La vie est une tragédie. Mais il y a le cinéma…

Du film, on dira juste que c'est une histoire d'amour. L'histoire d'une femme qui doit choisir entre deux hommes. L'un qui lui propose la sécurité, tandis que l'autre lui propose plutôt l'aventure.Mais c'est aussi l'histoire d'une famille juive à New-York, ville adorée du cinéaste qui s'exprime cette semaine dans les colonnes de L'EXPRESS. Titre de cet article : « Dépressif heureux » . Vous l'avez reconnu ? Il s’agit de Woody Allen…

Woody Allen, dont le nouveau film, Café Society , fera mercredi l'ouverture du Festival de Cannes. Et c'est donc à cette occasion que Stéphanie Chayet est allée le rencontrer, dans l'écrin de son studio fétiche new-yorkais. Une belle interview dans laquelle le cinéaste met à mal quelques rumeurs le concernant. Non, il n'est pas aussi névrosé qu'on le pense et il a une vie très normale. Non, il n'est pas du tout ce qu'on appelle un intello. Chez lui, il boit des bières devant des matchs de foot américain à la télé. Et à l'école, d'ailleurs, il était très mauvais élève. Il n'y a qu'en sport qu'il parvenait à faire des étincelles.« Enfant, explique-t-il sans rire, j'étais un athlète exceptionnel » .

Mais aujourd'hui, là où Woody Allen continue de briller, c'est avant tout dans le regard qu'il porte sur le monde. Un regard corrosif, mais non dénué de facétie. Notamment sur la résurgence de l'antisémitisme.« Les Juifs sont une cible facile car ils sont peu nombreux , dit-il. Mais s'il n'y avait plus un seul Juif sur terre, on trouverait une autre minorité à persécuter. Et si toutes les minorités étaient éliminées, les bruns se retourneraient contre les blonds, les droitiers contre les gauchers. » Et le réalisateur ajoute, fataliste, que« l'homme n'est pas, à l'évidence, la plus noble des espèces » .

Il commente également la politique américaine... Il commente et il pronostique l'échec de Donald Trump , qu'il connaît pour l'avoir fait tourner dans Célébrity . « Il essuiera, prédit-il, la défaite la plus cuisante qu'un républicain ait jamais connue, et ceci quel que soit son adversaire démocrate : Hillary Clinton , Bernie Sanders ou bien ma mère. » Et tant pis si sa mère est morte il y a plus de dix ans.

Et puis, bien sûr, Woody Allen parle de cinéma. Un cinéma qu’il juge globalement de moins en moins bon. Et pourquoi donc certains de ses films ont-ils nettement plus de succès en France qu'aux États-Unis ? « Ma théorie , dit-il, c'est qu'ils gagnent à être traduits. Dans une autre langue, les gens, visiblement, ne se rendent pas compte de leurs défauts. » Et pense-t-il continuer longtemps à ce rythme effréné d'un long-métrage par an ? « Mais que faire d'autre ? » , répond-il. « La vie est une tragédie. Réaliser des films est la seule distraction que j'ai trouvée pour la supporter. »

Pour supporter la vie, la tragédie de la vie, d’autres ont cependant des remèdes autrement moins glorieux… Fumer, par exemple… Les femmes, de plus en plus, et de plus en plus jeunes. Et nombreuses sont celles qui continuent à fumer même lorsqu’elles se savent enceintes, ce qui est très mauvais. Or pour y remédier, le PARISIEN nous explique ce matin l’initiative que viennent de prendre seize maternités de France : offrir des bons d’achat pour convaincre les futures mères d’arrêter de fumer. « La carotte contre la clope » , titre le quotidien.

Un total de 400 futures mères seront recrutées. Des volontaires, majeures, qui doivent être enceinte de moins de quatre mois et demi, et fumer un minimum de cinq cigarettes par jour. Elles seront ensuite reçue par un tabacologue cinq fois jusqu’à l’accouchement, et à chacune de ces visites, elles recevront donc 20 euros en bons d’achat. Une incitation au sevrage qui sera, du reste, doublée pour la moitié d’entre elles, choisies de façon aléatoire : 20 euros de bons supplémentaires, en récompense de leurs mois passés sans cigarette. Selon le journal, une femme enceinte participant à cette étude dès le début de sa grossesse pourrait recevoir au total l’équivalent de 300 euros. Alors, certains penseront peut-être que l’aspect vénal des choses est un peu dérangeant, mais c’est une méthode qui fonctionne ! Déjà testée par une équipe médicale au Royaume-Unis, elle a montré des résultats deux fois plus efficace que les méthodes traditionnelles – autrement dit, sans bons d’achat. Sachant, mais cela va sans dire, que ces bons d’achat ne seront pas valables pour s’acheter de l’alcool ou bien du tabac !

D’autres histoires d’argent à lire dans LE PARISIEN.

L’argent pour un déménagement. C’est le sujet central du journal. « Faites jouer la concurrence ! » , lance le titre à la Une. Après l’arrivée des beaux jours, nous entrons dans la grande saison des déménagements. D’ici le mois de septembre, 1 million et demi de Français vont changer de domicile. Or, selon les intervenants, ça peut coûter du simple au triple. Premier conseil : s’y prendre au moins deux mois à l’avance. Deuxième conseil : éviter les annonces qui pullulent dans la presse et les sites, avec des numéros qui commencent par 06.

Un patron qui décide de renoncer à son salaire … On ne voit pas ça tous les jours. C’est même du jamais vu, si l’on en croit le journal. Gérard Mestrallet, l’historique ex-patron d’ENGIE, anciennement GDF-SUEZ, a renoncé à sa rémunération annuelle de 350.000 euros, lors de l’assemblée générale des actionnaires qui s’est tenue mardi dernier. Une rémunération qu’il devait recevoir au titre de ses nouvelles fonctions de président du conseil d’administration. Il y renonce. C’est une surprise.

Et puis troisième histoire d’argent, mais celle-ci fait polémique : c’est la nomination envisagée de Jean-Paul Huchon à la tête de l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières . Un poste que lui aurait promis son ami Manuel Valls, ainsi que le révélait LE MONDE il y a deux jours. A 70 ans, l’ancien patron PS de la région Ile-de-France toucherait pas loin de 150.000 euros bruts par ans. « Eh oui, je peux encore servir ! » , se réjouit-il dans LE PARISIEN , précisant qu’à ce poste, il sera « indéboulonnable pendant six ans » . Du reste, les critiques de ceux qui s’étonnent d’une telle générosité, il les balaie d’une phrase : « En politique, j’ai croisé tellement de traitres et de médiocres, et tellement de connards ! » __ Les connards se reconnaîtront.

A la rubrique politique, on relèvera aussi les compliments de Ségolène Royal à l’adresse d’Emmanuel Macron.« Le parallèle entre nous est assez juste, dit-elle. Je voulais escalader en haut de la montagne, et lui aujourd’hui, c’est… en marche ! » Et la ministre de l’Ecologie de reconnaître également des « similitudes » entre son ascension de l’époque – l’époque 2007 – et celle de Macron aujourd’hui.

Mais Macron, « Jusqu’où jusqu’où ira-t-il ? » , s’interroge LE FIGARO. Alors que certains de ses amis le pressent de se déclarer à la présidentielle, le ministre de l’Economie prononcera demain un discours lors des fêtes de Jeanne d’Arc à Orléans. Officiellement, c’est pour ne pas laisser cette grande figure de la France exclusivement à l’extrême-droite. Mais parler de la République, c’est aussi pour lui une manière de sortir de son champ d’action, et de montrer, donc, qu’il peut parler d’autre chose que d’économie.

Et puis, à droite, autre question : Michèle Alliot-Marie sera-t-elle candidate à la primaire de l'automne prochain ? Peu probable si l'on en croit cet écho pioché dans LE POINT . L'ancienne ministre aurait toutes les difficultés du monde à obtenir les 20 parrainages de parlementaires nécessaires pour se présenter. Confidence dépitée de son compagnon Patrick Ollier , député des Hauts-de-Seine : « On n'a personne au Sénat. » Comprendre : pas un sénateur pour soutenir Alliot-Marie. Visiblement, c'est mal barré.

En revanche, pour Sadiq Kahn, tout s’est donc bien passé. Il est le nouveau maire de Londres, et ce matin, dans la presse française, tout le monde lui dit « I love You »

« En remportant la mairie de Londres, il vient de donner une belle leçon à l'Occident sur l'intégration des migrants » , écrit en effet Jean-Michel Servant, du MIDI LIBRE . Sadiq Khan qui, « incarne l'exemplarité d'une intégration réussie » , relève dans LA CHARENTE LIBRE Dominique Garraud, pour qui ce vote est « exemplaire pour le reste d'une Europe tentée par les solutions extrêmes contre l'immigration ». « En Angleterre en général, et à Londres en particulier, on s'est peu soucié de la religion de cet homme » , se réjouit Jean-Marc Chevauché, du COURRIER PICARD : « Sadiq Khan a été élu, figurez-vous, sur son programme ! » Et « c'est un événement » , reconnaît pour sa part Jean Levallois, de LA PRESSE DE LA MANCHE . Un événement « surtout pour nous, Français, puisque le vainqueur est un homme issu de l'immigration », assène-t-il avant d'espérer que « cette élection londonienne » puisse « inciter à privilégier les qualités humaines des candidats, plus que leur bulletin de naissance, ou leur appartenance à une communauté ethnique ou religieuse » .

Une toute autre info, nettement moins réjouissante, venue de l’étranger. Et, en l’occurrence, de Corée du Nord : il y a des signes que Pyongyang préparerait un nouvel essai nucléaire. C’est du moins ce qu’ont assuré dans la nuit des experts américano-coréens.

A propos d'experts, la presse, depuis quelques mois, ne cesse ne s'interroger sur ceux qui se prétendent experts en terrorisme. De « faux experts du djihadisme » , a-t-on pu lire dans LES INROCKS , des « squatteurs de JT qui parlent à tort et à travers » , a-t-on lu dans TELERAMA , tandis que LE FIGARO dénonçait rien moins que de « dangereux imposteurs » . Cette semaine, nouvelle salve avec l'enquête d'Olivier Toscer dans TELEOBS : « La face cachée des consultants » . Revue de détails des casseroles de ces spécialistes autoproclamés de l'islam, qui, dès qu'il y a des attentats, sont dépêchés par les télés afin de meubler l'antenne. Alors, certes, il en est qui ont désormais totalement disparu des écrans. On ne croise plus dans les studios, tel personnage qui prétendait s'être infiltré auprès de la haute-direction d'Al-Qaïda. Ni tel autre qui, dans le passé, avait été condamné pour menaces de mort avec injonction de soins psychiatrique. Mais les CV des consultants en terrorisme utilisés par les médias montrent parfois que leur seule spécialité, c'est de faire parler d'eux.

En réalité, les véritables connaisseurs du sujet ont pour habitude de refuser les interviews à chaud sur les plateaux. Par prudence et souci de rigueur. Quand ce n'est pas par modestie. Pas envie de se mettre en avant. Et c'est la raison pour laquelle les chaînes doivent donc se rabattre sur du second choix. Voire sur des escrocs. « Escrocs, mais pas trop » , pour paraphraser Woody Allen.

Woody Allen, qui montera donc les marches du palais des Festivals de Cannes le soir de l'ouverture mercredi. Son film est hors compétition. Dès lors, pas de prix en perspective. Mais pour les autres, ça se passe comment ? Et comment se déroulent les délibérations ? Et quelle est la vie des jurés du plus prestigieux rendez-vous du cinéma mondial ? Lire la formidable enquête de Vanessa Schneider dans M, LE MAGAZINE DU MONDE. Elle a recueilli les confidences d'anciens jurés et ce qu’elle raconte est passionnant. Il y a ceux qui prennent le pouvoir, souvent des réalisateurs. Il y a ceux qui se font discrets, les actrices, souvent. Il y parfois des amitiés qui naissent, même si elles ne vont plus loin… « Quinze jours durant, ils vivent en vase clos, enchaînant les films, les dîners et les montées des marches. Une bulle cinéphile – version luxe, dont les anciens membres du jury de Cannes gardent un souvenir émerveillé. » Ils sont chouchoutés, choyés, surprotégés… Mais émerveillés, pas toujours. Jean Rochefort , par exemple, a vraiment tout détesté. Et tous raconte qu’au bout de la première semaine, le temps est long, très long… « Après plusieurs jours de projection intensives, la fatigue s’installe. Et pendant certains films trop long, les jurés s’entendent pour dormir à tour de tour et raconter ensuite aux autres ce qu’ils ont loupé. »

On rêverait de voir ce type de scène dans un prochain Woody Allen…

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