Bonjour à tous. « En période de crise, tout le monde y passe ! Les étrangers, les politiques, les experts, les banquiers, les juges, les patrons, les médecins, les avocats, les enseignants-chercheurs. Vous savez ceux qui ne fichent jamais rien et ne trouvent jamais rien, selon la blague de tribun qui fait toujours rire la salle ». C’est Bruno Frappat qui dans sa chronique de La CROIX révèle ainsi ce qu’il appelle les tendances du moment, avant d’ajouter à son inventaire, des corporations fautives ou suspectes : les grossistes, les intermédiaires, les ingénieurs, les prêtres, les rabbins, les imams, les papes, les guadeloupéens qui gâchent nos vacances d’hiver et les journalistes bien évidemment. Est-ce la guerre que l’on veut, demande le chroniqueur, avant de conclure : « Dieu merci, il y a encore ici ou là, des gens cachés dans le décor qui préparent l’avenir et laissent aux autres le goût des meurtres symboliques ». Les journalistes appartiendraient-ils à cette catégorie de meurtriers assassinant, non pas avec des balles ou des couteaux, mais avec des mots. Clémenceau dans son célèbre discours de Salernes l’affirmait, en s’écriant devant ses électeurs varois : « Où sont les millions ? J’ai réglé mes dettes de jeunesse, par un emprunt à Nantes, on peut aller voir. J’ai marié ma fille sans dot. Où sont les millions ? J’ai réglé par acompte mon marchand de meubles et le tapissier. Où sont les millions ? Voici à quels aveux, une meute réduit les serviteurs désintéressés de la République. Que la honte soit sur ceux qui ont rendu cette confession nécessaire". Et le Tigre, après avoir fait mine de juger normales les attaques subies par les hommes politiques, de déplorer, comme pourrait le faire Bernard Kouchner. Autrefois, on assassinait les hommes de combat, c’était l’âge d’or. Aujourd’hui contre eux, l’entreprise infâme et légitime, le mensonge est vrai et la calomnie une manière de les louanger. Je ne sais si Alexandre Adler a songé aux discours de Clémenceau, avant d’écrire sa chronique du FIGARO d’aujourd’hui. Toujours est-il que selon lui, le livre de Pierre Péan contre Kouchner est un libelle infâme. Un pamphlet qui a tout de même un mérite, éclairer la ténébreuse affaire de génocide des Tutsis au Rwanda, en braquant sur elle, les projecteurs. Et Adler d’expliquer, que si les responsabilités de ce drame vieux de 14 ans, commande aujourd’hui à la France de réparer ce qui est réparable au bénéfice des victimes du génocide, on ne peut reprocher à Kouchner, devenu ministre des Affaires étrangères, de s’y employer. Et le chroniqueur du FIGARO de conclure : « Contrairement aux allégations de Pierre Péan, Kouchner, dans cette affaire diabolique, n’a trahi personne, il a tout compris depuis longtemps et c’est l’une des origines du véritable contrat qui a été passé pour l’abattre ». Eric Zemmour dans le FIGARO MAGAZINE, est moins inquiet qu’Alexandre Adler, quand il explique à ses lecteurs, que Bernard Kouchner est protégé par le bouclier de la popularité. C’est vrai, dit-il, le ministre des Affaires étrangères a toujours eu un goût prononcé pour la grande vie. Il n’a pas été gentil pour Rama Yade, et au Quai d’Orsay, il a semblé renier le combat humanitaire de toute sa vie. Mais tempête encore Zemmour, l’Elysée le protège, le gouvernement aussi, même si l’on observe les réactions des capitales étrangères, parce que l’image de la France est en jeu. L’affaire se terminera-t-elle par une démission, interroge mon confrère du FIGARO-MAGAZINE, avant de conclure flegmatique : « Bref, Kouchner est à un étage de popularité que lui envient ses collègues. Rien n’est prouvé contre lui, et jusqu’ici, rien n’a jamais attaché à ce ministre en téflon comme les poêles du même nom ». Le PARISIEN, consacre néanmoins ce matin une page-dossier à ce qu’il appelle « les affaires africaines de Bernard Kouchner ». Et mon confrère de démêler l’écheveau des sociétés pour lesquelles, Kouchner-consultant a réalisé des audits. Au passage, le PARISIEN explique que le Gabon d’Omar Bongo attend du concret, avant de répliquer. Et mon confrère d’y ajouter les raisons politiques pour lesquelles Nicolas Sarkozy soutient son ministre des Affaires étrangères. Le Président a répondu sans ambiguïté, l’autre soir à la télévision, en soulignant que Kouchner n’a pas d’ennuis avec la police, pas d’ennuis avec la justice. Mais avec un livre. Et le petit monde médiatique. Et mon confrère d’ajouter, qu’en coulisse après l’émission, le Président de la République se serait emporté contre le deux poids deux mesures des médias. « Quand Villepin », aurait-il dit, « est interviewé le 2 février dernier sur RTL, il n’y a pas une question sur son rendez-vous judiciaire ». C’est dire, si ce que MARIANNE appelait la semaine dernière et cette semaine encore « l’affaire Kouchner » reste une affaire à suivre. En Amérique, le Washington Post l’a évoquée, et aussi Hillary Clinton, hier, au terme de son déjeuner avec le ministre français des Affaires étrangères. Quatre livres contre moi, lui a dit celui-ci. Vingt-cinq, contre moi aussi, a répliqué Hillary qui dans cette affaire n’est pas recordman. Et Pierre Péan me direz-vous, il persiste et signe. Malgré tous ceux qui l’accusent de publier chez Fayard, un livre nauséabond sur une argumentation d’extrême-droite. Il persiste en effet et applique à Kouchner la manière de faire dont il usait autrefois, dans ses ouvrages révélant : 1) les diamants de Giscard, 2) la francisque de Mitterrand 3) la face cachée du journal Le MONDE. Mais comme disait très bien Pierre Nora : « Le vrai journaliste est celui qui vend la mèche, en se brûlant les doigts ». Mes confrères, Jean-François Kahn ou Giesbert ont une autre formule, contre la corporation en question. Certains journalistes disent-ils « commencent par lécher, puis ils lâchent et enfin ils lynchent ». Ce sont des chiens, disait Mitterrand en déplorant, des sanglots dans la voix, le suicide de Pierre Bérégovoy. Victor Hugo était plus cruel, quand il expliquait que vivre au milieu des chiens, lui faisait regretter les loups. Et Sarkozy me direz-vous, et la crise, et la fin de la taxe professionnelle et les 2 millions d’emplois, perdus en trois mois aux Etats-Unis. Elémentaire mon cher Watson. Le PARISIEN, sur la foi d’un sondage CSA, fait sa manchette sur les 52 % de Français, pas convaincus par la dernière intervention présidentielle. Un sur deux, donc. En revanche, dans la même enquête, 88 % se réjouissent du sommet social annoncé pour le 18 février à l’Elysée. C’est de l’enfumage et ce n’est pas cela qui va déminer le climat social, écrit Patrick le Hyaric dans l’humanité. Lisez aussi, si l’économie et notre avenir à tous vous soucient, et les ECHOS et la TRIBUNE, et le NOUVEL ECONOMISTE sur lequel je reviendrai demain, tant le long article d’Henry Lauret est éclairant sur notre situation et celle du Président. Social-Sarko, c’est chaud. L’économie incite Monsieur Sarkozy à rester sourd aux demandes sociales, la politique l’oblige à ne pas tout refuser. D’où la tempête. Ah ! l’économie et la complexité du monde d’aujourd’hui. Voyez le prix du chocolat. Taxé à 5 % quand il est noir, à 19,6 % s’il est au lait. Sans doute la différence est-elle justifiée par l’apport du lait.

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