Bonjour à tous… … Même pas peur ! Il y a trente ans, au « Tribunal des flagrants délires », sur France Inter, Pierre Desproges ne craignait pas d’accueillir Jean-Marie Le Pen, dans les termes suivants : « Françaises, Français… Belges, Belges Extrémistes, extrémistes, Mon président français de souche Mon émigré préféré Mesdames et Messieurs les jurés Mademoiselle Le Pen, Mademoiselle Le Pen Madame Le Pen… Public chéri, mon amour ». Et Desproges ajoutait que l’émission de Claude Villers était totalement libre, comique mais pas seulement, avant de préciser qu’il coulait dans ses veines 90 % de sang aryen et moins de trois grammes de cholestérol ! Même pas peur ! Avec un peu moins de sang aryen que Desproges, et sans un gramme d’alcool, votre serviteur, était à Dreux hier soir, au Théâtre de la ville, où l’on fêtait List et Chopin, avec Nima Sarkechik. Là, trois cents Drouais ont acclamé le jeune pianiste iranien. Dehors, la ville qui fut autrefois avec le couple Stirbois, le laboratoire politique du Front National… était parfaitement calme. Tellement paisible même, qu’on peut se demander si les Drouaises et les Drouais vont trembler tout à l’heure en découvrant Marine Le Pen, à la une du PARISIEN et Kadhafi interviewé en page un, deux, trois et quatre du JOURNAL du DIMANCHE. Commençons par le sondage, qui a fait hier soir l’ouverture de tous les journaux télévisés, tous les buzz d’Internet, et suscite ce matin un flot de réactions et de commentaires sur toutes les radios. J’ai à peine besoin de rappeler les chiffres du sondage « Harris Interactive » qui place Marine Le Pen en tête du premier tour de la présidentielle, devant Nicolas Sarkozy et Martine Aubry, tant ils ont été répétés hier et cette nuit. Mieux vaut décrire la première page du PARISIEN, partagée entre Jacques Chirac, Natalie Portman et Marine Le Pen. Les deux premiers cités, en tout petit. Et la candidate du Front national, en grand. Au-dessus de son portrait signé DLM-Press, cette légende : « Marine Le Pen en tête du premier tour. Avec 23 % d’intentions de vote, elle devance de deux points, Nicolas Sarkozy et Martine Aubry ». Bref commentaire de mes confrères du PARISIEN : « A 14 mois de l’élection, et dans l’hypothèse où Dominique Strauss-Kahn ne se présenterait pas, c’est une percée spectaculaire ». Spectaculaire en effet, pour la plupart des médias, et des politiques qui réagissent à ce que le PARISIEN présente comme un sondage-choc secouant autant la droite que la gauche. Encore que l’on découvre dans le flot des réactions inquiètes des sceptiques qui doutent, de l’enquête réalisée par téléphone entre le 28 février et le 3 mars derniers, auprès d’un échantillon de 1.618 personnes inscrites sur les listes électorales. Parmi ceux-là : Nadine Morano, ministre UMP de l’apprentissage, Jean-Luc Mélenchon du Front de Gauche, les anciens ministres socialistes Jack Lang et Paul Quilès… plus que réservés sur ce qu’il faut bien appeler un sondage magique. Vous avez dit bizarre ! Comme c’est bizarre… ! Premièrement, réagit Nadine Morano, on se demande bien pourquoi Dominique Strauss-Kahn ne figure pas parmi ceux que le sondage Harris-Interactive analyse. Deuxièmement, on peut s’étonner de voir cette enquête apparaître, dans le PARISIEN, au moment où son concurrent le JOURNAL du DIMANCHE, sort sa nouvelle maquette. Et la ministre UMP de conclure, sans peur : « Dois-je vous rappeler que 14 mois, avant la présidentielle, le favori des sondages a toujours été battu. Je prends donc, celui-là, comme une bonne nouvelle ! ». Jack Lang est sur la même ligne que Nadine Morano. « La folie des sondages », dit-il, dans un communiqué, « peut être destructrice de la vie civique. Celui-là n’a ni queue, ni tête. A 14 mois de l’élection, c’est malhonnête de se livrer à ce type d’investigation. On manipule l’opinion à des fins mercantiles. On devrait exiger un minimum d’éthique et de transparence. Les instituts de sondage pourraient eux-mêmes s’imposer une certaine forme de retenue ». Sur son blog, Paul Quilès réagit lui aussi, mais en polytechnicien. Il explique que selon les instituts sérieux, une enquête sur un échantillon de 1.600 individus, établit la marge d’erreur, à 2,5 %... Bref, Marine Le Pen à 23, et Sarkozy–Aubry, à 21 chacun, ça se discute ! Ca se discute même tellement que Jean-Luc Mélenchon s’est élevé dans son commentaire, contre ce qu’il appelle « la guignolisation de la vie politique ». Je cite le co-fondateur du front de gauche. « Pourquoi voulez-vous que le peuple français, soit le peuple à vouloir un fasciste à sa tête. C’est aussi stupide que d’annoncer que le Père Noël va gagner ! ». Presque aussi dubitatif, le caricaturiste Ranson y va de son petit dessin éditorial, en page deux du PARISIEN. On y voit Jean-Marie Le Pen, et sa fille, en Présidente de la République. Marine, dit Monsieur Le Pen dans une bulle, il faut que tu commandes, une tenue présidentielle chez Galliano ! Papa… arrête ! supplie l’héritière. Arrêtez-vous, après avoir souri, à la courbe voisine du dessin de Ranson qui mesure l’évolution des sondages, sur la désormais chef de file du FN, depuis mars 2010. Sondages CSA et IFOP… Tous oscillent entre mars et novembre l’année dernière, autour de 12 %... 13 % des intentions de vote. Et puis… février dernier : IFOP – France-Soir. Marine Le Pen à 20 %... Et à 23 ce matin. Si l’on veut bien. Bref, la tendance est haussière. Et l’est même assez pour provoquer les réactions de Dominique Paillé, de Laurent Fabius, Benoit Hamon, Martine Aubry, Jean-Marc Ayrault, François Bayrou… les derniers cités, voyant dans le sondage du PARISIEN un climat malsain, né de désordres au sommet de l’Etat. Entendez que le coupable est Nicolas Sarkozy. Lequel, selon Martine Aubry ne remontera pas la pente et perdra de toute façon l’élection présidentielle. François Bayrou… lui… considère que ni gauche ni droite ne l’emporteront, car les Français renverseront la table. Chérie fais-moi peur ! Avec l’interview de Kadhafi dans le JOURNAL du DIMANCHE. Là, il y a de quoi s’inquiéter… surtout si l’on est libyen. En substance, le vieux dictateur, qui doit tomber, et va tomber, selon Alain Juppé, déclare : « C’est Al Qaïda ou moi ». A lire aussi… Bruno Frappat dans LA CROIX… amoureux de Bordeaux, Mauriac, et admiratif devant Juppé ressuscité ! Et enfin dans NICE-MATIN… Georges-Marc Benamou qui s’interroge sur la laïcité… « Faut-il un débat ! Oui, retrouver son principe ». A cet égard, je rêve d’un journal qui publierait le plus beau document laïc et pédagogique : « La lettre de Jules Ferry aux instituteurs »… Il date du 17 novembre 1883.

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.