Bonjour à tous en ce dimanche marqué « par un acte barbare et lâche », comme l’a qualifié hier, Nicolas Sarkozy, à Pointe-à-Pitre. Les deux otages français enlevés vendredi soir à Niamey au Niger ont été tués dans des circonstances encore mal déterminées. Ils n’avaient que 25 ans, titre à Grenoble le DAUPHINE-Dimanche. Ils étaient Nordistes, complète la VOIX du NORD, et le journal NORD ECLAIR précise que Vincent Delory et Antoine de Léocour étaient tous deux de Linselles. Linselles, commune de 8.000 habitants, située entre Lille et Tourcoing, près de la frontière belge. NORD ECLAIR publie aussi en première page les photographies de Vincent et Antoine, les deux amis qu’un mariage à Niamey, samedi prochain, allait rapprocher un peu plus. C’est Antoine qui devait se marier avec Rakia, jeune Nigérienne et Vincent qui devait témoigner. Vous verrez en première page du JOURNAL du DIMANCHE la photo des deux fiancés, Antoine et Rakia, et vous lirez, bien sûr, les deux pages que signe Nathalie Prévost, correspondante du JOURNAL du DIMANCHE à Niamey, sur ce qu’il faut bien appeler une tragédie, et des familles anéanties. La journaliste du JOURNAL du DIMANCHE rendait visite aux parents de la fiancée d’Antoine de Léocour, enlevé vendredi soir, avec son copain Vincent, quand est parvenue la nouvelle de la mort des deux otages. « Ils les ont tués… rapporte ma consoeur. Une cousine de Rakia, s’effondre en pleurs et les dix femmes présentes dans la pièce crient et pleurent à leur tour. Antoine de Léocour était visiblement adopté par toute sa future belle-famille nigérienne ». Et Nathalie Prévost d’humaniser un peu plus la relation de l’événement et son propos, en expliquant que Rakia et Antoine se fréquentaient depuis 2008. Deux ans d’aller-retours pour le jeune homme entre la France et l’Afrique. Recherche d’un travail, constitution de dossiers Hiver 2009, le jeune homme est engagé pour six mois par une ONG allemande. Il trouve un emploi, plus tard en Centrafrique. Mais, à cause de l’insécurité qui y règne, il refuse de s’y établir avec Rakia et cherche une maison à Niamey au Niger. Novembre dernier, le projet de mariage prend corps. Antoine verse la dot, et comme le veut la tradition nigérienne les fiancés doivent attendre plusieurs jours, jusqu’au 15 décembre dernier pour commencer une vie commune. Vendredi dernier, un peu avant 23 heures, quatre gangsters d’Al Qaïda, version AQMI, enlèvent en trois minutes, sans un coup de feu, à une table d’un restaurant de Niamey fréquenté par les expatriés, Antoine et Vincent, les deux Linsellois copains d’enfance. Samedi prochain, Vincent ne témoignera pas. Antoine et Rakia ne se marieront pas. Voilà pourquoi, on s’arrête longtemps ce dimanche aux premières pages d’OUEST-FRANCE, du JOURNAL du CENTRE, du DAUPHINE-Dimanche, de SUD-OUEST, du PARISIEN, de La PROVENCE, de NORD ECLAIR, j’en passe, qui publient tous, soit des photos des jeunes Français, enlevés et tués au Niger, soit des clichés du restaurant où ils dînaient. Il y a 1.500 Français à Niamey qui connaissaient forcément cet endroit, en apparence pacifique, si l’on en croit les photos publiées. Un calicot marque l’établissement de quelques mots : « Maquis, le Toulousain, restaurations africaines, européennes et asiatiques ». La DEPECHE du MIDI souligne à cet égard une coïncidence : Vincent, enlevé au Toulousain avec son copain Antoine, travaille à Toulouse chez Capgemini, où il est ingénieur informaticien. Le JOURNAL du DIMANCHE le relève aussi, et publie dans un encadré ce qu’ont été les formations universitaires et professionnelles des deux jeunes français assassinés… Vincent, l’ingénieur, n’avait pas de raison de se trouver au Niger, autre que le mariage de son copain. Antoine, lui, était chez lui à Niamey. Il était parti en Afrique tout de suite après ses études d’histoire à l’université de Poitiers. C’est là qu’il avait obtenu sa maîtrise d’histoire contemporaine avec mention très bien. Sujet de sa thèse : « Les noirs, dans le regard du Père Augouard ». Et le JOURNAL du DIMANCHE de préciser que le père Augouard était un missionnaire parti à la rencontre du Gabon et du Congo, à la fin du XIXème siècle. Voilà, comme quoi ce fut ça aussi, la France en Afrique. Hier les missions, aujourd’hui les ONG qui tentent malgré les risques encourus les nouvelles générations. Sur la France, cible d’Al Qaïda au Niger, et à la frontière du Mali, le JOURNAL du DIMANCHE, le PARISIEN et un certain nombre de quotidiens régionaux, rappellent l’enlèvement des cinq otages d’Airlit. Ainsi que les assassinats, les attentats contre les ambassades recensés depuis décembre 2007. Pour Stéphane Johanny du JOURNAL du DIMANCHE, Al Qaïda au Maghreb multiplie les actions contre notre pays… et il conviendrait partout ou presque d’adapter les consignes de sécurité, à l’intention des touristes et des expatriés. Cela avait été fait à Niamey. La preuve, il semble que la poursuite des preneurs d’otages de vendredi dernier ait mobilisé, et des gardes-policiers nigériens, et des soldats français. Un ou deux assauts. Comment Antoine et Vincent ont été tués, et où. Il faut attendre les rapports complets du Ministère de la défense et du Quai d’Orsay. Faut-il ajouter aujourd’hui aux mauvaises nouvelles de francophonie ? Pas sûr, mais il n’est pas interdit de regarder ce dimanche, à côté de son journal préféré, une carte d’Afrique, pour noter : 1) Que rien n’est réglé en Côte d’Ivoire. 2) Que les émeutes de la faim en Tunisie, sur lesquelles on est mal informé, continuent. 3) Qu’il y ait des morts, et des centaines de blessés dans les grandes villes d’Algérie, prend en urgence des mesures drastiques de réduction des taxes… sur l’huile, le sucre et la semoule. Last but not least… loin des pays francophones, en Afghanistan, comme le relèvent les journaux dominicaux, un sous-officier français, caporal-chef du RICM de Poitiers, a trouvé la mort samedi après-midi et deux autres soldats ont été blessés. C’est le 23ème depuis 2001. J’ai cherché une nouvelle plus réconfortante. Elle vient des Antilles et est reprise largement dans la presse ce dimanche. Aimé Césaire aura sa plaque au Panthéon au mois d’avril prochain à Paris. Nicolas Sarkozy l’a promis en arrivant à Fort-de-France. Césaire, poète de la négritude, avec Senghor. Césaire dont je disais hier qu’il prolongeait Apollinaire : « Comme la vie est lente… comme l’espérance est violente ». Dans nos Largarde et Michard… un poème de révolte des Martiniquais, qui pourrait être un éditorial, aujourd’hui. Il est intitulé : « A hurler ». « Salut cri rauque Torche de résine Où se brouillent les pistes Des poux de pluie et les souris blanches Fou à hurler je vous salue de mes hurlements plus blancs que la mort Mon temps viendra que je salue Grand large Simple Où chaque mot chaque geste éclairera Sur ton visage de chèvre blonde Broutant dans la cuve affolante de ma main Et là là Bonne sangsue là l’origine des temps Là la fin des temps Et la majesté droite de l’œil originel ».

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