Comme un climat de guerre…

Photo du pape François à la Une de OUEST FRANCE ce dimanche. Grande photo prise hier, au moment de la célébration d'une messe dans le stade de Sarajevo. Sarajevo, une ville meurtrie par des années de conflits ethniques et religieux. Lieu symbolique pour un discours dans lequel l'évêque de Rome a lancé, comme souvent, un appel à la paix, dans un monde, a-t-il dit, « plongé dans une sorte de troisième guerre mondiale livrée par morceaux » . « Le pape s'inquiète d'un climat de guerre » , titre ainsi le quotidien, en précisant qu'il a prêché la réconciliation et la coexistence entre communautés.

Cependant, excepté OUEST FRANCE, ce n'est pas à ce discours-là que s'intéresse l'essentiel de la presse. C'est au discours de Manuel Valls, au congrès du Parti Socialiste à Poitiers. Et l'on constate, à ce sujet, une foultitude de métaphores qui corroborent le climat dénoncé par le pape : des métaphores guerrières un peu partout dans les journaux. Ainsi, pour LA DEPÊCHE DU DIMANCHE, Manuel Valls a « sonné la charge » contre Nicolas Sarkozy. Pour L'ARDENNAIS, il a « tiré à boulets rouges » et pour le JDD, il a « tiré au canon » . Plus sobre dans L'EST ECLAIR : le Premier ministre a « joué l'offensive » . Et pour SUD OUEST, il a surtout voulu « ressouder ses troupes » .

La charge, le canon et les troupes... Un climat de guerre, disions-nous. Dans les faits, Manuel Valls a d'abord dit sa volonté de continuer les réformes engagées, lesquelles finiront, selon lui, par payer. Il a aussi fait applaudir debout le président de la République. Puis il s'en est pris vertement à l'ex-chef de l'Etat, déclarant qu'il était « un problème pour le pays » et que son nouveau parti souffrait d'un « manque abyssal d'idées » ...

Taper sur l'adversaire, c'est ça qui permet de « ressouder les troupes » . Et, de l'avis de Cécile Amar, dans le JOURNAL DU DIMANCHE, la journée du Premier ministre était une journée réussie. Des images d'unités. Fini les divisions. Une ambiance apaisée. Même Martine Aubry avait le sourire hier, et d’ailleurs, elle annonce, dans l'hebdomadaire, qu'elle va participer de nouveau au bureau national du parti, un bureau où elle n'a pas mis les pieds depuis maintenant trois ans.

Mais ce matin, patatras ! Le revoici, le revoilà ! Au dernier jour du congrès du socialiste, l'ancien ministre Arnaud Montebourg publie, toujours dans JDD, une tribune co-signée par le banquier et patron de presse Matthieu Pigasse, tribune dans laquelle ils étrillent le pouvoir en place... « Est-il encore possible de sauver le quinquennat ? Est-il possible d'éviter le désastre politique et moral pour cette gauche de gouvernement qui semble avoir abandonné la France ? » Oui, répondent les deux hommes, mais à la condition d'un changement de cap radical... « Désastre » : ils répètent le mot plusieurs fois... « Hébétés , écrivent-ils, nous marchons droit vers le désastre... Et il faut que nos dirigeants ouvrent leurs yeux sur le précipice qu'ils ont ouvert sous nos pieds (et sous les leurs). »

Manuel Valls et François Hollande ne sont jamais nommés, mais c'est bien sûr à eux que s'adresse cette tribune, dans laquelle Montebourg et Pigasse plaident pour la mise en place d'une coalition européenne anti-austérité. Une coalition avant tout favorable à une baisse des impôts en faveur des ménages. « Il faut se battre pour la croissance , expliquent-ils, mais en arrêtant les politiques absurdes de Bruxelles. » A leurs yeux, c'est l'austérité qui « répand la colère, le dépit, la violence chez les citoyens, lesquels s'estiment bernés, trahis, abandonnés. » Pour eux, l'austérité n'est rien moins qu'une « fabrique à suffrages du Front national » ...

« Si, avec Matthieu Pigasse, que j'ai rencontré il y a très peu de temps, nous avons écrit cette tribune , explique Arnaud Montebourg, c'est pour éveiller les consciences de gauche » . Et il fort probable que demain, dans la presse, on lira que l'ancien ministre du Redressement productif a, ce matin, « sonné la charge » contre l'exécutif. Qu'il a « tiré à boulet rouge » ou « tiré au canon » ...

Le pape François a donc parlé hier d'une sorte de troisième guerre mondiale. Mais sur le terrain russe, Vladimir Poutine, lui, se fait rassurant. Des mots, ce ne sont que des mots, mais tout de même... Dans une interview au quotidien italien CORRIERE DELLA SERA, interview dont se fait l'écho le site ATLANTICO, le président russe a exclu un conflit d'ampleur entre son pays et l'Otan. « Seulement une personne malade, et encore pendant son sommeil, pourrait imaginer que la Russie attaque soudain l'Otan. » Et la crise en Ukraine ? Pour Poutine, c'est l'Occident qui en est, en partie, responsable.

Une crise dont il sera évidemment question lors du sommet du G7. Mais au fond, que peut-on vraiment attendre de ce sommet ? « Uniquement de jolies photos ! » , répond, sans illusions, un proche d'Angela Merkel dans LE MONDE. D'après un autre spécialiste interrogé par le journal, « Le G7 n'est plus désormais un mécanisme qui permet de résoudre des problèmes. Son poids a beaucoup diminué, tout simplement parce que le poids des pays qui le composent a, lui également, diminué. » Mais bon, il reste les photos. De jolies photos...

Et puis, à lire toujours dans le MONDE : la fin d'un conflit vieux de près de 70 ans. Un long conflit et une anomalie territoriale entre l'Inde et le Bangladesh, que nous explique Julien Bouisson. Depuis, donc, près de 70 ans, plus de 60.000 personnes vivaient comme des apatrides dans des enclaves émiettées comme des confettis – enclaves indiennes au Bangladesh et bangladaises en Inde. La faute au haut-fonctionnaire britannique qui, en 1947, fut chargé du tracé de la nouvelle frontière. Il n'avait jamais mis les pieds sur le sous-continent et, suite à son tracé quelque peu hasardeux, certains se réveillèrent avec le salon de leur maison en Inde, et leur cuisine au Pakistan oriental, devenu par la suite Bangladesh. Mais ce weekend, les deux pays devaient donc signer un accord : plus d'enclaves, une nouvelle frontière et une vie un peu plus normale pour les habitants de la région. Le Premier ministre indien, a comparé cette décision à la chute du mur de Berlin.

Quoi d'autre à retenir dans la presse ce matin…

Un excellent dossier dans LE PARISIEN DIMANCHE : « Sur la route des migrants » . Depuis le début de l'année, plus de 2.000 candidats à l'immigration ont péri noyés en Méditerranée, et les reporters du journal se sont mis dans les pas de ceux qui ont survécu. Dans le journal, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve résume la politique de la France en deux mots : humanité et fermeté. Mais à la lecture de l'enquête, on se rend compte que les migrants n'ont droit ni à l'une ni à l'autre...

Une petite annonce publiée sur le site du service civil de l'Arabie Saoudite. Huit postes à pourvoir, pour faire face à la hausse des exécutions : des postes de bourreaux. « Pas de compétences ni de formations particulière ne sont requises » , précise l'annonce en question, laquelle stipule qu'en plus des décapitations, les nouveaux embauchés devront aussi procéder aux amputations prononcées par les tribunaux du royaume... C'est à lire dans le mensuel CAUSETTE...

Les villes de Marseille et Paris sont-elles faites pour s'entendre ? Si l'on pense "football", la réponse est "non"... Mais si l'on pense "Jeux Olympiques", il y a peut-être un coup à jouer. C'est en tout cas ce qu'annonce, ce matin, LA PROVENCE, qui nous explique que Marseille va postuler pour accueillir les épreuves de voile et de foot des JO de 2024, en complément de la candidature de la capitale...

La finale homme de Roland-Garros, ce sera cet après-midi : Wawrinka-Djokovic. Pour L'EQUIPE, il s'agit du "D-Day" pour Djoko. Nouvelle métaphore…

Enfin sachez qu'à l'hôpital, il est bon d'écouter du jazz ! C'est en tout cas le conseil d'une équipe d’anesthésistes américains, après une étude très sérieuse menée sur des patientes qui venaient de passer sur le billard... A certaines, ils ont donc fait mettre un casque à leur réveil - casque dans lequel les patientes étaient donc bercées par du jazz... Résultat : une diminution de la fréquence cardiaque, moins de stress et moins d'anxiété. C'est à lire dans l'excellent trimestriel LE CERCLE PSY : « Après une opération, écoutez Louis Armstrong ! » Mais je pense que ça fonctionne également avec Chet Baker... La musique apaise les malades, comme on dit qu'elle apaise les mœurs. Malheureusement, je ne suis pas sûr qu'elle puisse apaiser la planète...

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