, le patron de « La Belle Equipe » , café où vingt personnes sont mortes dans l'une des fusillades du 13 novembre à Paris. Et malgré les attentats, malgré le deuil, malgré le traumatisme, les bars et restaurants touchés rouvrent peu à peu dans le 11ème arrondissement. Une difficile reconstruction pour le patron de « La Belle Equipe » , qui a perdu tout à la fois ses amis et la femme qu'il aimait, la mère de sa fille. Lire son portrait dans M, LE MAGAZINE DU MONDE . Poignant et magnifique portrait signé Fabrice Lhomme et Gérard Davet. « Attention fragile. Ne pas le secouer, trop de larmes à l’intérieur. Ça peut gicler à tout moment, sans prévenir. D’ailleurs, il ne cherche même plus à masquer ses sanglots. Quand ça vient, ça vient. Grégory Reibenberg a 46 ans, il n’est pas bien grand mais toujours en mouvement. Un vibrion. Il a des phrases plein la bouche, des flots de mots et de souvenirs qu’il déballe. Parfois, il les couche sur le papier. Pour exorciser, ne pas oublier… Tenir le coup. Avec, en point de mire, une obsession : rouvrir d’ici le printemps son café-restaurant, ravagé un sanglant soir de novembre et dont, en ce début d’année, il surveille de près la reconstruction, espérant sans doute y puiser les germes de sa renaissance. » Renaître après la tragédie. La mort de Djamila, tombée sous les balles des terroristes. « Elle avait, raconte-t-il, un énorme trou dans le dos. Je l’ai conduite à la pharmacie, puis allongée sur une table du restaurant ‘Le Petit Baïona’, juste derrière. A un moment, je lui ai lâché la main. Elle a hurlé : ‘Greg !’ Puis elle est morte dans mes bras. Ses dernières paroles, je ne les oublierai jamais : ‘Prends soin de Tess, sois fort pour elle.’ Je lui ai fermé les yeux. Je lui ai demandé pardon. Je lui ai dit : ‘Tu es belle.’ Il raconte ensuite l’annonce à Tess, 8 ans, qu’elle n’a plus de maman. Ça se passe dans l’appartement familial. « Maman a pris des projectiles dans le dos, elle est morte » , explique-t-il. « Papa, c’est pas drôle, c’est méchant ! » , hurle Tess. Et puis il raconte donc la résurrection de son café. « Je veux tout refaire, confie-t-il. Recréer un lieu de vie sur un lieu de mort. Balles neuves, si j'ose dire. C'est ma façon de leur rendre hommage. » Grégory Reibenberg : le visage de la dignité.

Les journaux se font aussi l'écho de plusieurs procès ce matin. D’abord le procès de Jérôme Cahuzac, qui doit s’ouvrir lundi : c’est « Le retour du boulet » , titre LIBERATION . Jérôme Cahuzac, ancien ministre du Budget, accusé de fraude fiscale et désormais paria à gauche. Depuis son éviction du gouvernement, il ne se prend que des torgnoles. Mais si l’on en croit le journal, ce procès risque bien d’être renvoyé.

Et puis dans LE PARISIEN , une histoire qui fait écho à celle de Jacqueline Sauvage, mais là, c’est « comme un acquittement » , commente le quotidien. Bernadette Dimet, épouse persécutée, accusée de l’assassinat de son mari, a été condamnée hier à cinq ans de prison avec sursis. Soulagée, elle a pu quitter libre la cour d’assise de Grenoble.

« A Nantes, neuf lycéens intoxiqués au McDO » : le sujet fait la Une de PRESSE OCEAN . Des migraines et des vomissements. L'établissement a dû fermer, par arrêté préfectoral.

« A Troyes, une octogénaire meurt dans la salle d'attente des urgences de l'hôpital » : le sujet fait la Une de LIBERATION CHAMPAGNE et de L'EST ECLAIR ce matin. Selon l'hôpital, mais il refuse de dire combien de temps cette femme de 85 ans a patient« il n'y a pas eu de défaut de traitement » é dans ses locaux avant de succomber sans avoir été reçue par un médecin.

Et puis, pour finir, un petit tour du côté de la presse féminine. Grand dossier dans BIBA : « Psycho, conso, shopping : comment s'organiser pour moins speeder » . 40 idées pour gagner du temps… J'ai tout lu, j'ai perdu 10 minutes. Enfin dans FEMMES ACTUELLE : « Plus jamais fatiguée » . Des plantes et des recettes pour retrouver son énergie. 38 conseils antifatigues… J'ai tout lu et ça m'a crevé. Preuve que les choses ne tournent pas toujours comme il faudrait…

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