Bonjour à tous… Que choisir : le Journal du Dimanche qui publie en première page, une photo de Carla Bruni-Sarkozy, ou Le Parisien qui salue en tête de journal le grand retour de Ségolène Royal ? Que choisir les quotidiens de Lille et de Roubaix-Tourcoing, impressionnés par les sabotages de caténaires sur le TGV-Nord ou les journaux de l’Ouest, qu’enthousiasme le départ, aux Sables-d’Olonne, tout à l’heure, des 30 skippers du Vendée Globe ? Que choisir, enfin, en ce week-end du 11 novembre, la commémoration de l’armistice de 1918, ou le souvenir de la nuit de cristal du 9 novembre 38 ? Le Bien Public de Dijon, les Dernières Nouvelles d’Alsace, Le Républicain Lorrain, l’Indépendant catalan privilégient le 90ème anniversaire de la fin de la grande guerre, qui sera célébrée solennellement mardi et relèguent au second plan le souvenir du pogrom nazi de la Kristall Nacht. Peut-être y a-t-il, trop de confusions dans les mémoires, trop de souvenirs, trop de commémorations, comme le souligne ce matin, Le Parisien, en publiant les conclusions du rapport commandé à l’historien André Kaspi, par le gouvernement, sur l’inflation des célébrations nationales. On en compterait douze actuellement. 8 mai. 14 juillet. 11 novembre. avec une journée de la déportation en avril, une commémoration de l’abolition de l’esclavage le 10 mai décrétée sous le gouvernement Jospin. Le 8 juin, hommage aux morts d’Indochine, voulu par Chirac Villepin. 17 juin : hommage à Jean Moulin. 18 juin, commémoration de l’appel du Général de Gaulle. 16 juillet : hommage aux Justes. 25 septembre hommage aux harkis… 5 décembre, aux morts de la guerre d’Algérie. Trop de commémorations tuent les commémorations, tel est le sentiment de la commission Kaspi, rejoignant en cela l’inquiétude exprimée publiquement sur ce point par Nicolas Sarkozy. Selon les auteurs du rapport, il conviendrait de garder trois dates de commémoration nationale pour éviter, les excès communautaristes, des repentances diverses, exprimées ces dernières années. Le 11 novembre pour commémorer les morts du passé et du présent, le 8 mai, pour rappeler la victoire de 1945 sur le nazisme et la barbarie, et le 14 juillet, pour exalter les valeurs universelles de la Révolution française. Bruno Fanucchi, a interrogé sur ce point Jean-Marie Bockel, le secrétaire d’Etat à la Défense et aux anciens combattants. Le 11 Novembre, lui a-t-il demandé, a-t-il encore un sens, puisque le dernier Poilu est mort ce matin. Réponse du ministre plutôt courroucé… Pas question d’y toucher. Pas question de faire à l’américaine, un Memorial Day… La mort de Lazare Ponticelli, marque selon lui une transition générationnelle. « On passe », dit-il, « dans le ‘temps de l’Histoire’, un temps où nous commémorerons désormais ces évènements sans la présence des derniers témoins de la Grande Guerre. Mais cela renforce le besoin de les commémorer dans une perspective renouvelée : c’est-à-dire en mettant l’accent sur la transmission du souvenir aux jeunes générations. La pire des choses serait l’oubli ! ». La presse à cet égard, fait un remarquable effort de pédagogie, en publiant, numéros spéciaux, suppléments tirés à part, Hors Série, qui méritent le détour, au terme d’une semaine de grande espérance américaine. Voyez à cet égard, le dossier 14-18 de l’Express sur les derniers secrets de la grande guerre. Voyez le hors-série du Figaro sur le siècle de ceux qui ont bravé, le froid, la boue, les privations, la mort qui frappe au hasard comme l’écrit Michel de Jaeghere. Voyez, les textes inédits, les témoignages, les photographies du Hors-Série du Monde consacré à 14-18, et aux traces laissées en Europe, par ce qu’on croyait être la der des der. Difficile de les citer tous, mais je voudrais faire une mention particulière de l’édition chez Robert Laffont, du témoignage posthume du Docteur Maufrais. « J’étais médecin dans les tranchées. Pendant 4 ans, ce héros anonyme a soigné, les pieds de boue et les mains dans le sang ». Le Quotidien du Médecin, évoquait cette semaine, les souvenirs de Maufrais, et rappelait aussi que le médecin, en 14-18, fit malgré les horreurs d’incroyables progrès. Mention particulière enfin, à destination peut-être des collégiens, de ce poème d’Aragon, mis en musique par Léo Ferré, et éditorial témoignage pour tous les 11 Novembre passés et avenir. « Tu n'en reviendras pas toi qui courais les filles Jeune homme dont j'ai vu battre le coeur à nu Quand j'ai déchiré ta chemise et toi non plus Tu n'en reviendras pas vieux joueur de manille Qu'un obus a coupé par le travers en deux Pour une fois qu'il avait un jeu du tonnerre Et toi le tatoué l'ancien Légionnaire Tu survivras longtemps sans visage sans yeux On part Dieu sait pour où Ça tient du mauvais rêve On glissera le long de la ligne de feu Quelque part ça commence à n'être plus du jeu Les bonshommes là-bas attendent la relève Roule au loin roule le train des dernières lueurs Les soldats assoupis que ta danse secoue Laissent pencher leur front et fléchissent le cou Cela sent le tabac la laine et la sueur Comment vous regarder sans voir vos destinées Fiancés de la terre et promis des douleurs La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs Vous bougez vaguement vos jambes condamnées Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit Déjà vous n'êtes plus qu'un nom d'or sur nos places Déjà le souvenir de vos amours s'efface Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri ». Je ne sais si trop de souvenirs, nuit au souvenir, mais, nous sommes le 9 novembre, et dans la nuit du 9 au 10 novembre 38, il y a 70 ans les bandes SA et SS détruisirent outre-Rhin, 250 synagogues, 7.500 magasins et entreprises exploités par des juifs, et firent 92 morts, 30.000 déportés. Ce fut le point culminant de la vague antisémite ordonnée par Hitler, et mise en œuvre, par Goebbels, et Heydrich. Ce fut, la Reichskristallnacht, la nuit de cristal, que les témoins survivants, peuvent encore évoquer, à la radio, et dans les lycées, si on a la bonne idée de les inviter. Patrice Gélinet, le fera sur Inter cette semaine, qu’il en soit remercié ! Je lis en revanche, dans le Journal du Dimanche, que le ministre Jean-Pierre Jouyet, proposera de supprimer le 8 mai… pour le remplacer, par une journée de l’Europe. Faut voir, mais le 8 mai 1945 fut bien, la victoire des alliés européens et américains sur la barbarie nazie… Une chanson pour finir ? Oui, de Jean-Loup Dabadie… « Femmes je vous aime », puisque je vous le disais en commençant… Le Journal du Dimanche… n’a d’yeux que pour Carla Bruni… et Le Parisien, pour Ségolène Royal…

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.