Qu’est-ce qu’une vie ?

Il est rare que des décisions de justice suscitent à ce point le débat. Mais là, il est question de la mort. Et donc, il est question de la vie. Quand peut-on dire d'une personne qu'elle est à la fin de sa vie ? Et qui peut décider pour elle – quand elle-même n'est plus en état de décider, que le moment est venu de l'aider à mourir ? Questions graves, essentielles, qui amènent chacun, inévitablement, à se projeter en pareille situation. Et puis, dans l'affaire judiciaire née du drame de Vincent Lambert – car c'est bien de lui qu'il s'agit, on se trouve de plus en présence de deux amours qui se déchirent : l'amour d'une femme pour son mari, et celui d'une mère pour son fils. La première affirme qu'il lui avait dit ne pas vouloir vivre cette vie-là, et qu'enfin, désormais, « sa volonté sera faite » . La seconde, à l'inverse, estime qu'il faut qu'il vive, quand bien-même il ne s'agit plus que d'une vie végétative. Et là encore, ces deux douleurs – celle de la femme, celle de la mère – ne peuvent que renvoyer chacun à ses propres tourments, comme en témoigne, ce matin, les éditoriaux dans la presse, des éditoriaux qui balancent entre éthique et respect du droit.

Hier, la Cour Européenne des Droits de l'Homme a donc validé l'arrêt des soins de Vincent Lambert, mais c'est « une décision de justice qui ne règle rien » , note ainsi LE TELEGRAMME, tandis que l'UNION précise que sa mère, « Viviane Lambert poursuit, malgré tout, le combat » . En somme, la bataille judiciaire et familiale n'est pas finie, et « La vie de Vincent Lambert reste encore en suspens » , titre à sa Une LE FIGARO...

« Le malheureux est devenu un symbole et à travers sa vie, nous nous interrogeons : qu'est-ce qu'une vie ? » , analyse Etienne de Montety, en évoquant une société qui assiste, interdite, au ballet des médecins, au désarroi d'une épouse, au chagrin de la mère... « L'amour maternel a ses raisons que la raison juridique ne connaît point » et chacun de nous se partage entre deux sentiments : d'un côté le souhait d'un sage encadrement des décisions du corps médical, de l'autre l'effarement de voir gravées dans le marbre des mesures visant à régler des situations où la frontière entre la vie et la mort est très mal établie.

Même perplexité pour Dominique Greiner sur le site de LA CROIX, pour qui « le cas de Vincent Lambert est finalement symptomatique de l'état d'incertitude, voire de déchirement, dans lequel sont aujourd'hui plongées les institutions de la famille, de la médecine et du droit »

Jusqu'où l'éthique ? Jusqu'où le droit ? Dans LES DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE, Pascal Coquis se fait sévère avec les parents qui, dit-il, ont fait de leur drame « un étendard des mouvements extrémistes 'pro-vie' et sont décidé à user toutes les formes de recours possibles pour faire aboutir leur cause » ...

Dans SUD-OUEST, Yves Harté refuse, lui, de trancher le dilemme familial... « Ne pas prolonger la souffrance d'un être aimé ne veut pas dire souhaiter sa mort. Alors que faire ? » , interroge-t-il. « Dire adieu ou bien refuser encore ce départ ? Qui saurait, sans trembler, trancher en son âme et conscience ? » Seulement voilà, poursuit-il : « Vincent Lambert est toujours là. Un temps, pour lui, s'écoule, qui ressemble à l'infini. Un temps qui nous paraît, à nous, de ce côté de la vie, le plus grand des scandales. »

Scandale, vous avez dit scandale ? Sans doute est-ce aussi le terme adéquat pour qualifier l'affaire dont se font à la fois l'écho MEDIAPART et M, LE MAGAZINE DU MONDE. L'enquête est signée Yann Philippin sur MEDIAPART. Dans M, c'est le duo Fabrice Lhomme et Gérard Davet... Et l'affaire, c'est le « Kazakhgate » . Une affaire qui pourrait bien être une affaire d'Etat.

C'est en tout cas l'avis que défendent les journalistes, qui nous expliquent que des hommes appartenant à l'entourage de Nicolas Sarkozy, du temps où il était président de la République, sont soupçonnés de versements douteux, des commissions occultes en marge de la vente de 45 hélicoptères au Kazakhstan. Au centre de l'histoire : le milliardaire Patokh Chadiev, ami du dictateur kazakh Nazarbaïev. Il était empêtré dans une série d'ennuis judiciaires en Belgique. Mais une cellule de l'Elysée se serait chargée de faire pression sur nos voisins belges, afin de le sortir du pétrin. Satisfaire, donc, Nazarbaïev. Et, en contrepartie, sérieuses contreparties : signature de juteux contrats de matériel militaire, notamment les hélicoptères, et puis de grosses mallettes de billets de 500 euros... Des sommes en liquide, dont auraient notamment bénéficié l'ancien préfet Jean-François Etienne de Rosaie et le sénateur UDI Aymeri de Montesquiou. Mais Claude Guéant se trouve, lui également, dans le viseur des enquêteurs. En septembre dernier, ceux-ci ont demandé à inspecter les deux ordinateurs qu'utilisait son assistante au ministère de l'Intérieur. Pas de chance, les disques durs avaient, comme par hasard, été totalement effacés.

Comme l'écrit Marie-Pierre Lannelongue, dans l'édito de M : « On est entre la farce et le polar politique... Mais hélas, il ne s'agit pas d'un roman. » « Hélas » , c'est d'ailleurs ce que pense aussi l'avocate niçoise qu'ont diligenté ces proches de Nicolas Sarkozy pour mener les négociations avec la justice belge. Elle pensait, raconte-t-elle, « travailler pour la France » , et elle se retrouve mise en examen pour « blanchiment » et « complicité de corruption active » . Désormais, elle craint pour sa vie. Parce qu'elle raconté cette histoire en détail aux juges. Elle a reçu des menaces et son fils s'est fait agressé. Elle a même découvert un fil coupé sur sa voiture. Affaire d'argent, affaire d'Etat. Et ce n'est donc pas un roman...

Au congrès du PS à Poitiers, là, il n'est pas certain que les journalistes aient la matière pour écrire des romans. Le congrès a donc débuté hier, mais comme le dit LIBERATION, les enjeux idéologiques du rendez-vous sont quasi nuls. D'où ce titre du quotidien : « Un congrès qui compte pour du leurre »... Et un programme qui ne permettra pas franchement les grandes discussions, ainsi que s'en désole l'un des dirigeants du parti : « Avec une ouverture en fin de matinée ce samedi, le discours du Premier ministre à midi et une heure sur l'outre-mer en fin de journée, le temps utile de ce congrès, c'est un peine cinq heures. On prétend ouvrir les débats, mais en réalité, tout est fermé ! »

Du reste, raconte François-Xavier Bourmaud dans le Figaro, la première impression en pénétrant hier dans la grande salle plénière, c'était une impression de grand vide ; une salle à moitié déserte, une ambiance de molle indolence...

Les partis n'ont plus la cote, c'est le dossier de LIBERATION : « Les partis, c'est fini ? » La question porte en elle-même sa réponse. Mais il est, néanmoins, toujours des militants qui continuent de militer. Y compris au PS.... Durant six mois, le journal a suivi les militants de deux sections socialistes. « La seule chose qui nous motive » , explique la secrétaire de la section des Andelys, « c'est de ne pas laisser le terrain aux autres » . Et quand elle dit « les autres » , elle pense à l'extrême-droite...

Ne pas laisser la place aux autres : c'est aussi le point de vue que partagent vraisemblablement François Hollande et Nicolas Sarkozy. Leur objectif : 2017. C'est à lire dans LE MONDE. Dans l'esprit des hommes, le match retour aura bien lieu... A moins qu'un troisième homme ne tire son épingle du jeu. Sondage ODOXA publié dans LE PARISIEN : une majorité de sondés disent préférer François Bayrou à la fois à François Hollande et à Nicolas Sarkozy. Mais, bien sûr, un sondage ne fait pas une élection...

Autre info dans le même journal : les suites de l'affaire de la Croix Rouge. L’inspection du travail a infligé à l'association un redressement potentiel de onze millions d’euros pour des durées de travail abusives. Son directeur général, Stéphane Mantion, vient d'être remercié.

Quoi d'autre à retenir dans la presse ce matin ?

Les peintres peintre classiques n'attirent pas le public – en tout cas, beaucoup moins que les impressionnistes, les artistes modernes ou les contemporains ; les Monet, les Hopper et autre Jeff Koons... « Velasquez broie du noir » , nous explique Olivier Cena dans les pages de TELERAMA. Velasquez, qui est à l'honneur en ce moment au Grand Palais, lequel misait sur 4.000 entrées payantes par jour – finalement, c'est 15% de moins... Et au Louvre, il n'est pas impossible que ce soit pire. Combien de visiteurs pour la grande exposition « Poussin et Dieu » ? Impossible à savoir. Il y a si peu de monde que le musée ne communique aucun chiffre.

Une info santé : pour apprendre à pratiquer des examens vaginaux et rectaux, de futurs médecins s'exercent parfois sur des patients endormis et sans leur consentement... Sûr qu’on devrait en reparler. C'est à lire dans LIBERATION.

A la rubrique people, photo de Charlotte Casiraghi et de son mari Gad Elmaleh en Une de MONACO-MATIN. Hier, lors d'un concours équestre à Ramatuelle, ils ont fait taire d'un baiser la rumeur d'une séparation. Charlotte et Gad « ensemble » , titre le quotidien de la principauté. Nous voilà rassurés.

Et puis dans la série ‘les Anglo-saxons ont un drôle d'humour’, les sites des journaux reviennent, ce matin, sur l'étonnante vente aux enchères qui aura lieu fin juin à Los Angeles : la vente de parts de gâteau de cinq mariages royaux britanniques, certaines datant de plus de quarante ans. Elles ont été récupérées par un ancien chauffeur de la reine Elizabeth II, qui les a conservées dans leur emballage d'origine, frappé du monogramme royal. La plus récente, c'est une part du gâteau aux fruits infusés au brandy servi lors du mariage de Kate et William. Elle est estimée à plus de 600 dollars. Mise en vente également : une part du gâteau servi lors du mariage de Charles et Diana – gâteau confectionné en 1981. Celle-ci, cette part est évaluée entre 1.000 et 2.000 dollars. La maison d'enchères précise toutefois que les pâtisseries ne sont plus comestibles. Le contraire eût été surprenant. Mais dès lors, on se demande qui cette vente peut intéresser – exceptés, peut-être, les amateurs de pudding...

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