Bonjour à tous… On sait depuis Montaigne que le barbare, c’est l’autre ! L’étrange étranger, qui vit, pense, se nourrit et s’habille différemment. Le civilisé, c’est vous, c’est moi. Il ne nous viendrait pas à l’idée de manger du chien, de croquer des scarabées, et à plus forte raison de nous repaître de notre prochain. C’est dire le dégoût qui nous vient ce matin à la lecture de la presse laquelle du Figaro au Parisien, en passant par Libération, s’émeut à juste titre du cannibalisme révélé dans une prison française. Sous le titre Barbarie, c’est en première page que le Parisien évoque l’acte de ce détenu de la maison d’arrêt de Rouen, qui a tué l’un de ses compagnons de cellule, avant d’en prélever partie pour la consommer. Le procureur de la République a admis, cet acte d’anthropophagie commis par un homme de 35 ans déjà écroué pour agression sexuelle. Son avocat, Maitre Picchiotino, révèle à ma consœur Elisabeth Fleury, qu’avant d’être incarcéré, le vagabond vivant du RMI et de la mendicité, à Rouen, avait effectué deux séjours en hôpital psychiatrique, et attendait d’être jugé, pour tentative de viol. Il affirmait que parfois, Dieu ou Satan lui parlaient directement, et les experts avaient conclu, sur une « atténuation de responsabilité, tout en estimant que sa personnalité ne présentait pas de dangerosité particulière ». D’ailleurs, l’homme avait réclamé d’être placé à l’isolement, ce que la direction de la maison d’arrêt de Rouen a refusé. Cette affaire commente Le Parisien, rejoignant en cela le Figaro, relance évidemment le débat, sur la prise en charge des troubles psychiatriques en prison. Un détenu sur cinq, serait en effet atteint de maladie mentale. Une enquête, conduite en 2005 assurait que 27% des prisonniers français présentait des troubles psychotiques aigus. Et le rapport Burgelin, rappelé ce matin par Cécilia Gabizon dans Le Figaro avait dénoncé le flou entourant cette notion de dangerosité. Attitude voisine de celle de ma consœur du caricaturiste du Parisien qui s’efforce lui aussi, de souligner cette réalité avec un peu de légèreté. Sur son dessin, un maton et un médecin ont ouvert la porte de la cellule du drame et dialoguent. « Faut pas avoir de cœur, pour faire ça dit le premier ». Ni toute sa tête, constate le second. » La Charente Libre, l’Indépendant de Perpignan, titrent eux aussi, sur l’horreur à la prison de Rouen. L’Humanité beaucoup plus discrète, veut traiter l’affaire en quelques petites lignes. Mais comment oublier aujourd’hui ces précédents qui firent grand bruit, il y a quelques années ? Ce Japonais Issey Sagawa, rendu à son pays, qui avait dans les années 80, tué, découpé et mangé, à Paris, sa petite amie néerlandaise. Le criminel libéré, peint désormais, chez lui au Japon, et signe paraît-il, ses tableaux, d’une petite fourchette et d’un petit couteau. Et comment ne pas rappeler aussi d’un mot cette émission des Dossiers de l’écran, où Alain Jérôme et Armand Jammot avait réuni, vous vous en souvenez peut-être, les rescapés d’un avion sud-américain perdu dans les Andes. Des rescapés qui avaient survécu à l’accident dans la neige en mangeant les passagers défunts. Les parents des malheureux, présents aux Dossiers de l’écran face aux survivants contraints au cannibalisme, avaient dit devant nous tous, devant les téléspectateurs de l’époque leur souffrance bien sûr… mais pardonné les actes d’anthropophagie commis. Or il se trouve que ce samedi, dans sa chronique de La Croix, Bruno Frappat, revenant, sur la mise à mort du tyran Saddam Hussein, disserte lui aussi de civilisation et de barbarie. Civilisation disent-ils… c’est le titre de la chronique de Frappat qui commence ainsi : « Et il faudrait accepter que tout cela se soit fait en notre nom ? Sous l’étendard de nos « valeurs », comme élément de la croisade pour notre « civilisation », préférable à toute autre ? Considérer cette pendaison de Saddam Hussein comme étant du bon côté de la frontière séparant le bien du mal ? Civilisation de l’image et de l’insupportable. « Stupidité », mais aussi cruauté, irresponsabilité et mensonge. En quoi sommes-nous plus libres, plus détendus, plus tranquilles en somme, depuis que nous avons tous assisté aux derniers instants de l’ancien dictateur irakien ? Et Bruno Frappat d’expliquer : « Ce n’était plus le maître de Bagdad, réincarnation de Nabuchodonosor, monstre assassin de son peuple que l’on châtiait, sous nos yeux. C’était un homme, oui un être humain en dépit de tout, à qui il ne restait que peu de secondes à vivre, et qui ne l’ignorait pas. Et le chroniqueur de La Croix de s’effrayer alors de ce qu’il appelle « le spectacle »… De tout temps les peuples ont été empressés aux supplices des puissants maléfiques, ou présentés comme tels. De tout temps les foules ont été gourmandes d’exécutions. La Chine apprécie encore le procédé et le fait même dans des stades. Le pavé de Paris n’a pas oublié le trajet de son roi et de sa reine jusqu’à l’échafaud, dans la bousculade des badauds qui voulaient « mieux voir ». Aujourd’hui, le pavé c’est l’Internet. Ce sont les vidéos officielles ou prises subrepticement. Le lendemain de la pendaison de Saddam Hussein, à Bagdad, il se fit des fortunes dans le trafic d’images prises sur un téléphone portable et revendues dans les boutiques de la ville. On vit un marchand, jeune et au visage sympathique, tout sourire à l’évocation du chiffre d’affaires que lui avait valu la revente du document. Au marché de l’horreur et du voyeurisme il avait fait son miel de ce dont nous avions honte. Au même moment, les Etats-Unis continuaient de faire leurs comptes macabres : trois mille soldats américains morts en Irak depuis le déclenchement de la fameuse « guerre du droit ». Et Frappat poursuit en disant : et les autres attentats à venir, encore et toujours. Et voici sa conclusion, s’adressant à nous tous. Au même moment, on fait le bilan des morts de 2006. Des tués de la route. Des victimes de la maladie. Des célébrités et des inconnus. Des proches et des inaccessibles. De ceux dont on dit : « il nous a quittés », « elle est partie », « il est décédé », « elle s’est éteinte ». De ces millions et millions d’êtres humains qui n’auront eu qu’un point commun avec Saddam Hussein : l’année de leur mort. A tous ceux-là, conclut Bruno Frappat, promesses de non-oubli, gerbes de prières, sentiments perpétués, affections vraies, souvenirs de lumière. Voilà, 2006 est derrière nous. Les disparus n’ont pas disparu. Ils avaient tous égale dignité de départ. Egale valeur de principe. Beaucoup n’avaient qu’un rapport lointain et modeste avec l’Histoire qui se fit et se défit sous leurs yeux. La plupart laissent un sillage de tendresse qui ne passe pas. C’est ça la civilisation. Alors, à contre-courant, encore, ce samedi, les lettres françaises, supplément du quotidien communiste l’Humanité publie une ode à la nicotine, à la pipe et au tabac, avec Lisette Malidor que chanta Louis Aragon autrefois. Lisette Malidor, prépare depuis sept ans parait-il, un spectacle sur le tabac, et déclare : « J’adore recevoir les baisers d’un homme qui fume le cigare. » Jean Ristat va plus loin, et membre du Pipe Club de Londres, défend le livre de l’anglais Barrie sur les amants de Lady Nicotine. Pire ou mieux, toujours dans les lettres françaises ce rappel d’un poème de Dumas datant de 1855, intitulé Ma pipe, et qui commence ainsi. - « Viens jeune homme au foyer de ma pipe remplie, viens apporter le feu qui lui donne la vie, que son âcre monte à mon front engourdi, que pour peu de temps au moins il me délivre des choses de ce monde et de l’ennui de vivre, des tourments d’ici-bas qu’il me donne l’oubli. » - Et je m’aperçois que j’ai oublié la politique. Je n’en dirais qu’un mot à propos de Jacques Chirac, de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy. Jacques Chirac, vous le savez, il est chez lui en Corrèze, aujourd’hui. Il présente ses vœux aux Corréziens et aux français. Sarkozy Sarkozy, il y a un petit dessin charmant à la première page du Canard Enchaîné. Il est signé Cabu et on voit le titre : Sarkozy se joue un film en ce début d’année 2007. Alors on voit le petit diablotin. Il a un révolver à la main. Et je lis dans la bulle : de la bagarre, du sang et du sexe. Le triomphe de Nicolas OO7. Et voici dans Charly Hebdo la rumeur internet de la semaine : Ségolène Royal remplacera la rose de Solutré de Mitterrand par Le dos d’âne de Tulle.

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