Bonjour à tous… en ce beau dimanche, d’après nuit blanche, gâché hélas par la vérité, une nouvelle fois assassinée ! Le week-end dernier, c’est à Téhéran qu’un organisme de surveillance de la presse fermait un journal coupable d’avoir injurié une personnalité publique. En réalité le magazine « L’Orient », n’avait fait que publier une caricature du Président iranien, Monsieur Mahmoud Ahmadinedjad. Hier, c’est à Moscou que des assassins ont fait taire à tout jamais Anna Politkovskaïa, grand reporter au Novaïa Gazeta que Stéphane Paoli avait reçu par deux fois, ici même à France Inter. Anna, l’une des rares journalistes indépendantes russes à couvrir encore la guerre en Tchétchénie, avait 48 ans, et dénonçait, régulièrement il est vrai, la politique de Moscou dans les Républiques du Caucase. Son dernier article publié au début du mois, évoquait une nouvelle fois la terreur exercée par les milices pro-russes du nouvel homme fort de Grozny : Monsieur Ramzan Kadyrov. Kadyrov a trente ans, c’est un bel homme à la barbe blonde, et si le cœur vous en dit, vous le verrez dès aujourd’hui, à la page 8 de Libération en photo car il sera bientôt président de la petite République Tchétchène après avoir été chef de guerre, dans ce pays cent fois détruit. Vendredi dernier, l’anniversaire du futur Président a donné lieu à de grandes festivités en Tchétchénie avec pop-stars russes venues de Moscou et réouverture de l’aéroport de Grozny. Quant au jeune Kadyrov, il a reçu en cadeau une Ferrari estimée 400.000 euros ! « Libération », s’en étonne, mais recommande cependant au jeune futur président tchétchène d’être prudent, car l’état des routes, en Tchétchénie cadre assez mal avec les performances d’une Ferrari ! Kadyrov a donc souri vendredi, et nous pleurons Anna aujourd’hui. Anna, le courage incarné, comme l’écrit Antoine Malo, dans « Le Journal du Dimanche », qui consacre une demi-page à la célèbre journaliste anti-Poutine, assassinée hier, samedi, à Moscou. Son corps criblé de balles a été découvert par une voisine dans l’ascenseur de son immeuble. Elle y recevait régulièrement des menaces de mort dans sa boîte aux lettres, eh bien, cette fois c’est fait. Et la nouvelle émeut non seulement l’ensemble d’une profession, la nôtre, mais aussi la Maison Blanche, qui a déjà fait savoir à Poutine, qu’elle voulait connaître la vérité, sur l’assassinat d’Anna Politkovskaïa. « C’était une femme charmante, délicieuse, raconte au Journal du Dimanche, Marie Mendras, son amie française, spécialiste de la Russie, elle avait deux enfants, elle adorait la musique… la brutalité, dit-elle, avec laquelle elle a été éliminée, est tout le contraire de ce qu’elle était. André Glücksman, ne disait pas autre chose, tout à l’heure au micro de France Info, en évoquant cette femme militante, comme lui, du combat tchétchène. Une journaliste dont le courage avait été couronné, de nombreux prix internationaux censés la protéger… Notamment le prix du Pen Club, et en 2003, le Prix du Journalisme et de la Démocratie dans les pays de l’OSCE. Vous savez, que l’OSCE, c’est ce rassemble les pays de l’Europe, de la grande Europe. On doit à Anna plusieurs livres, dont la presse rappelle les titres aujourd’hui… « Voyage en enfer », Journal de Tchétchénie écrit en 2000. Douloureuse Russie… Et Journal d’une femme en colère, publié le mois dernier en France. J’en profite d’ailleurs pour vous inviter à lire, sur le même sujet, le journal intime et le journal de guerre, d’une autre femme, tchétchène elle, Milana Terloeva, dont la presse a beaucoup parlé ces dernières semaines. Elle a 26 ans, elle est très belle, elle vit ici. Son récit publié dans la collection Hachette-Littérature, est intitulé « Danser sur les ruines ». C’est Milana, qui a découvert en France à Sciences-Po, un pays où naître Tchétchène n’est pas un crime, évoque justement dans son livre Anna Politkovskaïa et Andreï Baditski… Ce sont dit-elle, deux journalistes indépendants russes qui ont bravé tous les interdits du Kremlin, pour témoigner des horreurs de la guerre faite aux Tchétchènes. Les deux seuls. Ce qui a valu à Anna, d’être mystérieusement empoisonnée, dans l’avion qui la menait en Ossétie du Nord, il y a quelques mois. Et à Babitski, d’être roué de coups, à l’aéroport, avant d’être incarcéré pour houliganisme. Milana Terloeva, a écrit son livre, évidemment avant de connaître la nouvelle de la mort d’Anna, qui nous bouleverse aujourd’hui. Mais en évoquant la prise d’otages de Beslan elle dit… Après dix années de massacres, les dirigeants russes, peuvent être satisfaits… La guerre nous a tous pourris, et nous a rendu aussi barbares qu’eux. » Le Figaro de ce week-end ajoute à cela, ce qui peut apparaître comme une politique délibérée du Kremlin vis-à-vis des Républiques du Caucase. Puisque Moscou poursuit son blocus contre Tbilissi et multiplie les expulsions et les contrôles musclés des Georgiens sur tout le territoire de la fédération de Russie. Dans le même Figaro de ce week-end, une interview du président géorgien Mikhaïl Saakachvili… le leader, il y a 3 ans de ce que l’on avait appelé, la révolution de la rose. Poutine, dit-il aujourd’hui, à mon confrère Thierry Oberlé… est un chef d’état raciste ! Raciste peut-être… Et aussi, dans tous les cas, adversaire comme tant d’autres, tant d’autres je dis bien, de la liberté d’expression… On connaît la phrase, apocryphe de Voltaire… « Je ne suis pas d’accord, avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort, pour que vous ayez le droit de le dire. » Eh bien, toute la presse, revient longuement ce week-end, et c’est tant mieux, sur les menaces de mort, exercées sur le professeur Robert Redeker. Marc Dugain, dans Le Figaro, évoque dans sa chronique de dernière page, le courage d’un homme, professeur de philosophie menacé de mort par des fascistes qui se réclament à tort de l’islam et d’un texte, le Coran, dont ils n’ont pas compris sans doute un traitre mot. La raison en est un article paru sous sa signature dans Le Figaro. S’ensuit un débat car, dans notre société, tout est débat. C’est d’ailleurs un signe de vitalité d’une démocratie. Mais l’idée même qu’il puisse y avoir un débat sur ce sujet, la liberté d’expression, est une forme de capitulation coupable. Et Marc Dugain d’ajouter encore : « La liberté d’expression est une et indivisible. Dans un pays libre, on peut tout dire dans la limite des lois et de leurs sanctions. Il est vrai, il est vrai, conclut-il, qu’avec la montée du « fascislamisme », on assiste à une recrudescence des provocations au centre desquelles se trouve le Coran, texte qui n’est pas plus à blâmer que l’Ancien ou le Nouveau Testament dans leurs versions primitives. Mais le chroniqueur du Figaro de faire un compte, il dit heureusement, heureusement : le fait intéressant de la semaine, c’est que, sans renier pour autant leurs croyances, 80% des musulmans de France adhèrent à notre laïcité. Il en reste 20% qui ont besoin de cours d’instruction civique. Là-dessus, l’Humanité lance un appel… en expliquant que la liberté d’expression ne se discute pas… Et l’Humanité ajoute : « Les pressions incessantes exercées par des groupes communautaristes, notamment religieux, sont inacceptables. La liberté d’expression doit être libre et entière dans le cadre prévu par la loi. » Franz-Olivier Giesbert lui aussi écrit dans son éditorial du Point : « Nous sommes tous des Redeker. » Et il ajoute : « Redeker n’est pas un spécialiste de l’islam mais on pouvait croire que dans la démocratie française lui serait donnée la liberté d’exprimer ses opinions, fussent-elles fausses. » Et Giesbert de déplorer : « Eh bien, non ! On peut dire du mal de toutes les religions dans ce pays, et d’abord du christianisme, mais pas de l’islam. » Et il conclut : « Après les menaces de mort dont il a été l’objet, Robert Redeker a été littéralement lâché par les plus hautes autorités de l’Etat, qui ont adopté leur stratégie habituelle, celle de Ponce Pilate. Honte à elles, car c’est, excusez-moi du peu la liberté d’expression qui est en question. » Fin de citation. Un mot de conclusion : c’est une chanson : La Vérité, Guy Béart. Il la chantait en 1968. On l’entend aux éditions Temporelles. On doit pouvoir se la procurer à nouveau. « Le premier qui dit se trouve toujours sacrifié D’abord on le tue Puis on s’habitue On lui coupe la langue ont le dit fou à lier Après sans problème Parle le deuxième Le premier qui dit la vérité Il doit être exécuté. »

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