Bonjour à tous. Deux mots tout neufs, tout frais, tout beaux dans le même hebdomadaire, pour remplacer les mots disparus, chers à Bernard Pivot ! Deux néologismes venus sous la plume de Richard Cannavo et de Jean-Claude Guillebaud, dans le supplément télé, ciné, Dvd, radio du NOUVEL OBSERVATEUR. Le premier désignerait les pionniers d’une classe sociale émergente, parvenus à un statut bien supérieur à celui de leurs parents, immigrés d’Afrique du Nord. Ce serait, selon Richard Cannavo, des « beurgeois »… Une émission sera consacrée sur France 5, mardi, à ces fils et filles d’immigrés arrivés en France, bien souvent sans savoir lire et écrire… Mais, dit l’une d’entre elles, Nadia Naïtaleb, devenue auditeur financier… « Nous sommes des mutants et nous allons nous reproduire. » Mourad Boudjellad, président des Editions du Soleil et du Rugby Club Toulonnais, ne dit pas autre chose quand il demande : « Suis-je un usurpateur, un accident dans cette vie ? Aujourd’hui, quand je mange au restaurant, je ne me sens pas à ma place. J’ai le sentiment qu’on va me virer… » Et le président du Rugby Club Toulonnais d’expliquer : « Quand j’étais gamin à la maternelle, c’est maman qui faisait le ménage après les cours. Quand on a 5 ou 6 ans, c’est assez violent. Mais c’était plus dur d’être pauvre que d’être arabe. Parce que maintenant, je suis toujours arabe, mais ce n’est pas compliqué. » Et voici sa conclusion que Richard Cannavo juge, à raison, magnifique : « Ce qui est important, ce n’est pas là où l’on se situe, c’est l’écart entre là où l’on est né, et là où on est arrivé. » « Il faudrait, dit encore Mourad, qui a bénéficié de la chance d’une République française machine à intégrer, il faudrait donner une autre image de l’immigration, plus positive. Parce que pour plein de gens, le Beur, c’est le gamin des cités, qui parle moyennement le français, et qui est en situation d’échec. Or tout cela est en train de changer. » Est-ce bien sûr, à l’heure où la loi sur l’immigration, avec le chiffrage des immigrés illégaux à renvoyer chaque année, avec l’amendement ADN proposé à l’Assemblée, repoussé au Sénat, provoque un profond débat ? « Devant les sénateurs, écrit Corinne Fouteau du journal LES ECHOS, Brice Hortefeux a martelé que sa politique ne se résumait pas à un chiffre (25 000), ni à trois lettres, ADN. » « Pourtant, ajoute ma consoeur, le bleu budgétaire consacré à l’immigration, l’asile et l’intégration confirme que les reconduites à la frontière restent une priorité. » L’objectif est d’en réaliser 26 000 en 2008, puis 28 000 en 2010, alors que les ressortissants roumains et bulgares (qui représentent un quart des reconduites à la frontière cette année) sont devenus quasiment inexpulsables. Parce qu’ils sont européens maintenant. Au passage, LES ECHOS datés de ce samedi, relèvent que pour la première fois, les services de l’Etat précisent le coût d’une reconduite de sans-papier. 2 800 euros par personne, au terme d’un séjour moyen de dix jours en centre de rétention. Ce chiffre ne prend pas en compte la masse salariale, affectée à la police des étrangers, ni la construction des centres de rétention. Dix millions d’euros seront nécessaires en 2008 pour ces centres, dont la Cimade, l’association protestante, dénonce les effets dévastateurs. L’avers et le revers… D’un côté, les « beurgeois » heureusement intégrés en France, et de l’autre les douleurs des illégaux, dont nos pays sont conduits à se débarrasser. Le second néologisme que j’évoquais en commençant, a été forgé par le sociologue Philippe Breton, auteur d’un livre intitulé « La parole manipulée », ouvrage publié aux Editions de « la Découverte». C’est un mot tout neuf, tout frais, tout beau qui désigne les esprits libres, les dissidents, les rétifs à la pensée unique… Le mot « refusant », bâti sur refus, séduit Jean-Claude Guillebaud, car, écrit-il, dans sa chronique du NOUVEL OBSERVATEUR, « dans les médias, ce type de parole, dissidente, vivante, est plus rare qu’on ne le croit. » Et, précise Guillebaud, qui aime bien notre Stéphane Paoli, « quand je dis parole libre, je ne pense pas aux espiègleries convenues, ou aux transgressions langagières, qui ne font qu’enfoncer des portes ouvertes. L’acte de refus (des refusants) est bien plus radical… C’est un vrai pas de côté, par rapport au prêt-à-penser du moment. » Bref, écrit le chroniqueur du NOUVEL OBSERVATEUR, « vive les refusants ! » Refusants… Refuzniks, Rebelles…ne sont pourtant que des gens qui ont eu le courage de dire « Non ». Alors que d’autres consentent. Vous trouverez des exemples à foison au kiosque ce samedi. Dans L’EXPRESS… l’esprit de résistance du peuple birman, face aux folies de la dictature qui l’a soumis. Dans LE POINT, « l’enfance d’Hitler », selon Norman Mailer. Un livre que refuse le critique littéraire du NOUVEL OBSERVATEUR. Dans ce dernier hebdomadaire, Les Bonnes Feuilles du livre manifeste du Bernard Henri Levy, qui refuse l’ouverture Sarkozy, mais s’interroge sur ce que signifie « être de gauche aujourd’hui. » Le livre est intitulé « Ce grand cadavre à la renverse ». Le cadavre étant le PS vu par BHL, le docteur philosophe qui balance entre deux amis, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Dans le même NOUVEL OBS… les refusants Finkielkraut, Adler, Onfray, Klarsfeld, qui tous n’acceptent pas les refus de Bernard Henri Lévy. « Moi, dit Serge Klarsfeld, sur Vichy, je fais confiance à Sarko. » « Et moi, je le soutiens, avec Alain Minc et André Gluckman, renchérit Alexandre Adler. Nous tous, insiste le chroniqueur du FIGARO, nous le soutenons vigoureusement, et pourtant la gauche était la religion de nos pères… et nous venons des profondeurs du Komintern. » « Allez Bernard, conclut Alexandre Adler, rejoins ta vraie famille. Car il nous faut combattre beaucoup d’ennemis, qui nous ont pris la gauche et qui s’en servent avec ténacité. » Contrepoint. Contrepied d’un refusant nommé Jacques Julliard, qui compte les morts dans le cimetière socialiste, qu’il appelle naturellement « cimetière des éléphants. » Alain Badiou, lui, voit des rats… ralliés à Sarkozy. Julliard est plus subtil quand il écrit… « Sarkozy voulait Attali, DSK, Jouyet, Kouchner, Lang, Besson… Il les voulait à poil. Il les a eu à poil… sans infléchir son programme à gauche… » Et voici sa conclusion : « A terme, ce nettoyage par le vide rend service au PS… où il ne restera bientôt plus que Ségolène Royal, François Hollande, Laurent Fabius, Henri Emmanuelli… C’est bien assez ! » Et je m’aperçois que je n’ai rien dit du rugby… alors que tous vos journaux, tous y compris Bruno Frappat dans LA CROIX, Pierre Albaladejo dans L’HUMANITE… tous en font des tonnes… Moi je croise les doigts… Parce que le sondage du PARISIEN de ce matin ne me rassure pas… Il dit que 50% des Français, croit à la victoire des bleus sur les noirs… 1 sur 2. Autrement dit, 1 sur 2 n’y croit pas ! Alors attendons ce soir. Et pour conclure, la refusante Cécilia… dans France SOIR. Et le refusant Nicolas Sarkozy, son mari… qui inaugurait hier soir à Issy-les-Moulineaux, le collège Georges Mandel. Georges Mandel, un refusant formidable, arrêté par les Français, mis en prison, jugé et assassiné dans la forêt de Fontainebleau en 1944. Et je peux vous lire ce qu’une petite fille hier, a lu devant Nicolas Sarkozy : Monsieur le Maréchal, Je suis une petite fille de France et, malgré mon jeune âge, je tiens à faire auprès de vous un résumé d’un peu de son histoire. Je m’appelle Claude Georges Mandel et j’ai suivi mon père pas à pas dans la martyrologie que vous lui avez imposé pendant plus de quatre ans. (...) J’ai encore à l’oreille votre voix condamnant, de votre propre autorité, mon père à la détention dans la forteresse du Portalet pour présomptions. Et je suis allée au Portalet. Mais pour le repos de votre conscience, je viens vous dire, Monsieur le Maréchal, que je ne vous en veux pas. Le nom que j’ai l’immense honneur de porter, vous l’aurez immortalisé. Grâce à vous, il brillera dans l’histoire comme un flambeau. Car il évoquera, ce nom, ni capitulation, ni trahison envers les alliés, ni soumission à l’ennemi, ni tous les mensonges d’une équivoque qui nous a fait tant de mal. Aussi suis-je fière de vous signer. Claude Georges Mandel. ça vaut d'être mis en parallèle avec la lettre de Guy Môquet qui sera lue le 22 octobre 2007 dans tous les établissements de France.

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