Que reste-t-il du 11 janvier ?

Que reste-t-il de nos amours, que reste-t-il de ces beaux jours, une photo, vieille photo, de ma jeunesse… Que reste-t-il des billets doux, des mois d'avril, des rendez-vous, un souvenir qui me poursuit sans cesse… Bonheur fané, cheveux au vent, baisers volés, rêves mouvants, que reste-t-il de tout cela, dites-le-moi ! Non, je ne vous dirai pas ce qu'il reste de nos amours. Rêves mouvants, baisers volés, des rendez-vous, des mois d'avril. Mais du mois de janvier, en revanche, on peut parler. De cet esprit du 11 janvier , jour de la manifestation géante qui avait suivi la série d'attentats perpétrée à Paris.

« Esprit, est-tu là ? » , interroge LIBERATION , qui a choisi de mener l'enquête sur les secousses provoquées dans une société française qui oscille aujourd'hui entre repli identitaire et union nationale.

Rencontre, donc, avec un kiosquier de Barbès, qui se souvient de la frénésie de ses clients quand est sorti le premier numéro post-attentat de CHARLIE HEBDO . « Il y avait la queue dès 6 heures du matin, je n'avais jamais vu ça. Mais ce n'était pas des achats d'adhésion et la fièvre est vite retombée. Aujourd'hui, d'ailleurs, raconte-t-il, des passants me chahutent parfois en me disant qu'il faut exclure CHARLIE de mon kiosque. Je leur réponds que ce qui compte, c'est la liberté, et que chacun pense ce qu'il veut, mais ça ne va pas de soi pour tout le monde. »

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Rencontre avec le responsable d'une association du quartier de la Roseraie à Angers : « Ce qui a changé, confie-t-il, c'est mon sentiment d'avoir encore plus à me justifier, et que s'éloigne l'idée d'une société plus démocratique. Les familles musulmanes ont l'impression qu'on profite de la confusion du pays pour raviver les divisions. Et désormais, dit-il, j'ai plus peur du changement de notre société que du terrorisme. »

Ne pas raviver les divisions : c'est précisément ce à quoi s'emploie tous les jours Pauline Bebe, devenue il y a 25 ans la première femme rabbin de France. Elle a participé au grand rassemblement du 11 janvier l'an dernier, et voilà ce qu'elle explique au journal : « Manifester, c'est bien, mais il faut, et en profondeur, faire évoluer les esprits et présenter un visage moderne des religions. Si l'on écoute les fondamentalistes, il n'y aurait qu'une seule manière de penser. Or il faut réintroduire de la nuance, permettre à nos enfants de grandir dans le pluralisme et surtout leur apprendre à célébrer vie. »

Célébrer la vie, tandis que les terroristes célèbrent la mort. Toute la presse revient ce matin sur les découvertes de la police belge : les empreintes digitales de Salah Abdeslam retrouvées dans un appartement à Bruxelles. « Une planque en Belgique » , titre ainsi L'INDEPENDANT , précisant que ladite planque a sans doute servi d'atelier aux terroristes qui ont commis les attentats de Paris le 13 novembre.

« Et 2015 n'était peut-être qu'un entraînement » , prévient, sur le site de L'EXPRESS , un responsable de la lutte antiterroriste, sous le sceau de l'anonymat. « On va vers une espèce de 11 septembre européen ; des attaques simultanées, le même jour dans plusieurs pays. Un truc coordonné. Nous savons que les terroristes travaillent là-dessus. »

Que reste-t-il du 11 janvier ? Peut-être un sentiment de crainte. La peur pour l'avenir. A ce propos, LA DEPECHE DU MIDI nous explique que les attentats ont eu des mauvais effets sur le cœur. Conséquence du stress : on a noté une forte hausse du nombre d'hospitalisation des personnes souffrant de maladies cardiaques.

Que reste-t-il du 11 janvier ? Peut-être tout de même, çà et là, un petit peu plus d'humanité. C’est en tout cas ce que relève LIBERATION , qui fait état d’une augmentation du nombre de bénévoles s'engageant dans des associations. On savait déjà que la police et l'armée croulaient sous les candidatures. Mais toute l'année dernière, et plus encore depuis les attentats du mois de novembre, les volontaires se sont donc inscrits en masse dans les structures caritatives. Ainsi au Secours Populaire, où l'opération ‘Père Noël vert’ – qui va dans les maisons où le Père Noël rouge ne passe pas – a permis de distribuer cette année près de 400.000 colis – jouets, repas et autre. 400.000, c'est le double de l'année précédente. Le président de l'association s'étonne d'ailleurs de la contradiction qu'il constate : « Contradiction entre, d'un côté, la hausse de la violence, l'expression de la haine, du racisme et de l'autre, une nouvelle résistance sous la forme d'actes de solidarité. » Même constat à la Croix-Rouge, où le nombre de personnes inscrites aux stages de premier secours a bondi de 40% la semaine du 16 novembre. L'un de ses responsables a noté « une sorte de déclic, quelque chose qui a changé dans la tête des gens. Ils ont envie d'agir, de devenir acteur d'une manière ou d'une autre. »

Agir, c'est d'ailleurs ce que font aussi ceux qui portent secours aux migrants. Lire, à ce propos, le reportage de Gwenaëlle Lenoir dans l'hebdomadaire POLITIS . Le titre, c'est « Les héros anonymes de Lesbos » . Car c'est donc en Grèce que s'est rendue ma consœur, sur l'île de Lesbos où chaque jour, débarquent des canots remplis de réfugiés engoncés dans des gilets de sauvetage rouge et orange Vingt pêcheurs travaillent dans le port de Skala Sikaminias. Et quatre d'entre eux acceptent d'aller porter assistance à ces désespérés, qui viennent de Syrie, d'Afghanistan ou d'Irak. Parmi ces pêcheurs, il y a Pharos, qui explique les risques du sauvetage en mer. « Les réfugiés ont tendance à vouloir monter à bord, raconte-t-il. Et quand ils comprennent que leur embarcation et la mienne risquent de verser, ils me jettent parfois leurs bébé et j'ai peur. » Puis quand il rentre chez lui, Pharos lance à sa femme : « Encore une journée de pêche de perdue ! » Mais cette dernière confie : « A chaque fois, il râle, parce qu'il ne peut plus poser ses filets de peur que les canots des réfugiés se prennent dedans, mais il se déroute toujours quand il voit une embarcation en difficulté. » De nombreux bénévoles étrangers sont également sur place. Pour prêter main forte. Par humanité. Ils viennent de toute l'Europe. Ils disent que leur devoir est d'être là.

Lire aussi dans LE FIGARO , le reportage d'Eugénie Bastié dans la zone industrielle de Grande-Synthe, aux portes de Dunkerque. Cette fois, donc, c'est chez nous, et c'est comme à Calais, la jungle de Calais, mais en pire… « Un camp où s'entassent plus de 2.500 migrants, pour la plupart des Kurdes d'Irak. Un bidonville qui tient plus de la porcherie que du village médiéval. Pas un endroit sec et propre pour s'asseoir. Partout la boue, le froid, l'humidité. On circule sur des chemins constitués de planches, de palettes, de matelas imbibés d'eau. Des sacs de terre, des bottes usées, et des déchets entourent les frêles tentes. Une vingtaine de toilettes chimiques débordent d'excréments. Il y a une vingtaine de douches, mais toutes ne fonctionnent pas, car le système électrique est saturé. Seules 200 personnes peuvent se laver chaque jour. »OUEST FRANCE fait d'ailleurs sa Une sur le sujet : « Chez nous, en France, le camp de la honte. »

Et que restera-t-il de Christiane Taubira ? Question posée ce matin par tous les éditorialistes, après que la garde des Sceaux a redit son opposition à la déchéance de nationalité pour binationaux condamnés pour terrorisme. Des éditorialistes qui jugent son maintien au gouvernement impossible. Pascal Coquis, LES DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE : « L'art du grand écart a ses limites, et l'actuelle garde des Sceaux va avoir du mal à tenir longtemps sa position. Soutenir une réforme le matin et la critiquer le soir : quand on est ministre de la République, c'est une forme de schizophrénie rédhibitoire. » Grégoire Bisseau, LIBERATION : « On conviendra que sa position est aujourd'hui sinon intenable du moins baroque. Sauf à finir de discréditer la politique pour du bon, le minimum que l'on est en droit d'exiger d'un ministre est qu'il soit en accord avec le texte de loi qu'il défend dans l'Hémicycle. » Yves Thréard, LE FIGARO : « On s'attendait à ce que la ministre de la Justice présente sa démission. Accompagné de quelques formules bien tournées, le geste aurait eu du panache. Le ridicule ne tue pas, mais plus ça va, plus l'icône de la gauche deviendra la risée de la politique française. »

Pour le reste, on retiendra ce témoignage d'un dealer dans LA PROVENCE . Il décrit un trafic qui explose à Marseille. « Une avalanche de coke » , titre le quotidien. Dans le département, 60 kilos de cocaïne ont été saisis l'an dernier. Une drogue très souvent de mauvaise qualité, mais de plus en plus facile à se procurer.

L'inquiétude des propriétaires de chiens à Sedan. C'est à lire dans L'ARDENNAIS . La parvovirose, nom barbare de la gastro-entérite canine qui sévit dans la ville a tué une cinquantaine de chiens en deux mois. Une maladie qui se propage, entre autre, à cause de la douceur des températures.

Autre conséquence d'un climat très peu hivernal : on trouve encore dans les sous-bois des cèpes et des girolles, ainsi que le constate CENTRE PRESSE, LE JOURNAL DE L'AVEYRON .

Et puis dans L'ECLAIR et LA REPUBLIQUE DES PYRENEES , hommage au béarnais André Courrèges, mort hier à l'âge de 92 ans. Il était né à Pau, où il avait créé ses premiers ateliers de couture. Ceux-ci avaient compté jusqu'à 300 salariés. Courrèges, à l'avant-garde de la mode des années 60 et auquel on doit, notamment, d'avoir su populariser la mini-jupe. Et ce grâce à son égérie de l'époque, la chanteuse Françoise Hardy.

Et c'est d'ailleurs avec les mots d'une chanson de Françoise Hardy que commence le papier que Romain Lafont consacre à Zinedine Zidane dans L'EQUIPE : « C'est le temps de l'amour, des copains sur le terrain, et d'une aventure ». En l'occurrence, son aventure en tant qu'entraîneur du Réal de Madrid. Premier match ce soir, face à La Corogne, et le quotidien sportif prévient : « triompher sur le banc après avoir été si brillant sur le terrain n'est pas garanti » .__ On devrait donc savoir ce soir ce qu'il reste de Zizou.

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