Les migrants, toujours… Et un lapsus. Et un marron. En politique, les lapsus sont monnaie courante. Ces dernières années, il y eût ainsi celui de François Fillon, parlant de « gaz de shit » , au lieu de « gaz de schiste » . Il y eût aussi celui de Ségolène Royal, affirmant qu'il fallait « redonner de la précarité » . On se souvient aussi de Brice Hortefeux évoquant « les empreintes génitales » - il voulait dire « génétiques » . Et l'on ne peut oublier Rachida Dati confondant les termes « fellation » et « inflation » ... Mais le lapsus qu'a commis hier Nicolas Sarkozy mériterait certainement sa place sur le podium des plus révélateurs. C'était lors de son discours devant les militants de son parti Les Républicains, réunis à La Baule, et c'est le site HUFFINGTON POST qui, ce matin, le donne à entendre ou a réentendre... « ll y a quelque chose auquel je suis très attaché, c’est que la France, de toute éternité, a toujours été du côté des opprimés et toujours été du côté des dictateurs. » Oui, vous avez bien entendu : « La France, de toute éternité, a […] toujours été du côté des dictateurs. » Alors, bien sûr, on dira que c'est sa langue qui a fourché. N'empêche : impossible de ne pas repenser aux nombreux dirigeants, pas franchement fréquentables, reçus en grande pompe au palais de l'Elysée ces dernières décennies, et notamment du temps de la présidence de Nicolas Sarkozy. Impossible de ne pas repenser au colonel Kadhafi, ou bien à Bachar al-Assad, invité d'honneur du défilé militaire du 14 juillet 2008. Le président syrien, qui continue de tuer bien davantage encore que le groupe "Etat Islamique", analyse d'ailleurs un spécialiste du dossier dans les colonnes du PARISIEN... Mais c'est cependant à l'organisation djihadiste que le quotidien consacre sa Une ce matin, avec cette question : « Faut-il engager des troupes au sol dans la lutte contre DAECH ? » Réponse : oui, si l'on en croit l'expert militaire Michel Goya, ancien colonel de l'armée française. Oui, dit-il, car les frappes aériennes ne suffiront jamais. « Il faudrait engager au minimum 40.000 hommes. Avec des unités d'infanterie, des forces spéciales, des blindés et de l'appui aérien. » Certes, estime-t-il, ce sera long et fastidieux, sachant qu'ensuite il faudrait contrôler le terrain. Là, on ne parle plus de 40.000, mais plutôt de 200.000 hommes mais théoriquement, assure-t-il, « n'importe quelle armée conventionnelle pourrait venir à bout des troupes de l'organisation, laquelle ne dispose pas de matériel très sophistiqué. » En revanche, elle se présente chaque jour un peu plus comme un véritable Etat, souligne Frédéric Gerschel, puisqu'elle recrute maintenant des garagistes, des boulangers, des avocats, des médecins, des spécialistes informatique, et pas seulement des combattants ou des apprentis kamikazes... Elle dispose même d'une police et de tribunaux, d'un début d'administration, et les djihadistes ont frappé récemment leur propre monnaie - le dinar - et mis en circulation, de manière symbolique, des pièces en or, en argent et en cuivre. Du reste, ils continuent de recevoir le soutien d'une partie de la population sunnite. Une intervention au sol : ce serait donc la seule solution. Mais, pour l'heure, il n'en est toujours pas question, malgré la légère inflexion de la diplomatie française. Dans son édition datée d'aujourd'hui, LE MONDE annonçait, dès hier, que François Hollande envisageait maintenant des frappes ou des vols de reconnaissance pour combattre le groupe Etat Islamique en Syrie, et non plus seulement en Irak. Le chef de l’Etat devrait en dire davantage demain, lors de sa conférence de presse. Des frappes et des vols, mais pas d'invention militaire au sol... Pourtant, les Français y seraient favorables, si l'on en croit le sondage ODOXA que publie ce matin LE PARISIEN : 61% des personnes interrogées affirment qu'elles seraient favorables à une telle intervention. En revanche, sur l'accueil des migrants, la même enquête révèle une franche réticence : 44% des sondés disent qu'ils ne sont pas favorables à ce que la France assouplisse les conditions d'octroi du statut de réfugiés aux migrants. Et les deux tiers estiment que les réfugiés syriens doivent être traités comme des migrants comme les autres, et que l'on ne doit donc les accueillir qu'au compte-goutte... Commentaire du président de l'institut qui a mené l'enquête : en somme, les Français préfèrent qu'on aille faire la guerre en Syrie, plutôt que d'accueillir les réfugiés syriens en France. Dans le même temps, toutefois, les initiatives de soutien aux migrants ne cessent de se multiplier, y compris en France. Hier, en effet, il y a eu des rassemblements, quelque 10.000 personnes à travers l'Hexagone. Des rassemblements qui, sans faire pour autant dans la bien-pensance béate, nous font dire, du coup, que tout n'est pas perdu. Et puis, ce matin, dans le JOURNAL DU DIMANCHE, une tribune à l'initiative du comédien Axel Lutz. Intitulé « Une main tendue » , cet appel signé par plus de 60 artistes demande aux gouvernements occidentaux d'agir, et proclame « Plus jamais d'Aylan sur les plages de Turquie » ... « Nous ne pouvons pas rester claquemurés dans l'indifférence et le silence, devant la tragédie de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants, qui meurent faute d'être accueillis, victimes de la barbarie et de la guerre dans leurs propres pays, et du repli sur soi dans les nôtres. » Le petit Aylan, il en est également question quelques pages plus loin dans le journal, avec une interview de son père, qui raconte, de nouveau, le bateau qui chavire, ses enfants et sa femme qui se noient... Il raconte ce qu'ils étaient, ce qu'ils aimaient et pourquoi ce drame de ne se serait pas produit si le Canada avait accepté qu'il vienne s'y installer avec sa famille... Toujours dans le JDD, vous lirez qu'à Calais, dans ce que l'on appelle "la jungle de Calais", les femmes sont de plus en plus nombreuses. Mais leur objectif est le même que celui des hommes : traverser la Manche. Et puis vous lirez que le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, réunira le 12 septembre les maires qui se sont dits prêts à accueillir des réfugiés... Il leur a écrit une lettre en ce sens, en les remerciant de leur initiative, et en rappelant l'asile accordé par la France « aux rescapés du génocide arménien, aux résistant antifascistes, aux républicains espagnols, aux dissidents des régimes totalitaires et à tous ceux qui ont fui les persécutions » … Toutefois, pour obtenir en France le droit d'asile, cela relève d'un vrai parcours du combattant. C'est ce qu'illustre, dans L'OBS, le précieux reportage de Natacha Tatu dans les bureaux de l'OFPRA, l'Office Français des Réfugiés et Apatrides – l'immeuble est situé dans la banlieue de Fontenay-sous-Bois... Précieux reportage, car ma consœur a pu assister à un entretien. Un poignant tête-à-tête entre une fonctionnaire de l'Office et un jeune Soudanais du Darfour, qui a survécu au désert et à la Méditerranée, survécu aux tortures, à la violence des passeurs et à la jungle de Calais. Il doit raconter son histoire, expliquer son cas, dire pourquoi il risque la mort si on le renvoie dans son pays. Face à lui, dans le box : Nathalie, petite brune qui doit vérifier que son histoire tient la route... Documents et carte à l'appui, et en tentant de concilier rigueur et bienveillance, elle doit démêler le vrai du faux. Terrible responsabilité, mais à force d'écouter les damnés de la terre, les agents de l'OFPRA ont appris à reconnaître les anecdotes qui sonnent qui sonnent aux. « Sachant que ce qui est toujours vrai , note le directeur de l'organisation, ce qui est toujours vrai, dans chaque histoire, c'est le drame. » En l'occurrence, le jeune Soudanais du Darfour a obtenu le droit d'asile, ce sésame qui lui permettra d'acquérir des papiers. Il a réussi à convaincre la petite brune. Mais huit fois sur dix, les demandes d’asile en France sont rejetées. Une info plus légère… Savez-vous ce que Bernard Pivot porte en permanence dans la poche de son pantalon ? Ce n'est pas un mouchoir. Ce n'est pas non plus un stylo. Et il ne s'agit pas davantage de ses clés de voiture, non : c'est un marron. Un petit marron, qu'il caresse et qu'il presse dès que quelque-chose l'énerve. Et c'est grâce à cela qu'il arrive à ne jamais se mettre en colère... Grâce à ce marron qui ne quitte jamais sa poche... Une confidence piochée dans PHILOSOPHIE MAGAZINE, auquel celui qui fit les grandes heures d'Apostrophe et de Bouillon de Culture explique la raison de cet étonnant talisman... Quand il était jeune, il souffrait de rhumatismes, et c'est l'une de ses vieilles tantes du Beaujolais qui lui conseilla de prendre sur lui un marron – fruit qui passe pour avoir des vertus apaisantes. « Je l'ai fait sans trop y croire, raconte-t-il au mensuel, puis je me suis aperçu qu'il servait également à me calmer les nerfs. Ensuite, il est devenu comme un porte-bonheur. » Dans cette pétillante interview, Bernard Pivot raconte aussi qu'il préfère écrire que parler, que son mot favori est le mot « aujourd'hui » et qu'il a adoré le chat qui l'a accompagné pendant plus de vingt ans. « C'était, dit-il, un compagnon de silence et de méditation. » Et puis un compagnon de lecture, même s'il lui arrivait de griffer les bouquins. Un signe d'aversion pour tel ou tel auteur. « Souvent, d'ailleurs, il tombait juste » , s'amuse le président de l'Académie Goncourt. Ultime question du magazine : quelle serait, pour vous, 'une belle mort' ? « Dans un fauteuil, en écoutant Mozart » , répond l’homme au marron.

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