Bonjour à tous… C’était un 9 mai… Il y a 70 ans… le Général Rommel, commandant des 218 chars allemands massés face aux Ardennes, écrit à sa femme Lucie : « Enfin ! Nous faisons nos bagages, et pas pour rien, espérons-le. Vous aurez toutes les nouvelles dans les jours qui viennent, par les journaux. Ne vous faites pas de souci. Tout ira bien… ». Le lendemain, qui était un vendredi, loin des Ardennes, le Colonel de Gaulle, qui attendait que sa division blindée soit constituée écrit lui aussi à son épouse Yvonne : « Ma chère petite femme chérie… Voici donc la guerre, la véritable guerre commencée. Je serais cependant assez surpris si les opérations actuelles de Hollande et de Belgique, devaient constituer vraiment la grande bataille franco-allemande. Cela viendra plus tard. En tout cas, il faut s’attendre à une activité croissante des aviations, et prendre des précautions. Pour toi, pour le tout-petit, Colombey serait un bon gîte. Fais donc bien attention, de jour, à rentrer s’il y a alerte, et le soir, à bien éteindre les lumières… Pour Philippe, à Paris, qu’il ne fasse pas inutilement le malin… si l’on tire… ». Ce courrier posté… de Gaulle se rend à ses bureaux de commandement au Vésinet. Il aura 48 heures pour constituer l’état-major de sa division et la mettre en état de combattre. Il y a urgence, mais il faut faire face. C’est Max Gallo, qui signe ce texte, dans sa chronique de l’année 40, « De l’abîme à l’espérance », aux éditions XO. Et chacun se souvient, qu’un mois plus tard, à Londres, le 18 juin, après la défaite et l’annonce de l’armistice, de Gaulle devenu Général écrivait : « La flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra jamais ». Dimanche 9 mai 2010… Ce matin, le PARISIEN salue comme il convient Eugénie Blanchard, la doyenne française de l’humanité, qui a fêté ses 114 ans, le 2 mai dernier, à Saint-Barthélémy aux Antilles. L’ancienne religieuse qui doit tenir 3.000 jours encore, pour battre le record de longévité de Jeanne Calment, est née sous la 3ème République en 1896. Elle avait donc 44 ans, lorsque Charles de Gaulle lançait à Londres son appel à tous les Français. 49, lors de la capitulation allemande qui mettait fin à la deuxième guerre mondiale... Et 54 ans seulement lorsque Robert Schuman, ministre français des affaires étrangères, lançait au Quai d’Orsay son appel à l’Allemagne, pour créer la communauté charbon-acier, amorce de l’Union européenne. Le journal la CROIX revient sur ce grand événement aujourd’hui avec Jacques Delors, jeune homme de 84 ans, et sa petite-fille, Clémentine Aubry, bébé d’une trentaine d’années, diplômée d’Histoire de l’Art et d’économie publique. « L’obstacle qu’a dû franchir, il ya 60 ans, Robert Schuman », affirme Jacques Delors, « était infiniment plus grand que les problèmes auxquels sont confrontés les Européens aujourd’hui. Vous savez », ajoute-t-il devant mes confrères de la CROIX, « quand on a voulu plus tard faire l’euro, cette grande conquête politique, 65 % des Allemands étaient contre l’abandon de leur monnaie nationale. Helmut Kohl a pourtant réussi à les convaincre, sans se laisser aller à des remarques désobligeantes, sur les pays du Club Med, comme on disait des états-cigales à l’époque »… « Aujourd’hui », poursuit Jacques Delors, « c’est vrai, l’euro comme grande conquête politique est menacé. Mais il ne suffit pas de dire à un des membres de l’Union de mettre de l’ordre chez lui, à telles conditions, puisque le Conseil des ministres de l’euro, n’a rien vu venir depuis 4 ans ! Il est co-responsable et doit mettre la main à la poche pour la Grèce. Mais pas seulement. Il doit aussi adopter un mode de gouvernance combinant le développement économique, la stabilité financière et la gestion de l’euro ! » Je ne sais pas si Jacques Delors sera pleinement satisfait des solutions proposées à Bruxelles ce week-end… et de la réponse systémique à la crise du système que réclame Nicolas Sarkozy. Toujours est-il que le MONDE, daté dimanche-lundi, salue déjà « la mobilisation générale des Européens, contre le risque de contagion mondiale né du désastre grec ». Et Philippe Ricard, responsable du bureau européen du MONDE à Bruxelles, de faire grand cas de la création annoncée par les dirigeants européens, d’un fonds d’urgence d’assistance financière. Cette solution, selon mon confrère du MONDE, est inédite. Elle est autorisée par le traité et pourrait éviter aux Etats membres de l’Union, l’effet domino, tant redouté. L’aide exceptionnelle nécessaire serait financée par un emprunt de la Commission, et garanti, soit par le budget communautaire, soir par les Etats. Cette facilité a déjà servi à des Etats non membres de l’Union monétaire pris dans la bourrasque de la crise… la Hongrie, la Roumanie et la Lettonie. La Grèce, au bout de tout cela, et de ses propres efforts, sera-t-elle au moins sauvée de la faillite, demande Henri Lauret, sceptique comme Diogène, dans son éditorial du NOUVEL ECONOMISTE. Probablement oui, puisque les Grecs n’auront pas recours au marché, avant 18 mois. On peut penser en effet, que le plan européen saura l’immuniser contre la spéculation. Seulement voilà, ajoute Lauret, les spéculateurs ne vont pas désarmer de sitôt, et l’euro va rester longtemps dans leur tenaille… malgré Sarkozy et Merkel dont on attend toujours qu’ils mettent au pas, comme ils l’avaient promis, les agences de notation qui stimulent sans vergogne, la spéculation en question. Et mon confrère du NOUVEL ECONOMISTE de conclure sur un jugement mitigé. « Bon, l’Europe laborieuse va peut-être s’éviter un méga-désagrément politique. Mais n’oublions pas que les Grecs insouciants, ne sont pas seuls, à avoir fait la nouba. Il y a beaucoup de Grecs en Europe ». « Et ben dis-donc », titre à Limoges le POPULAIRE du CENTRE, « il est pas joyeux l’anniversaire de l’Europe ». Les DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE se réjouissent néanmoins d’avoir, je cite, entendu hier à Colmar, Nicolas Sarkozy prononcer les mots justes, sur les Malgré-nous, enrôlés de force dans les troupes allemandes, lors de la seconde guerre mondiale. Ils étaient, a dit le Président de la République, victimes d’un véritable crime de guerre. Crime dont les responsables étaient nazis et les complices au gouvernement de Vichy. Et nous revoici aux commémorations… peut-être agaçantes pour les dernières générations, mais bouleversantes pour les survivants qui n’ont pas, et de loin, l’âge limite d’Eugénie Blanchard. Et ceux-là se souviennent comme si c’était hier, du 8 mai 1945 et de la capitulation allemande que les Russes vont célébrer aujourd’hui à Moscou. Je promettais hier, d’y faire référence, avec l’édito d’Albert Camus dans Combat, écrit le 8 mai 45 de la victoire et publié le 9. En voici un extrait : « L’histoire des hommes est semée de triomphes militaires. Mais jamais peut-être victoire n’aura été saluée par tant de bouches bouleversées ». « Et c’est ainsi que le jour de la liberté est celui d’un cri sans cesse répété par des millions de voix. C’est ainsi encore que dans Paris, entre le printemps et l’été une prodigieuse clameur s’est élevée, qui n’a pas cessé de retentir dans la nuit. Nous n’oublierons pas cela. Cet appel était celui de l’esprit libre qui s’incarnait dans tout un peuple. Et cette guerre a été menée à son terme pour que l’homme garde le droit d’être et de dire ce qu’il est. Les hommes de notre génération l’ont compris. Plus jamais ils ne céderont sur ce terrain. Ils ne se laisseront pas fermer la bouche ».

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