« Ma vie, c’est le hasard », disait-il souvent en souriant.

« Ma vie, c’est le hasard », disait-il souvent en souriant. Et il souriait beaucoup. Un sourire doux et bienveillant, des yeux rieurs et une carrure de rugbyman qu’affichent à leur Une ce matin bon nombre de journaux : Pierre Tchernia est donc mort hier à l’âge de 88 ans, et toute la presse revient sur le parcours de celui qu’on appelait « Monsieur Cinéma ». Mais il était surtout un pionner de la télévision, ainsi que le rappelle Sylvain Merle dans LE PARISIEN. Journaliste, réalisateur, animateur, inventeur. Il était là lors du premier journal télévisé, en 1949. Là encore pour le tout premier reportage en couleurs et là pour les premiers directs…

Pendant près de soixante ans, il a imaginé des programmes à la pelle, ancrés désormais dans la mémoire collective des téléspectateurs. De l’actu satirique, avec « La Boîte à sel », de l’info sérieuse avec « Cinq colonnes à la Une », du divertissement – « La piste aux étoiles », des programmes pour enfants – « L’ami public n°1 » et puis, bien sûr, du cinéma : c’était le jeu « Monsieur Cinéma », devenu « Mardi cinéma ». « Il nous a appris la passion du cinéma, la connaissance pas pédante et l’humour bienfaisant », a tweeté hier Pierre Lescure, patron du Festival de Cannes, tandis que son prédécesseur Gilles Jacob expliquait que Tchernia « a rendu le grand public cinéphile sans qu’il s’en aperçoive ».

Hommages unanimes dans les journaux ce matin, tous évoquant la mort de l’un des derniers « géants de la télévision ». Un géant attachant, dont la carrière fut relancée par l’émission d’Arthur « Les enfants de la télé »… « Ma vie, c’est le hasard », disait-il souvent en souriant. Et en rappelant que son père était immigré ukrainien. Ses ancêtres n’étaient donc en rien des Gaulois. Et pourtant, si la presse lui rend un tel hommage, c’est bien parce qu’il fut l’un des pères de la télévision française.

Le père de Pierre Tchernia s’était donc réfugié en France. La France, terre d’accueil. Mais aujourd’hui, tout montre que l’époque franchement changé. Pour preuve, les défilés qui se sont déroulés hier.De l’Essonne au Var, en passant par Montpellier et la Drôme : dans quatre communes, des centaines de personnes ont manifesté hier pour dire leur refus d’accueillir des migrants venus de la jungle de Calais… La France, terre de repli.

Cependant, il en est qui déploient, à l’inverse, une belle énergie pour accueillir au mieux ceux que la misère ou la guerre a contraint à l’exil. Lire, notamment, dans ELLE, le portrait de trois parisiennes qui ont compris que l’intégration passait par le langage. « L’intégration sur le bout de la langue » : c’est le titre du papier, qui nous explique donc le projet que mènent bénévolement Judith Aquien, Héloïse Nio et Jennifer Leblond. Comment aider les réfugiés ? En leur transmettant le savoir le plus essentiel pour vivre et travailler dans notre pays : en l’occurrence, la langue française.

Il y a quelques mois, les trois jeunes femmes ont ainsi fondé une école, qu’elles ont baptisée THOT, en référence au Dieu égyptien du savoir. Une école gratuite pour les réfugiés et demandeurs d’asile, école financée par des dons. Les élèves sont originaires de Syrie, du Soudan, d’Erythrée, du Tchad, d’Afghanistan… Tous pourraient dire d’ailleurs que leur vie, « c’est le hasard »… Et après avoir suivi dix heures de cours de langue par semaine, ils passeront dans quelques jours l’examen pour obtenir un diplôme d’aptitude au français reconnu par l’Etat. Un pari ambitieux. Un pari généreux. Et, au départ, une certitude, qui sonne comme une évidence : se comprendre est bien la clé de l’intégration.

Toute la presse revient par ailleurs sur les outrances sexistes du milliardaire Donald Trump. Les dernières révélations des médias américains l'ont amené à présenter des excuses. Mais il est aujourd'hui lâché par une partie des membres du parti républicain. « Trump dans la tourmente », commente LE TELEGRAMME, tandis que LE JDD juge qu’il est « au bord du gouffre » à quelques heures seulement de son 2ème débat face à Hillary Clinton.

Les journaux reviennent également sur l’action menée par les opposants au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes… Des opposants qui ont « montré leur force » hier, comme le titre PRESSE OCEAN. 12.800 manifestants selon la préfecture, et 40.000 selon les organisateurs, ont arpenté hier les chemins de la Zone A Défendre afin de prévenir le gouvernement : toute tentative d’évacuation de la zone, tout commencement de travaux rencontrera l’opposition de milliers de personnes. « Nous sommes là, nous serons là ! », a plusieurs fois lancé la foule, ainsi que le rapporte le site MEDIAPART, précisant que les manifestants ont planté des bâtons sur place, en signe de leur engagement. Bâtons qu’ils sont censés venir récupérer en cas d’évacuation. « Ils ont la répression. Nous, on a les bâtons » : c’est la citation qui sert de titre à l’article.

MEDIAPART, qui se fait par ailleurs l’écho de la grande préoccupation des services de renseignement face à la candidature de Nicolas Sarkozy, et face à l’éventualité de son retour à l’Elysée. A la DGSI, ce « FBI à la française » qu’il a lui-même créé, comme dans les autres départements de la surveillance hexagonale, on n’a toujours pas digéré sa décision de supprimer les RG – les Renseignements Généraux. Mais au-delà de son action passée, c’est surtout son programme et son comportement, qui, semble-t-il, inquiètent les espions français engagés dans la lutte contre le terrorisme.

En la matière, son programme, c’est notamment l’internement administratif des personnes fichées S « les plus dangereuse ». Décision qu’il souhaite faire valider par référendum dès le mois de juin prochain. Jeudi soir, il a même annoncé un deuxième référendum, celui-ci concernant « la suspension de l’automaticité du regroupement familial ». Immigration, sécurité : « Nicolas Sarkozy a ressorti son costume bonapartiste du placard », commente Matthieu Goar dans LE MONDE, soulignant qu’il est « en quête d’un nouveau souffle », sa campagne traversant actuellement « un violent trou d’air »… Sondages à la baisse, ralliements en série en faveur de Juppé, sans compter les documentaires et les livres à charge revenant sur les affres du quinquennat passé…

Parmi ces livres, il y a, bien sûr, celui de son ancien conseiller, le sulfureux Patrick Buisson, dont le pamphlet « La Cause du Peuple » s’est déjà vendu à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaire. Buisson qui s’exprime ce matin dans les colonnes de NICE MATIN… Sa première interview dans la presse régionale. Et il continue de cogner sur l’ex-chef de l’Etat, dont il fut pourtant le mentor durant huit ans. Il prédit sa défaite et sous-entend que son livre n’est, somme toute, que la réponse du berger à la bergère. « Sarkozy a voulu ma mort professionnelle et sociale, et j’aurais dû ne jamais prendre la parole pour me défendre ? » Et quand Jérémy Collado l’interroge sur les fameux enregistrements clandestins qu’il a réalisés – enregistrements perçus par l’ancien président comme une trahison, Buisson rétorque qu’il n’y avait là, chez lui, « aucune déloyauté » et que c’était « le seul moyen de pouvoir disposer d’un verbatim fidèle ». Et il ajoute, cinglant : « S’il y a une trahison dans cette affaire, c’est celle de Sarkozy à l’égard de l’électorat qui l’avait élu en 2007. »

Mais alors, aujourd’hui, « Nicolas Sarkozy peut-il encore rebondir ? » C’est la question que pose à sa Une le JOURNAL DU DIMANCHE. L’intéressé s’est longuement confié au journal. Il tient un meeting au Zénith de Paris cet après-midi et il se dit « inébranlable ». Très fier des chiffres d’audience de son interview de jeudi sur France 2… « Alors qu’il y avait un match de foot sur TF1 », dit-il… Il juge que l’actuelle juppémania n’est rien d’autre qu’un « phénomène artificiel ». Et il enfonce le clou : « Y a-t-il un déplacement où Juppé ait suscité l’amour ? Une réunion publique où il y a eu du monde ? Un de ses livres qui ait marché ? C’est totalement hors-sol, ajoute-t-il, avant d’asséner : « Si vous regardez l’électorat de droite, c’est plié : c’est moi. » Bref. Il y croit toujours.

Vous aurez reconnu le générique de « Monsieur Cinéma »… Composition de son ami Jacques Calvi. Et la voix de Pierre Tchernia, qui racontait parfois les aventures d’Astérix… Une voix chaude qu’on aurait aimé entendre commenter les dernières infos concernant notre télévision. Par exemple les nouveaux programmes des après-midi de France Télévision. Audiences catastrophiques. LE MONDE évoque « le vaisseau amiral France 2 dans la tempête ». On aurait bien aimé aussi avoir l’avis de Pierre Tchernia sur la nouvelle émission d’M6 : « Une ambition intime », dont le premier numéro sera diffusé ce soir. Des interviews « intimes » d’hommes et de femmes politiques, par l’animatrice Karine Lemarchand. Laquelle, dans LE PARISIEN, confie que ce dont elle rêvait plus jeune, c’est d’être chanteuse, et qu’elle est absolument « nulle en politique ». Ça a le mérite de la franchise, mais ce matin, sincèrement, on se dit que Pierre Tchernia manquera.

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