Le regard d'Ivan Levaï observe au delà des pages traditionnelles des journaux : théâtre, cinéma, auto, photo, vidéo, web...pour s'arrêter sur le sujet qui domine l'actualité. Cette semaine place à la coupe du monde de rugby. Bonjour à tous. « Dans un film italien, un homme, après avoir fait l’amour à une femme l’interroge : ˝Alors, contente ? ˝ Non, répond-elle, Contentina… pour marquer d’une nuance sa déception ». C’est le philosophe Michel Serres, grand amateur de rugby qui sourit ainsi, face à l’ancien joueur Daniel Herrero, dans un débat organisé par le journal L’HUMANITE. Contente aujourd’hui, la France de l’ovalie après la défaite des Bleus hier soir en ouverture de la Coupe du Monde de Rugby ? Contentina ! Déçue, et même en colère, s’il faut en croire les manchettes des quotidiens, ce matin. « France 12 – Argentine 17 … aïe, aïe, aïe ! » s’écrie LE PARISIEN. « La claque » reprend en écho LE FIGARO. « Décevant, calamiteux » ajoute LIBERATION, pour qui le premier match de la compétition a vu gagner « des Argentins coriaces et décidés, face à des Français sans imagination ». Et Serge Loupien de souligner : « Comme dirait Bernard Laporte… Une équipe qui prétend être championne du monde doit être capable de battre n’importe quel adversaire ». Hélas… « le XV de France tombe de haut » s’exclament ensemble LES DNA et LE COURRIER PICARD… tandis que LA DEPECHE DU MIDI et MIDI LIBRE partagent le même dépit. « Coup de massue » pour le journal de Toulouse, « grande désillusion » pour le quotidien montpelliérain. Amertume identique à L’EQUIPE qui titre sur une totale faillite, un cauchemar, un scénario catastrophe pour le XV de France, avec ce commentaire très sévère. « Hier, sous les sifflets du Stade de France, les joueurs de Bernard Laporte ont été dominés par l’Argentine. Pas de jeu. Pas de leadership, pas d’intelligence collective. Cette défaite est un cauchemar qui obscurcit le destin des Bleus, malgré un point de bonus défensif ». Et Christian Jaurena, qui signe ce propos, d’enfoncer le clou : « Les Français hier, ont paru dévorés par l’enjeu. Ils ont perdu la tête et leurs repères collectifs. Bref, ils ont grillé leur joker et ne devront surtout pas perdre le 21 septembre prochain face à l’Irlande, s’ils veulent s’ouvrir les portes des quarts de finale ». Pour nous rasséréner, quelques jolies choses glanées dans la presse, contrainte de boucler ses éditions en fin de journaux. Dans LA CROIX, Jean-Claude Raspiengeas, cite Antoine Blondin évoquant la diversité des gabarits jouant au ballon à deux bouts. « Au rugby, disait Blondin, le commentateur sportif qui écrivait bien, les grands sautent, les petits s’infiltrent, les gros enfoncent, les légers s’échappent ». Jean Giraudoux, tout aussi inspiré, avait noté avant Blondin, que sur quinze joueurs, huit sont forts et actifs, deux légers et rusés, quatre grands et rapides, et le dernier apparaît comme un modèle de flegme et de sang-froid. « C’est, concluait Giraudoux, la proportion idéale entre les hommes ». Peut-être avez-vous remarqué, hier soir, sur TF1, la réserve, l’économie du propos de Nicolas Sarkozy, répondant avant le match aux questions de Charles Villeneuve. « Vous aimez le foot, le vélo, mais si vous deviez jouer au rugby, quelle serait votre place ? » interrogeait le journaliste. « Demi de mêlée, vu mon petit gabarit » répondit tout à trac, le président de la République, que les caméras n’ont pas trop montré au long de la soirée. Olivier Adam, l’auteur de « Poids léger… passer l’hiver » qui a grandi en banlieue et vit en Bretagne aujourd’hui, mérite lui aussi votre intérêt. Il écrit à l’avant-dernière page de LIBERATION, non seulement sur le rugbyy, mais sur le climat très particulier du samedi. « Un samedi, en général, à cette période de l’année… », pour Olivier Adam, ça donne ça : « Petit coup d’œil au ciel en me levant. Derrière la masse perle des nuages, un ruban clair et la mer un peu mauve en dessous. Préparez vous un café : façon Bukowski. Ce café Bukowski, c’est simple. On s’installe dans un fauteuil. A l’étage votre fille traine devant des dessins animés. Votre compagne dort encore. Ouvrez au hasard. Jouer du piano ivre. ? Ou l’amour est un chien de l’enfer. Lisez. Buvez. Lisez. Buvez… La rumeur maritime remplit le monde, l’eau est d’un autre noir que le ciel. Plus épais, d’un acier liquide et mat. Ce samedi n’aura pas dérogé à la règle ». Et sur le rugby, le même Olivier Adam s’étonne, de matchs qui n’ont plus lieu l’après-midi. « Pour moi, écrit-il, le rugby sera toujours lié à l’hiver, aux samedis après-midi, le Tournoi des cinq nations quand j’étais gosse, Jean-Pierre Rives et ses cheveux en sang, une lumière de verre entrait dans le salon, l’ombre portée des croisillons quadrillait le tapis crème, et le soleil gelé me cuisait la joue. Je ne regardais pas vraiment. J’aimais surtout qu’on soit tous là face au téléviseur, j’aimais surtout les bruits, la voix des commentateurs, et l’odeur du gâteau qui cuisait à la cuisine ». Joli rappel aussi d’Etienne Mougeotte dans LE FIGARO MAGAZINE… du brave Roger Couderc, et de son cri de ralliement : « Allez, les petits …». Et le même Etienne de suggérer la vieille règle d’or des rugbymen… « Sans les autres, on n’est rien ». Elle pourrait être selon lui, le principe élémentaire de notre « vivre ensemble ». Samedi 8 septembre 2007, LE MONDE ouvre, à deux bonnes plumes… celle de Jean Lacouture et celle de Francis Marmande, ses pages spéciales rugby… Et LE FIGARO quotidien nous renvoie aux abysses, avec en première page, l’image du sauvage Ben Laden, qui réapparaît pour célébrer à sa manière, le sixième et triste anniversaire du 11-Septembre-2001, qui nous a tous endurcis… Mais, en est-on sûrs ? Est-ce bien lui ? Oui, oui, la preuve de l’existence du maître d’Al Qaïda, c’est qu’il actualise ses derniers propos-vidéo… en citant Bush, Blair, Sarkozy et Gordon Brown. Ce sont eux, les vrais terroristes selon Ben Laden qui annonce, une fois de plus, la faillite du système démocratique, de ses soldats, et des droits de l’Homme, pour faire bon poids.

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