Bonjour à tous…. Y-aurait-il deux Sarkozy ? L’un chef d’un Etat monstre froid, aussi arrangeant avec Khadafi qu’avec Bouteflika, Bush ou Poutine… Et l’autre se démenant pour obtenir la libération d’Ingrid Betancourt, comme il le fit pour sauver les infirmières bulgares emprisonnées en Lybie ? La presse pose sans détour la question aujourd’hui, même si cette interrogation vaut pour tous les prédécesseurs de l’actuel président de la République. D’un côté les droits de l’Homme, respectés par un petit nombre d’Etats, membres des Nations-Unies, et de l’autre, les dictatures riches en pétrole, gaz ou autres matières premières, avec lesquelles nous faisons, en fermant les yeux, et depuis longtemps, le meilleur commerce. Faut-il rappeler ici, la vente sous Pompidou, de 110 avions Mirage, à la Lybie de Khadafi ? Les relations de Jacques Chirac avec l’Irak de Saddam… les manifestations de Glucksman et Kouchner quand Mitterrand reçut à Paris, le général Jaruzelski ou le Pakistanais Zia ul Haq, assassin d’Ali Bhutto… etc. Que dire de l’incompréhensible visite du général de Gaulle à Franco ? De Giscard recevant le Hongrois Kadar… ou accueillant plus tard l’Ayatollah Khomeiny à Neauphle-le-Château ? La liste est longue des relations diplomatiques de nos présidents avec des gens ayant du sang sur les mains. Et Jean-Claude Kiefer a bien raison de rappeler, en citant Nietzche dans les DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE ce matin, que « l’Etat est le plus froid des monstres froids ». Bref, qu’il n’y a pas de sentiments à attendre des Etats, dans leurs relations basées sur leurs intérêts réciproques, bien ou mal compris. C’est pourquoi, disait Nietzche, l’Etat-monstre froid, ment froidement. Bref, poursuit l’éditorialiste des DNA, faut-il recevoir, à Paris, Khadafi le terroriste, peut-être repenti ? Pourquoi pas, répond mon confrère, puisqu’il s’agit de Realpolitik, et que, comme l’a dit Kouchner, il faut dans certains cas, savoir manger son chapeau. Alors allons-y, soupire Jean-Claude Kiefer, avant d’expliquer avec regret, que c’est tant pis pour les belles âmes. Mais… "la Lybie regorge de pétrole et elle est bonne cliente, capable de payer rubis sur l’ongle armes et centrales nucléaires. Nicolas Sarkozy est-il le seul dirigeant occidental à avoir «chaleureusement» félicité Vladimir Poutine pour sa «brillante» élection dimanche dernier ? La logique est la même : la Russie a le monopole du gaz et possède des champs pétrolifères à foison, encore souvent inexploités. Et puis, la France a bien vendu des centrales nucléaires à la Chine, comme tout le monde sait, «un paradis des droits de l’Homme»… Demain, Paris en fera autant avec l’Algérie, autre grande «démocratie »." Après cette pointe d’ironie, l’éditorialiste relève que Madame Merkel, quant à elle, ne craint pas de dénoncer les atteintes aux droits de l’Homme, de Guantanamo à Pékin, en passant par Moscou. C’est bien, selon Kiefer, mais qui sait si la chancelière ne fait pas à sa manière, de la Realpolitik. Entendez qu’elle attend que les autres s’exposent en tirant les marrons du feu. Roger Antech, du journal MIDI LIBRE, est travaillé lui aussi par la même interrogation… Droits de l’Homme et business. Ce que le quotidien LIBERATION appelait hier, les «mauvaises fréquentations de Nicolas Sarkozy». Mon confrère du MIDI LIBRE parle lui, de diplomatie glauque, de coups tordus et de voyages mesurés à l’épaisseur des affaires conclues. « Voilà donc, écrit-il, Sarkozy qui s’apprête à recevoir lundi le colonel Khadafi après avoir félicité Poutine pour son coup d’état permanent, serré la main du Chinois Hu Jintao, champion de la répression au Tibet, et tellement espéré de Chavez pour le sauvetage d’Ingrid Betancourt. Un Sarkozy qui, en six mois de mandat, aurait ainsi accumulé tant de mauvaises rencontres et fréquentations qu’il mènerait la diplomatie française sur une mauvaise pente… ». Mais voici la conclusion de Roger Antech : « On entend aujourd’hui monter ce procès chez les mêmes qui, vrais cyniques, applaudissent des deux mains à la libération des infirmières bulgares, et au retour au pays des journalistes embarqués par l’Arche de Zoé. Et qui, ingénus, angéliques, pensent toujours que la libération des otages se négocie avec d’authentiques Prix Nobel de la Paix. » La polémique monte, constate LE PARISIEN en citant François Bayrou qui juge « indigne l’hospitalité accordée par la France, cinq jours durant, à Khadafi ». Ségolène Royal s’est dite, elle aussi, en désaccord, après avoir rappelé les tortures infligées aux infirmières bulgares. Attitude identique de Bernard-Henri Lévy, expliquant sur RTL qu’on n’invite pas, en visite d’Etat, un grand terroriste, et un preneur d’otages international comme Khadafi. Et BHL de se dire choqué… Alors que LE PARISIEN corrige : ce n’est pas une visite d’Etat, c’est un déplacement officiel. LE FIGARO précise que Khadafi voulait s’exprimer à l’Assemblée nationale devant les députés. Il se contentera d’en rencontrer quelques-uns. Il voulait venir dix jours, ce sera cinq. Il voulait aller à Colombey… ce sera difficile. En revanche, sa suite de 400 personnes sera accueillie. Il aura sa tente de bédoin à l’hôtel Marigny, pour recevoir ses invités… et il verra aux écuries royales de Versailles, un spectacle de dressage de Bartabas. C’est Alain Barluet qui donne toutes ces précisions au FIGARO ce matin. A lire dans le même quotidien, l’interview de Seif Khadafi, le fils du colonel… Il a 33 ans, il a fait ses études en Autriche et en Angleterre. Et il répond brièvement à quelques questions choc… de mon confrère Pierre Prier Par exemple, à la question : "Qu’attend la Lybie de cette visite ?" Réponse de Seif Khadafi : "Pour nous, elle doit couronner les nouvelles relations entre la France et la Lybie."Des contrats importants seront-ils signés ?Bien sûr. Nous allons acheter pour plus de trois milliards d’euros d’Airbus, un réacteur nucléaire, et nous voulons aussi acheter de nombreux équipements militaires. Nous négocions sur les Rafale… la construction du nouvel aéroport de Tripoli, Suez et Evolia ont aussi remporté des contrats importants dans le domaine de l’environnement.Pourquoi voulez-vous un réacteur nucléaire ?Pour produire notre électricité, ce qui permettra d’exporter la totalité de notre gaz et de notre pétrole.Etes-vous intéressé par la proposition d’Union méditerranéenne du président Sarkozy ?Oui, tant qu’elle n’inclut pas Israël. (Donc, oui pour une Union Méditerranéenne, mais sans les juifs !) Et puis cette question de mon confrère : Et dans l’affaire de l’attentat contre le DC 10 d’UTA, pour lequel six Lybiens ont été condamnés à la perpétuité par contumace en France ?Ils sont innocents eux aussi. C’est la même histoire. Nous l’avons dit de nombreuses fois aux autorités françaises. Nous voulons un nouveau procès. Je concluerai en vous proposant d’autres morceaux choisis. Dans LIBERATION, Fellag, le comédien kabyle parle d’Ingrid Betancourt, dont la photo lui rappelle celle de la Madone de Benthalla… Il évoque aussi magnifiquement, la relation France-Algérie, en expliquant avec finesse, qu’il faut "laisser exploser l’abcès de la mémoire… ou ne rien dire, d’un peuple algérien infantilisé." Dans LA CROIX, une fois de plus… ne ratez pas la chronique de Bruno Frappat, consacrée à Ingrid Betancourt, et à ce que Frappat appelle la «Mémoire d’outre-vie» de la captive, autour de laquelle l’étau, peut-être, va se desserrer. Au passage, Frappat invite ses lecteurs à détacher la lettre d’Ingrid Betancourt à sa mère, Mamita Linda, publiée mardi dernier. Je vous en donne deux extraits : «Comme je te disais, la vie ici n’est pas la vie, c’est un gaspillage lugubre de temps. Je vis ou survis dans un hamac tendu entre deux piquets, recouvert d’une moustiquaire et avec une tente au-dessus, qui fait office de toit et me permet de penser que j’ai une maison. » « J’aime la France avec mon cœur, car j’admire la capacité de mobilisation d’un peuple qui, comme disait Camus, sait que vivre, c’est s’engager.(…) Toutes ces années ont été terribles, mais je ne crois pas que je pourrais être encore vivante sans l’engagement qu’ils nous ont apporté à nous tous qui, ici, vivons comme des morts. (…) Je sais que ce que nous vivons est plein d’inconnues, mais l’histoire a ses temps propres de maturation et le président Sarkozy est sur le méridien de l’Histoire. »

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