Les failles de Pôle emploi…

C'est une annonce parue le 27 février sur le site de Pôle emploi. Catégorie « art dramatique ». Description de l'offre : « recrutement hommes et femmes pour tournage porno. Urgence : nous sommes une grande maison de production de films X et nous recherchons des personnes très sérieuses et indépendantes pour faire d'eux "de la star porno"... » « De la star porno », en français dans le texte : un français approximatif, mais une annonce bien réelle, épinglée par LE PARISIEN : « La drôle annonce de Pôle emploi »... De fait, comme le raconte Valérie Hacot, cette proposition de CDD a provoqué l'hilarité sur les réseaux sociaux, de même que dans les couloirs de l'Etablissement public. L'hilarité, oui, mais aussi un début de polémique sur la façon dont sont traitées les offres publiées sur le site de l'Agence de l'Etat pour l'emploi. Laquelle a d'ailleurs rapidement supprimé l'offre en question, non pas parce qu'elle était illégale, mais, je cite les termes de la direction : parce qu'elle n'apportait « pas assez de précisions sur la qualification du poste »... Mais que préciser de plus pour un tournage porno ? Alors est-ce fin de l'histoire ? Pas vraiment, car pour les syndicats, cet épisode ne relève pas de la simple anecdote, mais met à nu les failles du système Pôle emploi. Un système désormais numérisé, qui fait que les conseillers n'ont plus la main sur la rédaction des offres : ce sont les recruteurs qui ont la main, et les offres sont ensuite gérées informatiquement. Failles du système, et des annonces qui traversent les filtres et relèvent parfois de la discrimination : ainsi, en 2013, un camping recherchait un agent d'entretien, en précisant que cet emploi « convenait davantage à une femme »... Mais oui, c'est connu, le ménage, ça convient davantage aux femmes. L'égalité en la matière a encore des progrès à faire...

Et le sujet fait d'ailleurs la Une d'une partie de la presse ce matin... La discrimination sexuelle, les inégalités homme/femme... A la veille de la journée internationale des droits des femmes, les journaux anticipent l'événement. Hommage aux femmes qui s'engagent dans l'arène politique dans les pages de OUEST FRANCE... Hommage à celles qui ont donné leur patronyme à des rues du Béarn, dans LA REPUBLIQUE DES PYRENNEES : reines de Navarre ou mères de roi, artistes ou simples lavandières... Sachant qu'en grande majorité, en France, ce sont des noms d'hommes que portent les rues.

« Les femmes sont toujours moins payées », relève pour sa part LE HAVRE PRESSE. « Et elles sont davantage touchées par le chômage », ajoute PRESSE OCEAN. Confirmation à la Une de L'HUMANITE DIMANCHE, pour qui l'accès à l'emploi tient vraiment aujourd'hui du « combat féministe » : dans les quartiers populaires, près la moitié des femmes sont aujourd'hui sans travail et une sur quatre vit, ou bien plutôt survit, sous le seuil de pauvreté...

De son côté, LE HUFFINGTON POST revient sur une enquête sur le sexisme au bureau. Enquête parue il y a deux ans et qui montrait que 8 femmes sur 10 se sentaient concernées. Des commentaires paternalistes, du genre « Comment ça va, ma petite ? » ou « Comment ça va, ma jolie ? », de l'humour foncièrement graveleux ou même des attaques plus frontales. Le sexisme fonctionne comme un redoutable instrument d'exclusion des femmes de la sphère professionnelle, car il leur signifie qu'elles ne sont pas à leur place...

Le site revient en outre sur le prix du « macho de l'année », décerné hier par l'association des "Chiennes de garde"... Un prix décerné à Franck Keller, élu UMP de Neuilly qui, lors du dernier remaniement, s'était interrogé sur la nomination de Najat Vallaud-Belkacem à l'Education Nationale. Il avait publié ce tweet, accompagné d'une photo de la ministre en jupe : « Quels atouts a-t-elle utilisés pour convaincre Hollande de la nommer à un grand ministère ? » Un tweet plein de sous-entendus... Le prix du macho de l'année lui revient sans conteste...

Et puisqu'on parle d'égalité, je vous conseille la lecture du papier de Louise Tourret sur le site SLATE.FR... Retour sur la dernière étude de l'OCDE sur les inégalités filles-garçons à l'école... Les filles meilleures à l'école, mais "sous-représentées" ensuite dans le domaine des sciences une fois arrivées aux études supérieures et dans la vie professionnelle... La faute, peut-être, aux loisirs qu'on propose aux enfants... « Dans le travail, on demande aux individus d'être créatifs et autonomes », analyse un chercheur, « or ce sont là des qualités que les garçons cultivent davantage, non seulement à l'école, mais aussi dans leurs loisirs »... Le sport et les jeux vidéo, ou encore les groupes de musique. Ils apprennent également à se rebeller, et surtout à se dépasser en collectivité et ça, « ça correspond exactement à la culture de la nouvelle économie... » En somme, les filles seraient trop sages... Elles seraient trop scolaires...

Et Manuel Valls, est-il trop sage ? Scolaire, pas assez créatif ? Pôle emploi mettra-il bientôt en ligne une offre pour un poste de Premier ministre ? Les journaux, ce matin, reviennent sur ses annonces pour rénover les banlieues...

"Un milliard pour tout changer", titre à sa Une LA VOIX DU NORD. Enseignement, logement et mixité sociale... Le gouvernement se donne trois ans. Mais globalement, la presse, tout en saluant poliment ces efforts, n'a franchement pas trop l'air d'y croire. LA MARSEILLAISE : « Encore un plan » - sous-entendu : un énième plan, et quand on sait le succès qu'ont eu les précédents, mieux vaut ne pas se faire d'illusion...

Les commentateurs ne disent pas autre chose... « Mesures a-minima », note Anne Rovan dans LE FIGARO... « Chapelet dérisoire de fausses solutions », se désole Alain Dusart, de L'EST REPUBLICAIN... « A grands maux, tout petits moyens », s'étonne aussi Philippe Waucampt, dans LE REPUBLICAIN LORRAIN, qui estime que Manuel Valls a choisi de « jouer petit bras » sur la politique de la Ville... Attitude qui ne correspond pas à sa dénonciation d'un ‘apartheid’ ethnique, social, territorial... « Cet ‘apartheid’ appelait une réponse à la hauteur et le compte n'y est pas », note également Jean-Pierre Lacan du MIDI LIBRE, en indiquant toutefois qu'on ne pouvait sans doute pas attendre davantage d'un « Etat impécunieux ».

Les journaux reviennent également sur l'évacuation du site du barrage de Sivens... Le Conseil général du Tarn a finalement opté pour un projet moins important et hier, les ‘zadistes’, comme on les appelle, ont été évacués... Pour L'INDEPENDANT CATALAN, l'heure est maintenant au « nettoyage », après seize mois d'occupation... Et pour CENTRE PRESSE, il s'agit là d'un « nouveau départ »... Mais le quotidien précise que la tension est encore loin d'être retombée, les opposants n'ayant pas dit leur dernier mot.

Et là encore, c'est avant tout le scepticisme qui domine dans les éditos... « Il serait vain de croire que la bataille de Sivens a trouvé là son épilogue », note ainsi dans LA CHARENTE LIBRE Dominique Garraud... Pour Patrice Chabanet - JOURNAL DE LA HAUTE-MARNE, « cette affaire illustre surtout l'état de fragmentation de la société française »... Bref, ainsi que le constate Mickaël Tassart dans LE COURRIER PICARD : « l'annonce d'un barrage plus petit sur le site de Sivens est une solution qui ne contente personne »... Et même si les opposants ont été délogés, dit-on ‘sans incident’, ce projet reste encore très flou... Flou, et finalement assez proche, dans son principe, du projet initial... « Les ‘zadistes’ expulsés, les questions évacuées », titre de son côté LIBERATION...

LIBERATION, qui propose un dossier, gros dossier sur la viande, et se demande s'il ne serait pas temps d'être un petit moins carnivore...

« Steak ou encore ? » : c'est la question que pose le journal à sa Une, avant de lister treize raisons de lâcher ‘le steak barbare’... Des animaux élevés en batterie, boostés aux antibiotiques, abattus à la chaîne, des élevages polluants, de plus en plus centralisés, des nitrates qui dévastent ce qui reste de la planète... Au total, donc, 13 arguments, qui, j'avoue, donnent surtout envie de manger des légumes... Témoignage d'Anne de Loisy, journaliste et auteure d'une enquête sur la filière viande : elle raconte que les bêtes sont abattues à une telle cadence qu'elles sont encore vivantes au moment où on les tronçonne...

Pas sûr qu'après ça, Pôle emploi trouve encore preneur quand il diffusera des annonces de postes dans les abattoirs...

Pôle emploi qui, d'ailleurs, n'a pas diffusé sur son site d'annonce pour la direction du Centre Pompidou, où a été nommé Serge Lasvigne mercredi, en remplacement d'Alain Seban. Une nomination polémique, l'homme n'ayant aucune légitimité artistique... Mais il se défend, ce matin, dans les colonnes du FIGARO : « Je ne suis peut-être pas un historien de l'art, mais je ne suis pas non plus un gestionnaire froid... J'aime la politique culturelle et j’ai un sens de l'esthétique... »

Si vous également, vous avez le sens de l’esthétique et que vous recherchez du boulot, sachez-le : vous pouvez prétendre à la direction d’un musée !

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