Bonjour à tous… La mort… en ce jardin… La vie aussi. Puisque, comme l’écrit Bruno Frappat dans sa chronique de LA CROIX, « nous sommes tous des survivants ! ». Et qui plus est, des survivants libres, de ce côté-ci des démocraties. Libres d’aller dire demain de quel avenir européen nous rêvons, et de quels cauchemars nous ne voulons pas. « Yes we can »… Toute la presse ce matin salue l’arrivée en France du Président américain qui s’inclinait hier à Buchenwald, aux côtés d’Angela Merkel et du survivant des camps, prix Nobel de la Paix, l’écrivain Elie Wiesel. Obama en Allemagne, avant les plages de Normandie, souligne le DAUPHINE LIBERE, avant de titrer en lettres capitales sur les rendez-vous de la mémoire. « Ils débarquent », préfère écrire PARIS-NORMANDIE, au-dessus d’une photo des quatre Obama, hôtes de la France aujourd’hui. Barack, son épouse Michèle et ses deux petites filles qui ont découvert notre bonne vieille Tour Eiffel hier. « 65ème anniversaire… Jour « J ».. C’est le titre d’OUEST FRANCE qui équilibre équitablement sa première page entre l’Europe qui élie son Parlement, et le soldat Bill Ryan, un vétéran survivant d’Omaha Beach, qui serre les mains de deux enfants, en visite comme lui, au cimetière américain de Colleville-sur-Mer. Le PARISIEN a choisi pour sa part, une photo montage d’Obama figurant en grand devant une forêt de croix blanches, avec cette légende : « Le président américain est aujourd’hui en Normandie pour y célébrer, aux côtés de Nicolas Sarkozy et du prince Charles, le 65ème anniversaire du débarquement du 6 juin 1944 ». LIBERATION renvoie dans son cahier central à la commémoration du D. Day, en respectant sa tradition du titre court qui en dit long. Jugez plutôt : pour LIBE aujourd’hui le 6 juin 2009, c’est Obama Beach. En ce qui concerne les élections européennes de demain, le choix de LIBERATION se porte semble-t-il, sur Daniel Cohn-Bendit, photographié en grand au-dessus de ce titre : le trublion. Même priorité pour l’HUMANITE : les élections où chaque voix va compter. Le quotidien communiste renvoie Obama à plus tard et annonce à ses lecteurs qu’en raison des élections européennes, le supplément des lettres françaises a été décalé au samedi 13 juin. Attitude contraire au FIGARO qui réserve sa première page aux cérémonies anniversaires du débarquement en Normandie. Obama et Sarkozy : l’hommage aux héros du débarquement. Suivent trois sous titres : 1. Le Président de la République accueille ce matin à Caen, son homologue américain. 2. Après les cérémonies, Barack Obama et sa famille reviendront à Paris passer la fin du week-end. Ils devraient visiter Notre-Dame et le centre Beaubourg. 3. Hier, le Président américain a visité le camp de concentration de Buchenwald en présence d’Angela Merkel, la chancelière allemande et d’Elie Wiesel, rescapé de l’holocauste. Comme disait Hubert Beuve-Méry, patron-fondateur du journal LE MONDE : " les faits sont sacrés, le commentaire est libre". Le commentaire du FIGARO est signé Etienne Mougeotte, qui plaide aujourd’hui dans son éditorial, pour la cohérence, demain, lors du scrutin. Ce n’est pas l’heure, écrit-il, de donner quitus ou pas, au Chef de l’Etat pour son quinquennat. On verra ça dans trois ans. Pour le reste, conclut Mougeotte, le scrutin de demain est moins confus qu’il n’y paraît. A chacun d’être cohérent. Patrick le Hyaric dans l’HUMANITE, considère de son côté, qu’il faut aller voter, que ses copains le lui rappellent par SMS. Mais croyez-moi, dit-il, je ne vais pas l’oublier, chaque voix compte et chaque heure compte aussi. Et le Hyaric d’en profiter pour commenter, je le cite, l’émission « A vous de juger », qui a clos la campagne officielle jeudi soir sur France 2. « C’était le degré zéro de la politique ». Les faits sont sacrés, le commentaire est libre… Et nous avons tous notre place et notre petite histoire, dans la grande histoire. Nous sommes tous des survivants, disais-je en commençant avec Bruno Frappat, chroniqueur de LA CROIX et témoin aussi de ce que le journaliste historien Henri Amouroux, appelait « joies et douleurs du peuple libéré ». « C’était un temps déraisonnable. On avait mis les morts à table. On prenait les loups pour des chiens ». Ce commentaire poétique de la grande guerre, signé Louis Aragon, s’applique aussi au 65ème anniversaire du mois de juin 1944. 6 juin… débarquement en Normandie. La veille, rapporte Amouroux, la propagande allemande avait fait obligation de dénoncer, en première page, les bombardements alliés sur la France occupée. Et comme il y avait des Français parmi les aviateurs de la RFA, le communiqué de la propagande Staffel imposait ce titre aux journaux enchaînés. « Des aviateurs dissidents ont participé aux bombardements des villes françaises ». Avril, mai, juin 1944. C’était ça le discours officiel de Pétain. « On bombarde les populations civiles de notre malheureux pays ». Nuit du 5 au 6 juin 1944 en Normandie. 351ème alerte sur Rouen, précise Amouroux. Des soldats allemands s’écrient « Jabos », contraction de » Jagol-Bombes ». « Chasseurs bombardiers ». Et le journaliste-historien précise encore que le 6… 1.056 Lancaster, Halifax, Mosquito ont déversé 5.000 tonnes de bombes sur dix batteries allemandes côtières. Le même jour : 1.600 appareils US ont pilonné les blockaus, défendant les plages du débarquement. Qui n’a vu ces attaques de Jabos, ne peut savoir ce que fut la bataille de Normandie. Et c’est pourquoi du PARISIEN à la PROVENCE, en passant par le TELEGRAMME de BREST, je vous fiche mon billet que vous allez lire et relire aujourd’hui les témoignages des survivants que tous ces journaux publient. Et pourquoi pas, vous souvenir aussi, avec Jacques Chirac à Tulle, lundi et François Fillon à Oradour-sur-Glane, mardi, des commémorations des massacres commis par la Division Das Reich, remontant sur la Normandie. Les pendus de Tulle : 8 juin 44. Les suppliciés d’Oradour : 10 juin 1944. C’était un temps déraisonnable ! Peut-être vous souviendrez-vous aussi de ce que Michel Sardou, oui, Michel Sardou a pris sur la tête en 1967, quand il a chanté en pleine americano-phobie : « Si les Ricains n’étaient pas là Vous seriez tous en Germanie A parler de je-ne-sais quoi A saluer je-ne-sais-qui » 1967… Les milliers d’Américains tombés à 20 ans à Colleville-sur-mer, à Saint-Laurent, la Pointe du Hoc, auraient eu 45 ans. Mai 1967… c’était la guerre du Vietnam… Et Sardou se faisait engueuler, alors que dans le deuxième couplet, des Ricains libérateurs il reconnaissait : « Bien sûr les années on passé Les fusils ont changé de mains Est-ce une raison pour oublier Qu’un jour on a eu besoin Un gars venu de sa Géorgie Qui se foutait pas mal de toi Est v’nu mourir en Normandie Un matin où tu n’y étais pas »… Quatorze mille dépouilles. Quatorze mille corps ont été rapatriés aux Etats-Unis. Des milliers d’autres, signalés par les croix blanches devant lesquelles, vont s’incliner cet après-midi les Présidents Obama et Sarkozy, sont ici en Normandie. Deux cent mille Américains viennent chaque année, en France leur rendre hommage. Encore faut-il réfléchir à ce que représente des dizaines et des centaines de milliers de morts. Jean-Claude Guillebaud s’inquiète de notre monde d’aujourd’hui, marqué par des chiffres qui deshumanisent. Sa chronique figure dans l’hebdomadaire LA VIE. Guillebaud ne compte pas les hommes tombés en Normandie, mais il s’arrête aux 20.000 morts du Sri-Lanka. 20.000 en quelques jours de combat. 20.000 corps… alignés, épaule contre épaule, sans intervalle à touche-touche… sans espace… Cela représente 10.000 mètres de chair morte. Dix kilomètres… la distance qui sépare à Paris, la Défense de la place de la Bastille. La voilà, la réalité épaisse, écrit Guillebaud. Ainsi traduite, ce n’est plus une abstraction. Et si nous y étions confrontés réellement, notre raison vacillerait. Imaginez… 2 heures de marche, près d’un alignement serré de cadavres. Le simple fait d’y penser donne le vertige. Et il conclut : Les médias nous ont appris la semaine dernière que l’offensive contre les maquis tamouls du Sri Lanka avait fait 20.000 morts en quelques jours. Lisant cela, notre esprit enregistre machinalement l’information sans en prendre la vraie mesure. Après tout, ne sommes-nous pas abreuvés de bilans macabres ? Alors, un de plus ou un de moins. De temps à autre, pourtant nous devrions nous astreindre à ce genre d’évaluations, quand des nombres sont déversés sur nos têtes et qu’ils sont bien trop effarants pour faire sens.

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