Bonjour à tous… et salut aux copains de toutes les chaînes de Radio France présents dès aujourd’hui à Berlin pour la commémoration de la chute du Mur, demain. Bonjour à tous, mais bye bye Lénine, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit ce matin, pour tous les médias : magazines et quotidiens. « Good bye Lénine », c’était un film formidable de Wolfgang Becker, où une famille reconstituait une RDA miniature, pour la mère sortie d’un long coma, sans avoir assisté aux événements conduisant à la fusion des deux Etats allemands. Alors on lui truque la télé, on bidonne les reportages, on fourre dans sa cuisine du faux café et des faux cornichons « made in RDA ». Bref, on lui ressuscite un monde disparu et l’on rit et l’on réfléchit aussi. On appelle ça une uchronie, une évocation imaginaire jouant sur le temps et ses bouleversements. « Good bye Lénine ». L’historien François Furet l’a dit sans ambages lui aussi, dans un livre publié il y a quinze ans chez Robert Laffont, Calmann-Lévy et intitulé : « le Passé d’une illusion ». Un ouvrage dont la préface commençait ainsi : « Le régime soviétique est sorti à la sauvette du théâtre de l’histoire, où il avait fait une entrée en fanfare… ». Et Furet ajoutait : « L’univers communiste s’est défait lui-même. Il n’en reste plus que les hommes, qui n’ayant pas été vaincus, sont passés d’un monde à l’autre, reconvertis dans un autre système, partisans du marché, des élections ou encore recyclés dans leur nationalisme ». Mais de leur expérience antérieure, soulignait encore le grand historien, il ne subsiste pas une idée ! Les peuples sortis du communisme semblent obsédés par la négation du régime où ils ont vécu. La lutte des classes, la dictature du prolétariat, le marxisme-léninisme ont disparu au profit de ce qu’ils étaient censés avoir remplacé : la propriété bourgeoise, l’état démocratique, les droits de l’homme, la liberté d’entreprendre. « Mais rien, concluait Furet, rien ne subsiste des régimes nés de la Révolution d’octobre, que ce dont ils étaient la négation ! » Encore faut-il savoir que l’auteur du « Passé d’une illusion » avait été communiste entre 49 et 56. « J’ai vécu, disait-il, ce mensonge, cette illusion. Mais dois-je le regretter au moment où j’en écris l’histoire ? Je ne le crois pas. A quarante ans de distance, je juge mon aveuglement d’alors sans indulgence, mais sans acrimonie. J’en suis sorti en m’interrogeant sur la passion révolutionnaire et vacciné contre l’investissement pseudo-religieux dans l’action politique ». Yves Montand en jugeait plus rudement, quand il s’écriait à la radio, après la projection de « l’Aveu » à la télévision. « Nous avons été cons et dangereux ». Mais aujourd’hui que faut-il dire à l’heure de la crise du capitalisme. Good bye Lénine ou rebonjour Vladimir Ilitch. Hier en Russie, comme le rapporte l’Agence France Presse aujourd’hui, des dizaines de milliers de communistes ont manifesté pour marquer l’anniversaire de la Révolution d’octobre. Il y a 4 ans, Vladimir Poutine avait pourtant fait sortir la fête de la révolution bolchévique de 1917, du calendrier russe. Elle y est revenue ce 7 novembre 2009, avec drapeaux et portraits de Lénine à Moscou comme à Saint-Pétersbourg. Dans les deux villes, des milliers de nostalgiques du stalinisme ont crié « à bas le capitalisme, à bas les réformes qui ont provoqué la mort de notre Russie ! » C’est dire si les murs sont encore dans les têtes et présents aussi en maints endroits de la planète, comme on en débattra demain soir à Cordes sur Ciel avec Paul Quilès et à Fontainebleau avec son maire, Frédéric Valletoux, Echos régionaux de Berlin. Et comme s’y arrête aussi Martine Aubry, dans une longue interview, accordée au JOURNAL du DIMANCHE. Question de Cécile Amar et Claude Askolovitch, à la première Secrétaire du Parti socialiste : « La gauche s’est-elle remise de la chute du Mur ? ». Réponse de Martine Aubry : « La gauche a baissé la garde à la fin du communisme. Nous avons laissé le capitalisme s’emparer et se griser d’un événement qu’il a présenté comme sa victoire. Le mur de Berlin est tombé, mais le mur de la finance s’est levé et a étouffé l’économie réelle. On a privilégié le court terme : les profits pour certains, au détriment d’un projet collectif porteur de progrès pour tous ». Bref, remarquent mes confrères du JOURNAL du DIMANCHE, quand la menace communiste existait, le capitalisme se portait mieux. « Disons plutôt, nuance Martine Aubry, qu’à la chute du Mur, le capitalisme s’est retrouvé modèle unique et qu’alors un capitalisme ultralibéral est né et s’est cru tout permis. Ce sont ces mêmes libéraux américains qui ont débarqué dans les pays de l’Est avec la volonté de détruire tout ce qui représentait le régime antérieur, en particulier l’Etat et les services publics, laissant la place à l’enrichissement de quelques-uns et au règne des mafias ». En somme réplique ma consoeur Cécile Amar, le 9 novembre n’est pas une fête, ni votre anniversaire. « Au contraire, insiste Martine Aubry, la fin des régimes communistes, c’est mon histoire et celle de la gauche démocratique ! C’est aussi la réunification de l’Allemagne et l’élargissement de l’Europe. Mais je mesure l’erreur des progressistes : nous avons cru que le retour de la liberté suffirait à tout régler. L’Europe n’a pas été au rendez-vous après 1989. On aurait dû accompagner les ex-pays de l’Est dans un régime de transition conservant un Etat protecteur et faisant naître un marché efficace. J’en ai beaucoup parlé avec mon père, qui aurait voulu que l’Europe s’implique davantage dans la construction de ce nouveau monde. Mais au-delà de cette analyse du passé, sachons en tirer les leçons pour l’avenir : le triomphe de l’ultralibéralisme a été une illusion. La crise économique a montré combien ce système marchait sur la tête. C’est dire si la gauche doit travailler à la construction d’un nouveau modèle, face à tous ceux qui croient que la financiarisation de l’économie est le comble de la modernité ». Sur le même sujet des murs de la planète qu’il convient de faire tomber, Pierre Lellouche, secrétaire d’Etat aux affaires européennes, de retour de Chypre, dénonce le No man’s Land qui sépare les Turcs et les Grecs, en plein cœur de Nicosie. J’ai eu, dit-il, en marchant dans les gravats de l’Ambassade de France, détruite il y a 35 ans, envie de replonger dans le congélateur de la guerre froide. Et le Ministre des Affaires européennes de s’indigner : « Il est impensable que, trente-cinq ans après, la Turquie, candidate à l’Union européenne, occupe encore le nord de l’île avec 40.000 soldats et ne reconnaisse pas la République de Chypre, membre de l’Union. Le moment est venu pour l’Europe de s’imposer dans ce dossier. J’espère que la dynamique assez exceptionnelle de cette fin 2009, où l’on fête à la fois la réunification et l’ouverture d’une nouvelle page de l’Europe avec le Traité de Lisbonne, sera de nature à convaincre ceux qui sont encore en conflit en Europe de se réconcilier en prenant modèle sur la couple franco-allemand ». Le couple… Sarkozy-Merkel… après Mitterrand-Kohl… Giscard-Schmidt et de Gaulle-Adenauer. Laissez-moi enfin vous signaler deux ou trois lectures complémentaires. Le NOUVEL OBSERVATEUR met plein phare sur les francs-maçons. Le FIGARO MAGAZINE enquête sur l’Islam radical en France. Et tandis que Georges-Marc Benamou plaide dans NICE MATIN pour que soit sauvé le soldat Rama Yade, SUD OUEST dimanche écrit, sondage à l’appui, que deux Français sur trois veulent un grand emprunt… qui ne le serait pas trop. Le Mur de la dette, doit y être pour quelque chose ? Encore le Mur, oui, c’est Jean Daniel qui disait avoir découvert dans le Brionnais au fronton d’une église : « De toute manière, les murs de la séparation ne s’élèveront jamais… jusqu’au ciel ! » Nous y revoici. Mais si vous n’êtes pas fatigués et puisqu’il pleut ce dimanche. Lisez dans MARIANNE l’interview par notre excellent Bernard Guetta, d’Andreï Gratchev, le Russe et Krystof Pomian, le Polonais qui disent tous deux ce que l’Europe doit à Khrouchtchev et plus encore à Gorbatchev. Lisez aussi le Hors-Série de MARIANNE sur le communisme : une histoire française… de Marcel Cachin à Georges Marchais, et des Mutins de la Mer noire aux doriotistes de sinistre mémoire. Hors-série, qui passe par la presse de PCF, de l’HUMANITE à Pif-le-Chien. Et des lettres françaises à la Marseillaise.

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