Bonjour à tous… Politiquement muets en ce dimanche d’élections, les journaux s’en remettent à la neutralité discrète des photos. C’est ainsi que LES DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE ont choisi de montrer des mains anonymes, glissant une enveloppe blanche dans l’urne d’une commune indéterminée. Au-dessus de la photographie, un titre : « Aujourd’hui on vote pour désigner conseillers municipaux et conseillers généraux ». Au-dessous, trois lignes de légende explicative : « 44 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour le 1er tour des municipales. 20 millions d’entre eux renouvelleront les élus de leurs cantons. 10 mois après l’élection présidentielle, c’est un test d’ampleur nationale. » LA VOIX DU NORD s’en tire elle aussi, avec une belle photo de Marianne tricolore, et une manchette-cliché inspirée de l’almanach Vernot : « Jour J dans nos communes… C’est la fête des maires ! » Pas de pagnolade en revanche au journal LA PROVENCE qui rassemble sur sa première page, une carte d’électeur anonyme, des mains anonymes au-dessus d’une urne transparente, avec en toile de fond, le buste de Marianne. Au-dessus, ce simple titre en caractères d’affiches, « Acte I » pour mieux rappeler qu’il faudra sans doute, retourner voter dimanche prochain. L’ECLAIR DES PYRENEES ajoute à cela un petit vade-mecum du parfait électeur, et LE BIEN PUBLIC de Dijon, un commentaire rassembleur : « Scrutin local et test national ». LE PARISIEN lui, ne craint pas d’aller plus loin en expliquant que ce retour aux urnes des Français est un test pour Nicolas Sarkozy et sa majorité UMP. Attitude identique de Gérard Courtois dans LE MONDE daté dimanche-lundi, où le chroniquer revient sur ce qu’il appelle « la mue présidentielle de Nicolas Sarkozy ». « Cet homme, écrit-il, après son élection brillante de 2007, a vu son image démantibulée, et son crédit s’effondrer. C’est un stupéfiant retournement. » Plus discret, LE JOURNAL DU DIMANCHE préfère attendre et voir les résultats ce soir. En évoquant tout de même, « un vote à part… c'est-à-dire pas comme les autres, dans notre longue histoire démocratique ». LE JOURNAL DU DIMANCHE y ajoute sur deux pages, un album de photos de personnalités, équilibré au trébuchet des engagements et de la notoriété. Vous verrez donc en page 2, une photo de François Fillon soutenant son candidat à Laval dans la Sarthe. En page 3, Alain Juppé, attablé à une terrasse de café bordelais, Bertrand Delanoë au marché place d’Anvers, hier à Paris, François Hollande, hier aussi, mais chez lui, à Tulle, en Corrèze. Et, fermant la marche, François Bayrou, tapant le carton, à Pau, dans un café fréquenté, nous dit la légende sous la photo, par des Portugais. Dominant ce kaléidoscope du JOURNAL DU DIMANCHE, la photo la plus réussie, esthétiquement parlant, est celle où l’on voit Nicolas Sarkozy, debout près de la table présidée hier midi à l’Elysée par Carla Bruni, au déjeuner des 150 femmes d’exception. Exceptionnel aussi, mais c’est un avis d’inconditionnel du caricaturiste Wolinski… lequel a dessiné en page 13 du JOURNAL DU DIMANCHE, le tableau d’une famille française, évoquant la Journée de la Femme, et la bataille de la parité largement inachevée. Le père est assis sur le canapé du salon, et lit le journal. Ou plutôt fait semblant. La mère met le couvert, et la fille, allongée par terre, les pieds sur le canapé, interroge : « Maman, pourquoi les femmes, même si elles sont plus compétentes que les hommes, sont bien moins payées qu’eux ? » Réponse de la maman, sexy à souhait dans son jeans moulant : « Parce qu’une femme plus compétente que ses dirigeants, a intérêt à jouer les connes, et a accepter un salaire inférieur si elle veut garder son job. » On dirait du Pierre Desproges… Desproges dont L’HUMANITE DIMANCHE nous dit que, vingt ans après son mort, l’humoriste est bien vivant, et que France Inter a bien raison d’en célébrer les délires les plus flagrants. L’HUMANITE rappelle qu’au tribunal politico-comique de Claude Villers, Desproges n’épargnait personne, ni la gauche, ni la droite, ni les Français, ni les Belges, pas même les malades, la preuve ce dicton prémonitoire… « Plus cancéreux que moi, tumeur. » TELERAMA consacre aussi son édition du 8 au 14 mars à un humoriste méchamment absent depuis vingt ans, qui osait provoquer son public au petit théâtre du musée Grévin, en commençant : «On me dit qu’il y a des juifs qui se sont glissés dans la salle. » Et le même ajoutait : «Il vaut mieux rire d’Auschwitz avec un juif que jouer au scrabble avec Klaus Barbie. » Nicolas Delesalle commente… « Cinglant, lettré, Pierre Desproges fustigeait la bonne conscience des années 80 »… Avec une cruauté dont on n’a pas idée aujourd’hui. Exemples cités, quelques phrases célèbres de l’humoriste regretté : «Je suis sûr qu’il y a plus d’humanité dans l’œil d’un chien quand il remue la queue, que dans la queue de Le Pen quand il remue son œil. » Et celle-ci sur la vulgarité : «La vulgarité, ce n’est pas de dire des gros mots. C’est Patrick Sabatier qui fait semblant de s’apitoyer sur une matrone variqueuse dont il n’a rien à foutre, et qui lui offre une Fiat alors qu’elle ne sait pas conduire. » Et quand on demande à Desproges, qui passait des heures, pour cinq minutes de verve, s’il était écrivain, il répondait : «Sûrement pas, Maurice Genevoix qui marche pensivement dans la forêt en regardant les écureuils baiser dans les arbres, ça c’est un écrivain, moi je suis un écriveur peut-être ! » TELERAMA… vingt ans sans Desproges… déjà ! Vingt ans et un peu plus sans Malraux, dont tout le monde, y compris Nicolas Sarkozy, prétend qu’il avait dit : «Le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas… » Que nenni, affirme Pierre Assouline, dans sa chronique du MONDE 2, avec la rockeuse Patti Smith en couverture. C’est faux, assure mon confrère, critique littéraire… La formule si souvent donnée comme étant signée Malraux, lui paraissait d’autant plus ridicule, qu’il se savait moqué pour son emphase légendaire. Et Assouline d’apporter pour preuve, ce que l’auteur de La Condition Humaine disait à Pierre Desgraupes, en 1975, dans l’hebdomadaire LE POINT : «Je n’ai jamais dit cela. Car je n’en sais rien. Ce que je dis du XXIème siècle est plus incertain. Je n’exclus pas la possibilité d’un événement spirituel à l’échelle planétaire. » Régis Debray, passionné par les grandes religions monothéistes, et de retour d’un voyage en terre sainte, en débattait hier soir chez F.O.G. sur la 5… avec Tariq Ramadan… lequel déplorait, comme une partie de la presse ce dimanche, qu’Israël soit l’invité d’honneur, de la France et de son Salon du Livre. Et je m’aperçois que je n’ai rien dit d’une autre guerre, celle qui a saisi le patronat… «Vous saviez l’histoire de l’argent noir de l’UIMM depuis l’été, Madame Parisot ! »… Voilà ce que disent Messieurs Gautier-Sauvagnac et Dewavrin. «C’est faux, vous mentez » répond Madame Parisot. Je ne sais pas si je dois vous lire tous les commentaires du JOURNAL DU DIMANCHE et de la presse en général aujourd’hui… Non ! Je préfère citer un écrivain qui m’apparaît d’actualité, et que MM. Gautier-Sauvagnac et Dewavrin, ainsi que Madame Parisot, ont forcément étudié au lycée. Vous savez, celui qui disait : «Bon appétit, messieurs ! - Tous se retournent. Silence de surprise et d’inquiétude. Ruy Blas se couvre, croise les bras, et poursuit en les regardant en face. O ministres intègres ! Conseillers vertueux ! Voilà votre façon De servir, serviteurs, qui pillez la maison ! Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure, L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure ! Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts Que remplir votre poche et vous enfuir après ! Soyez flétris, devant votre pays qui tombe, Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe ! - Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur. L’Espagne et sa vertu, l’Espagne et sa grandeur, Tout s’en va. – nous avons, depuis Philippe Quatre, Perdu le Portugal, le Brésil, sans combattre ; En Alsace Brisach, Steinfort en Luxembourg ; Et toute la Comté jusqu’au dernier faubourg ; Le Roussillon, Ormuz, Goa, cinq mille lieues De Côte, et Fernambouc, et les montagnes bleues ! Mais voyez. – du ponant jusques à l’orient, L’Europe, qui vous hait, vous regarde en riant. » C’était un extrait de Ruy Blas , de Victor Hugo

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