Une guerre oubliée, une autre qui s’annonce, une troisième qui n’en finit pas… et celle du circonflexe !

Il y a la guerre au Soudan. Au Soudan du Sud. La guerre civile depuis deux ans, mais on n'en parle quasiment pas. Plus de 50.000 morts, mais on n'en parle quasiment pas. Plus d'un million et demi de personnes déplacées, mais on n'en parle quasiment pas. C'est « une guerre oubliée » , comme le titre LA CROIX dans son édition du week-end. A l'origine des violences : la lutte sans merci à laquelle se livrent les partisans de l'actuel président Salva Kiir et ceux de l'ancien vice-président Riek Machar. Une lutte pour le pouvoir, qui a dégénéré rapidement en conflit ethnique. D'un côté, les Dinka, l'ethnie de Salva Kiir. Et de l'autre, les Nuer, l'ethnie de Riek Machar. Et le conflit qui a sombré dans le crime de masse : chasse à l'homme, viols de femmes et villages rasés. Une guerre impitoyable, loin des caméras, que nous explique Laurent Larcher, à travers les récits et témoignages qu'il a recueillis dans le camp de Bentiu, camp protégé par les casques Bleus de l'ONU, où s'entassent environ 120.000 réfugiés. Tous racontent les mêmes histoires : des histoires de carnages et de familles décimées. Et tous tentent de survivre au milieu de ce camp tentaculaire fait de huttes et géré sans grands moyens par les ONG internationales. Maladies et malnutrition, paludisme et moustiques provoquent chaque semaine des dizaines de nouveaux décès. Dans le camp comme partout ailleurs, le Soudan-du-sud connaît aujourd'hui l'une des pires situations humanitaires du monde. Et l'accord de paix signé l'été dernier par les deux clans rivaux n'a pas encore permis de clarifier la situation. Ni, surtout, de la pacifier. L'heure est toujours à la guerre. La guerre civile depuis deux ans, mais on n'en parle quasiment pas.

Une guerre oubliée au Soudan, et, dans le même temps, au Burundi, s'écrit actuellement la « chronique d'un massacre annoncé » . C'est le titre de l'éclairant reportage que signe Natacha Tatu dans les colonnes de L'OBS . Éclairant, car il nous dit tout de ce qui se déroule en ce moment dans ce petit pays qui jouxte le Rwanda. Et, ce qui s'y déroule, c'est à peu de choses près ce qui s'est déroulé au Rwanda. Au départ, là encore – comme au Soudan-du-sud, une lutte de pouvoir. Un mouvement de contestation contre la volonté du président Nkurunziza de briguer un troisième mandat. Mais le poison ethnique – comme au Soudan-du-sud, a refait surface insidieusement. Ici : Hutus contre Tutsis, et c'est l'ombre du génocide rwandais qui plane désormais sur le Burundi. Huit mois que le pays s'enfonce dans la terreur. Arrestations, tortures, enlèvements et exécutions. Dans les campagnes, des miliciens promettent de « lessiver » , brandissant gourdins et machettes avec force chants guerriers. Quant au pouvoir paranoïaque, il manipule et il s'enferre dans la spirale répressive. Pour chaque policier tué, 200 jeunes massacrés. On ne compte plus les fosses communes et nombreux sont les Burundais qui prient dorénavant pour une intervention internationale, seul moyen, d'après eux, d'arrêter le bain de sang. D'éviter que l'histoire bégaie. D'empêcher le génocide. Lire également sur le sujet l'analyse du chercheur Gérard Prunier dans LE MONDE DIPLOMATIQUE. A ses yeux, ce n'est pas seulement le Burundi, mais toute l'Afrique centrale qui pourrait s'embraser.

Une guerre oubliée, une guerre annoncée, une autre qui n'en finit pas… Dans LE JOURNAL DU DIMANCHE , Antoine Malo décrit le sentiment de panique qui a gagné ces derniers jours la région d'Alep en Syrie. Une ville qui, depuis trois ans, était tenue par les rebelles au régime de Bachar al-Assad. Elle en était même le symbole : le symbole de la résistance. Mais mercredi, l'armée syrienne, avec l'aide de l'aviation russe notamment, est parvenue à reprendre l'avantage et la ville, désormais, est menacée d'encerclement. 150.000 à 200.000 personnes y vivent encore. 150.000 à 200.000 habitants qui pourraient donc se retrouver assiégés. Conséquence : des milliers de civils fuient depuis trois jours le secteur, par peur tout à la fois des bombardements russes et des éventuelles représailles des miliciens pro-Bachar. Ils fuient vers la Turquie, mais les frontières sont fermées. Et les camps de réfugiés sont déjà surchargés.

« Et la prochaine fois que quelqu'un vous demande pourquoi les réfugiés syriens risquent tout, même leur vie, pour venir en Europe, montrez-lui ceci ! » Cette phrase, on peut la lire sur la page Facebook du journal THE INDENPENDANT .__ Le quotidien britannique qui publie sur son site une vidéo sidérante. Un survol par un drone de la ville de Homs, survol réalisé par la chaîne Russia Works . Une vidéo de propagande, afin de promouvoir l'intervention russe en Syrie. Mais au-delà de l'aspect 'propagande', elle rappelle surtout l'ampleur des dévastations de cette guerre qui dure maintenant depuis cinq ans. Bastion du soulèvement contre le régime de Bachar al-Assad, Homs était la troisième ville du pays et comptait, avant 2012, près d'un million d'habitants. Aujourd'hui, ne restent que des ruines. Paysage dévasté. La vidéo est à voir sur le site RUE89 .

Il y a les images. Il y a aussi les mots. Les mots des journalistes présents en Syrie, qui témoignent pour résister. L'hebdomadaire GRAZZIA a rencontré des femmes – anciennes infirmières, enseignantes, étudiantes, qui ont décidé de se transformer en journalistes pour raconter les exactions commises dans le pays, et tenter de mettre au jour les mensonges du dirigeant syrien. Être journaliste en Syrie est vraisemblablement devenu le métier le plus dangereux du monde. Près de 300 sont morts depuis le début du conflit, et des centaines d'autres sont portés disparus. Mais ces femmes-là résistent, anonymes pour la plupart, malgré les menaces et les persécutions. Et il reste encore des dizaines de journaux dans le pays. Journaux d'information, magazines féminins et revues pour enfants. Il reste aussi quelques radios, qui émettent sur internet. Témoignage d'une prof de maths, qui anime l'émission "Une assiette de liberté". « A mes auditeurs, raconte-t-elle, j'apprends à faire des baklavas avec des pâtes, des bougies avec de l'huile, ou des sacs de couchage pour les enfants avec du papier bulle et du plastique. »

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Et en France, où sont les femmes ? C'est la question que pose à sa Une LE PARISIEN : où sont les femmes en politique ? Depuis le départ de Christiane Taubira, tous les postes clés du gouvernement sont occupés par des hommes. Preuve, selon le journal, que la parité s'arrête aux portes du pouvoir. Rien de nouveau, à vrai dire. Mais parfois il faut le redire : la politique française est un monde de machos, où les ministres femmes sont la plupart du temps cantonnées au rôle de mamans : la santé, le social, ou bien encore l'environnement. Du sexisme à tous les étages. Valérie Pécresse se souvient de cette remarque lâchée par un de ses collègues du parti Le Républicains quand elle fut désignée chef de file pour les régionales : « On ne va quand même pas laisser une nana tête de liste ! » Saillie consternante également d'Henri Guaino en apprenant que Valérie Calmels allait conduire la liste de la droite en Aquitaine : « On ne peut quand même pas mettre Loana à une élection ! » L'ancienne secrétaire d'Etat Noëlle Lenoir se souvient aussi de cette réflexion de son ministre de tutelle, Dominique de Villepin, lequel, pour justifier de ne pas la convier à une réunion avait lancé : « Le QI requis est au-dessus de ton niveau. » Soupçon d'incompétence, soupçon permanent, et dans le microcosme médiatico-politique, on épingle toujours plus facilement les bourdes des femmes politiques que celles de leurs collègues masculins. Et lorsqu'elles s'emportent ou font preuve de franc-parler, la tendance, c’est de les dire hystériques ou bien carrément folles.

Il n'empêche : François Hollande est face à un problème, car depuis le départ de Christiane Taubira, et celui annoncé de Sylvia Pinel, il lui faut donc trouver des femmes. Pour respecter la parité gouvernementale à laquelle il s'est engagé. Remaniement en vue, peut-être dès la semaine prochaine. Et d'après LE JDD , l'hypothèse de l'arrivée de Ségolène Royal en remplacement de Laurent Fabius au Quai d'Orsay se précise. Et à la place de Royal, il faudrait une écologiste, mais tout cela n'est pas encore fait…

D'ailleurs, en ce moment, rien n'avance, estime l'hebdomadaire, qui offre ce titre à sa Une : « La France bloquée » . Un conflit agricole qui s'enlise et le feuilleton sans fin des taxis-VTC. Sans parler du débat sur la déchéance de nationalité. Dans le journal, François Fillon appelle clairement à voter "non" à la réforme défendue par le chef de l'Etat. Et il invite les parlementaires de droite à suivre son exemple. François Fillon, qui, dans LE MONDE , reçoit du reste le soutien d'un sarkozyste historique : le député Thierry Mariani, lequel estime que pour la primaire à droite, l'ancien Premier ministre est « le candidat qui a le mieux travaillé son programme » .

La presse revient aussi sur la victoire du XV tricolore, hier, en ouverture du Tournoi des six Nations. 23 à 21 devant l'Italie. « La France a tremblé » , résume MIDI LIBRE . « La France a eu chaud » , confirme NICE-MATIN . Aucun bravo dans les journaux. Juste un grand "ouf" de soulagement : le mot barre la Une de SUD OUEST . Première bataille remportée, mais une bataille, c'est n'est pas la guerre.

Et puis à propos de bataille, François Bayrou a décidé de mener la sienne également. Sa bataille pour l'orthographe ! Il s'oppose vigoureusement à la réforme qui a créé la polémique cette semaine et il signe une jolie tribune dans JOURNAL DU DIMANCHE . « La langue nous appartient à nous, amoureux du français, autant et bien davantage qu'au gouvernement. Et il n'est pas né celui qui m'obligera à écrire combattif avec deux 't'. J'ai bien l'intention, au contraire de demeurer, contre ses cuistres, combatif à ma manière, et à continuer mon persiflage, avec un seul 'f', et quand je grelotterai, à le faire avec deux 't', ou à aimer les corolles avec deux 'l'. Il y aura cependant, dit-il, des conséquences. Car il y aura ceux qui sauront, ceux qui se reconnaîtront au circonflexe ou au trait d'union : autrement dit, une orthographe pour les uns, les initiés, et une orthographe pour les autres. Une discrimination de plus... » A propos de l'accent circonflexe, appelé à disparaître, on notera cette blague amusante qui circule sur les réseaux sociaux. Si l'on dit : « Après les fêtes, je me ferais bien un petit jeûne ! » , rien de vulgaire, tout va bien. Mais si on enlève l'accent circonflexe à "jeûne" : « Après les fêtes, je me ferais bien un petit jeune ! » , ça n'a plus du tout le même sens. A travers la planète, ici et là, des guerres. En France, c'est celle du circonflexe qui vient d'être lancée.

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