Bonjour à tous… « Bien sûr, ce n’est pas la Seine. Ce n’est pas le bois de Vincennes. Mais c’est bien joli tout de même. A Göttingen. A Göttingen ». Je me souviens de Barbara, chantant pour que jamais ne revienne, le temps du sang et de la haine, sur notre continent. Je me souviens de Charles de Gaulle, qui prévenait au même moment « que l’Europe soviétique devait cesser de l’être » pour pouvoir réunifier sans guerre les deux Etats allemands ! Je me souviens de François Mauriac persuadé qu’il fallait deux Allemagnes, pour qu’on puisse s’y promener en paix, et dormir d’un œil. Sinon, disait-il, quand les deux morceaux seront recollés il faudra redevenir ce lièvre qui dort les yeux ouverts. Je me souviens de Jean Daniel rêvant en 89 d’une Europe capable de se débarrasser du stalinisme et de s’acheminer doucement avec Gorbatchev qui est, écrivait-il, jeune, cultivé , bon juriste spécialiste des questions agricoles, capable d’associer l’URSS à une Europe prospère et démocratique. Je me souviens d’Alexandre Adler, rappelant que dès 1952, Staline avait proposé au chancelier Adenauer de négocier une réunification de l’Allemagne ! Adler, sidéré d’assister en novembre 89 à l’effondrement du communisme Est-allemand pourtant si dur, si cruel, sans provoquer une seule victime : Alors que, un an plus tôt, les trois derniers morts du Mur de Berlin avaient été abattus sans préoccupation d‘image, par les Vopos d’Erich Honecker. Honecker, ce chef du parti communiste Est-allemand qui avait approuvé que l’on tire place Tien An Men sur les étudiants de Pékin. Mon confrère du FIGARO publie aujourd’hui chez XO Editions un ouvrage intitulé : « Berlin 9 novembre 89 : la Chute ». Avec cette conclusion sur l’onde de choc qui s’est propagée partout, jusqu’en 1991 où le bloc soviétique tout entier a éclaté, tandis que le monde changeait à jamais. C’est ce changement que Radio-France dans son ensemble veut commémorer à Berlin, la semaine prochaine, avec nombre de ses journalistes et animateurs. C’est ce changement-là, qui marque dès ce week-end, l’ensemble des médias, pour rafraîchir les mémoires comme dit Charles Pasqua dans le JOURNAL du DIMANCHE, mais lui parle d’autre chose, de petites affaires nettement moins grandioses. C’est ce changement-là qui inspire aujourd’hui la chronique de Bruno Frappat dans la CROIX. « Il faut dire et redire, écrit-il, l’incroyable événement que constitua cette chute d’un mur érigé vingt-huit ans plus tôt. Il faut rappeler aux jeunes générations que la veille encore des spécialistes kremlinologues expliquaient que le système soviétique avait été organisé pour durer. Et puis soudain, dans ces nuits de novembre 89, l’inouï, l’inimaginable se produisait. Souvenons-nous, écrit Frappat, de notre liesse et de ce vent impétueux, ce courant gigantesque qui parcourut l’Europe, comme si du fond du continent, soudain une porte avait été grande ouverte. Oui, conclut le chroniqueur de la CROIX, l’histoire est imparfaite. Elle avance par à coups, recule quelquefois. Mais on ne regrettera pas la séquence de Noël 89, avec ce déferlement de jeunesse sur Berlin, ville ouverte et capitale émotionnelle du continent ». « Die Mauer Ist Weg »… Le mur est tombé dans la nuit du 9 au 10 novembre 89, écrit Michel Lefèvre dans le Hors-Série du MONDE intitulé « Annus Miraculis »… parce que cette année-là, comme le dit Gorbatchev, l’histoire est sortie de ses gonds ! Des gonds qui ont lâché, parce que lui, Gorby, avec sa pérestroïka a ouvert une porte où la liberté allait s’engouffrer. J’ai retrouvé dans mes collections de journaux LIBERATION de ce fameux week-end de novembre, avec ce titre : « Quelle histoire ! » plaqué sur une photo du Mur que des jeunes gens enjambent en riant. Quelques semaines plus tard, LIBE titrait sur Prague libéré, « Ceausescu, le dictateur roumain à la trappe » et hélas, un peu avant Noël, la mort du Prix Nobel de la Paix, Andreï Sakharov, à qui nous devons tant. Drôle d’année, fertile en événements que cette année 89. Nicolas Sarkozy avait 34 ans, Angela Merkel un peu plus et le journal Le MONDE d’aujourd’hui nous dit que la nuit de la chute du Mur, Angela est allée boire une bière avant de rentrer chez elle regarder l’événement à la télé. Encore la chancelière dit-elle aujourd’hui, qu’elle a eu le temps de croiser à Berlin-Est, près du poste frontière, de la Bornholmer Strasse, une vieille dame courant au Mur en chemise de nuit et en manteau, avec un gosse dans ses bras. Honnête, Angela Merkel confesse qu’elle ne crut pas sur le moment à une réunification rapide des deux Etats allemands. Le MONDE, dans ma collection Vieux papiers… s’écrie lui aussi dans son édition datée du samedi 11 novembre 89 : « Berlin : la frontière est ouverte, quarante ans après la création des deux Etats allemands ». Et Plantu d’illustrer l’événement, avec un jeune tractoriste qui enfonce le mur sur sa pelleteuse et clame, à la barbe de deux Vopos perchés sur leur mirador : « Ich bin Ein Berliner ». Dans son éditorial, intitulé « 89 bis ». André Fontaine salue le caractère historique de l’événement en écrivant, à chaud, que la destruction du Mur, vaut pour les Européens, ce que fut la prise de la Bastille pour nous, deux siècles plus tôt. Il faut dire que le 14 juillet 1989 à Paris, François Mitterrand avait réuni les grands de la planète et inauguré avec eux l’Opéra Bastille. Et dire aussi, hélas, que cet été là Hubert Beuve-Méry, fondateur respecté du journal Le MONDE, Beuve comme l’appelaient nos confrères, est mort après être tombé dans son escalier. Mort, sans voir la suite de cette année Miraculis qui vit chuter Pinochet au Chili, mourir l’Ayatollah Khomeiny… J’en passe… pour revenir un instant, au je me souviens, avec lequel, je commençai cette revue de presse, ostalgique, sinon nostalgique, car rien ne vaut le présent ! Justement… le présent, ce sont les carnets de Michèle Cotta, que publie Fayard. Et si l’on peut lire à la date du 11 novembre 1989 ceci sous la plume de celle qui était alors, directrice de l’Info sur TF1. « Scène inouïe entre Patrick Le Lay et moi. Il m’a traitée de conne, je l’ai traité de pauvre type. Mes jours à TF1 sont comptés. J’ai offert ma démission ». Michèle était partie à Berlin avec Simone Veil et Claude Cheysson. Hélas, en arrivant au Mur, panne technique, impossible de retransmettre Rostro jouant Bach sur son violoncelle. Le soir à 20 heures sur TF1 Michèle Cotta se rattrapait. Simone Veil : « On ne prédit pas l’avenir, il est ce que les hommes en font ».

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