femme homme
femme homme © CC0 Public Domain / RyanMcGuire

Quelquefois si douces quand la vie me touche… Quelquefois si drôles sur un coin d'épaule… Quelquefois si seules, parfois elles le veulent… Je n'en connais pas de faciles, je n'en connais que de fragiles… Et difficiles, oui, difficiles…

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Vous avez reconnu les paroles, bien sûr… « Femmes, je vous aime », de Julien Clerc. Une chanson magnifique. Julien Clerc aime les femmes. Les chanteurs aiment les femmes. Les poètes aiment les femmes. Mais les médias, visiblement, ne les aiment pas beaucoup. C'est en tout cas ce qui ressort du 3ème baromètre de la parité dont se fait l'écho le JDD: baromètre de la place qu'ont occupé les femmes dans la presse française l'an dernier. En l'occurrence : une place moins importante que les années précédentes. Alors que 3/4 des articles publiés en 2015 dans les journaux et magazines citaient exclusivement des hommes, seuls 10% étaient spécifiquement consacrés à des femmes, avec en tête Marine Le Pen, suivie de Ségolène Royal et Angela Merkel. Qu'est-ce que cela signifie ? Eh bien que « la société reste encore vraiment dans la non-parité », commente l'historien et spécialiste des médias Patrick Eveno dans les colonnes du journal. Sachant que la presse est le reflet de sa société et qu'elle s'intéresse surtout aux personnages de premier plan. Or ce sont toujours essentiellement des hommes qui occupent les postes de premier plan.

Cependant, à deux jours de la journée des Femmes et pour l'égalité des Droits, certains journaux donnent l'impression de vouloir se rattraper. Trois femmes font ainsi la Une de OUEST FRANCEce matin « Des femmes qui sauvent la terre des hommes », titre le quotidien. Ce sont les trois lauréates françaises du prix "Terre des Femmes", un prix qui récompense leur engagement pour le bien de la planète. L'une travaille au reboisement au Pérou, une autre à la protection des lémuriens de Madagascar, la troisième a monté une ferme équestre écologique dédiée à la socialisation des personnes autistes.

Des femmes également à la Une de LA CROIX : « Elles aiment leur métier d'hommes ». Portrait de la directrice d'une usine PSA de 6.500 salariés, qui raconte que passés les premiers mois d'adaptation, tout le monde s'est habitué à être dirigé par une patronne. Portrait d'une femme second capitaine de navire. On dit ‘second’ et pas ‘seconde’ et on dit également ‘marin’ – pour qualifier ce métier, le féminin n'existe pas. Et le féminin de ‘plombier’ n'existe pas non plus. Portrait d'une femme plombier, qui explique que c'est surtout avec les clients qu'elle peut rencontrer des problèmes."J'ai l'impression, dit-elle, qu'ils sont un peu plus suspicieux devant mon devis, simplement parce qu'il a été fait par une femme." Comme s'il y avait des devis plus féminins que d'autres. Sachant que dans le monde du travail, nous rappelle le journal,les femmes sont aujourd'hui encore surreprésentées dans les emplois à temps partiel, et sous-représentées aux postes les mieux payés. Et toujours sous-représentées aussi dans les conseils d'administration des grandes entreprises, relève le mensuel ALTERNATIVES ECONOMIQUES, soulignant par ailleurs que les femmes ne représentent que 3% des PDG français.

En revanche, elles sont de plus en plus nombreuses parmi les réfugiés, comme l'explique le directeur général de France Terre d'Asile dans LE JOURNAL DU DIMANCHE. Jusqu'alors, ceux qui tentaient de rejoindre l'Europe étaient en grande majorité des hommes. Mais aujourd'hui, sur l'île grecque de Lesbos, plus de 60% des migrants sont des femmes et des enfants. Phénomène nouveau et massif, lié aux discours de fermeture des frontières répétés dans différents pays européens. Les hommes qui s'étaient déjà exilés ont compris qu'il serait difficile à l'avenir de faire venir leur famille par voie légale, une fois installés en Europe. Ils ont donc provoqué un ‘regroupement familial’ de fait.

C'est donc après-demain, disiez-vous, qu'aura lieu la journée des Femmes et pour l'égalité des Droits. Et c'est ce jour-là, au 20H de TF1, que Nathalie Kosciusko-Morizet se lancera à son tour dans la bataille de la primaire chez Les Républicains. « Une occasion pour elle d'appuyer là où ça fait mal, relève Thibaut Pézerat dans MARIANNE. Une occasion de pointer la quasi absence de femmes aux postes clés de son parti. » Mais pour elle, la candidature à la candidature est loin d'être assurée, car il lui faut réunir les parrainages de 20 parlementaires. Et c'est là que ça pêche : les députés et sénateurs sont déjà presque tous rangés dans différentes écuries : soutiens de Juppé, de Fillon, de Le Maire ou de Sarkozy. « Et puis le parlementaire est, par nature, peu aventureux », rigole un sénateur, tandis que le député européenBrice Hortefeux explique sans rire qu'il n'est, je cite, « pas suffisamment sexiste pour penser qu'il faut donner des parrainages aux femmes » . En novembre, il se pourrait bien que la brochette de candidats soit donc exclusivement masculine – « un concours de testostérone », ainsi que s'en désole Nadine Morano, qui aimerait également pouvoir concourir. Reste alors l'hypothèse Michèle Alliot-Marie qui, elle, dispose encore d'un solide réseau d'élus. Et puis elle déteste Juppé et pourrait, du coup, se présenter simplement pour lui faire du mal. Mais en termes de renouvellement, MAM c'est moins fun que NKM. Laquelle a toutefois provoqué nombre de ricanements quand elle a prévenu qu'elle lancerait sa candidature le 8 mars. Ricanement, notamment, de Rachida Dati, qui s'en explique dans l'hebdo : « Elle n'a jamais défendu une femme dans son parcours politique, mais elle se sert toujours de la cause des femmes quand elle est en difficulté. » Rachida / Nathalie : en voilà deux qui ne partiront sans doute jamais au ski ensemble.

Hillary Clinton mise d'ailleurs, elle aussi, sur la carte féministe. Et ça agace prodigieusement la chroniqueuse Marie Colmant qui, dans son billet de GRAZIA, taille un joli costard trois pièces à la candidate à l'investiture démocrate aux États-Unis. « Hillary, écrit-elle,a décidé de jouer sur la corde sensible de la solidarité féminine, mais voter pour une femme au prétexte de son sexe relève de l'imbécillité, voire de l'ignorance la plus crasse. » __ Et elle poursuit en rappelant les propos de deux des figures qui ont récemment rejoint son équipe. Ceux, d'abord, de Madeleine Albright, ex-secrétaire d’État de son mari Bill, qui lors d'un meeting a lancé à l'adresse des électrices : « Une place de choix attend en enfer les femmes qui ne s'entraident pas. » « Pour celles qui croient à l'existence de l'enfer, c'est pas très sympa, note la journaliste. Et pour les mécréantes, c'est risible. Et puis il y a les propos, très limites là encore, de Gloria Steinem, vache sacrée du féminisme américain qui, dans une émission de télé, a livré son explication de la présence d'autant de jeunes femmes aux meetings de Bernie Sanders, l'adversaire d'Hillary Clinton : c'est, a-t-elle dit, parce qu'on y trouve « beaucoup de beaux garçons ».« Mais oui, c'est bien connu, les filles ne pensent qu'à se faire sauter » , s'emporte Marie Colmant, avant de conseiller à l'amie d'Hillary d'aller prendre une douche froide.

Les femmes en politique : le sujet a nourri les journaux toute la semaine. Surtout après la mésaventure de Myriam El Khomri. Mardi, la ministre du Travail a annulé ses rendez-vous, dont une interview télé, à la suite d'un « petit malaise », a rapporté la presse, avant que ledit « petit malaise » ne devienne, selon la version officielle, un « accident domestique » : elle aurait glissé dans sa baignoire. Qu'importe : Nicolas Beytout, le directeur de L'OPINION, expliquait le lendemain, dans les pages de son journal, que Myriam El Khomri était une ministre « frêle » et « indisposée ». De son côté, le député du PS Yann Galut estimait même qu'après cette journée d'absence, la jeune femme devait sans nul doute être remplacée : elle ne serait, selon lui, « pas taillée pour le job ». Et c'est là, « l'éternel procès en faiblesse des femmes politiques », commentent Mélissa Bounoua et Aude Lorriaux sur SLATE, listant différents épisodes témoignant d'une condescendance quelque peu méprisante. Ainsi quand Fleur Pellerin fut virée du gouvernement il y a quelques semaines : on a dit qu'elle avait pleuré et même manqué de s'évanouir en apprenant son éviction. L'ancienne ministre a démenti. Non, elle n'a pas pleuré ni manqué de s'évanouir. On avait évoqué des larmes également chez Cécile Duflot, un jour, lors d'une séance de questions à l'Assemblée. L'ancienne ministre a démenti.Non, elle n'a pas pleuré . Mais personne, bizarrement, n'a rien dit de particulier quand Laurent Fabius a lui, vraiment fait un malaise lors d'un déplacement à Prague cet été. On n'a pas dit qu'il était « frêle » ni « indisposé ». On a dit qu'il était « grippé ».

Myriam El Khomri n'a pas bonne presse, c'est le moins qu'on puisse dire. Nouvel exemple ce matin, dans LE PARISIEN , avec ce sondage sévère de l'institut Odoxa : 7 sondés sur 10 se disent opposés à sa loi, et plus des 3/4 de ceux qui la connaissent ont une mauvaise opinion d’elle : pas charismatique, ni solide ni compétente. Elle n’est paru que d’une vertu, mais pas des moindres : le courage.

Mais dans LE JOURNAL DU DIMANCHE, Manuel Valls monte au front pour la soutenir. Et surtout pour soutenir sa réforme du code du Travail. Il confirme que le texte, reporté de deux semaines, fera l'objet d'améliorations, notamment sur le plafonnement des indemnités prudhommales et sur l’extension du licenciement économique, deux des points sur lesquels les syndicats réclamaient des négociations. Prêt à des concessions, le Premier ministre affiche néanmoins sa détermination à imposer la loi travail, sans utiliser le 49-3, et sans mettre sa démission dans la balance. Dans cette interview, il explique également qu'à ses yeux, c'est la jeunesse qui a le plus à gagner avec cette réforme, et que sa méthode reste le dialogue. Certains diront sans doute qu'on ne s'en était pas aperçu.

Et puis, un autre homme : le sénateur du parti Les Républicains Jean-François Mayet, distingué hier par le prix du "macho de l'année", décerné par l’association des « Chiennes de gardes ». LeHUFFINGTON POSTnous rappelle la saillie qui lui vaut d’être ainsi récompensé. L'élu de l'Indre s'était distingué en juillet 2015 lors d'un débat sur le projet de loi santé. En associant la désertification médicale à la féminisation de la profession de médecin, il avait affirmé que « 75 % des nouveaux diplômés sont des femmes. Or nonobstant l'égalité, elles sont quand même là pour faire des enfants » . Nonobstant l’égalité : c’est tout simplement affligeant.

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