Bonjour à tous !… Avec la presse ! Pour le plaisir et l’oxygénation de la pensée. A propos, « A quelle heure, vous levez-vous », voilà ce que demande opportunément dans son supplément Paris-Ile de France Le Nouvel Observateur, qui publie aussi cette semaine une interview riche en couleurs de Gérard Depardieu. Depardieu que l’on verra mercredi sur les écrans, dans le film de Xavier Giannoli « Quand j’étais chanteur » dit aussi, qu’il « joue les chanteurs de bal d’autrefois, pour faire plaisir aux gens, et leur donner à penser. » Il révèle également qu’il trouve ses sources de vie et d’énergie en regardant les gens comme un mystère et en allant au cinéma, voir et revoir les films de Truffaut, de John Ford, de Pialat, de Chabrol, de Kurosawa ! « Il faut être libre, affirme Depardieu, pour revoir les grands films, qui rendent généreux sur tout le reste !... Moi j’ai revu récemment « Le Beau Serge », le premier film de Claude Chabrol. Ca se passe en Creuse… ! Et je porte en moi, tout ce qu’on y voit, tout ce qu’on y ressent : l’odeur des blés, les chevaux. Rien n’a changé ! Sauf que maintenant, il y a partout des antennes sur les toits. Chabrol a fait 56 films qui parlent de la même chose, et pas deux qui se ressemblent ! Question alors de Pascal Mérigeau, à l’acteur-chanteur… C’est donc fini, plus rien ne vous met en colère ? Gérard Depardieu : Je parle de ce qui me touche avec émotion, pas avec colère. Il faut être costaud pour prendre des décharges de 1000 volts et continuer quand même. Il faut surtout ne pas chercher à savoir d’où ça vient, sinon vous êtes dans la douleur. Conserver sa faculté d’indignation sans rien expliquer. Essayer d’expliquer, c’est entrer dans le système. J’ai l’impression d’entrer dans un monde où je suis impuissant, mais ce constant est peut-être lié à la découverte des autres, le corps qui se fripe, les nerfs qui s’irritent plus facilement, certains sons qui se brouillent. Peut-être que l’évolution du cinéma nous fait sortir de l’enfance… Je pense d’ailleurs au conseil que donnait Claude Régy aux acteurs : « Dites les mots comme s’ils étaient les derniers. » « Il y a d’ailleurs une oreille des parlers… » complète toujours cette semaine dans Le Nouvel Observateur Alain Rey, ce cuisinier des mots, qui prétend trouver, vous le savez, dans les dictionnaires, des passerelles entre ses passions : la littérature, l’histoire de l’Art, le cinéma et le jazz. Autrefois dit Alain Rey, qui fête les 40 ans du Petit Robert, le bon usage était francilien. On parlait le français du pouvoir politique. Le meilleur français, venait de Touraine, parce que c’est là, qu’avait surgi le pouvoir royal absolu, avec François 1er. On parlait donc le François… Fini ce temps-là. Depuis deux siècles la définition de la juste langue n’est plus donnée par les aristocrates, mais par les milieux bourgeois de l’Ile de France. Avec ce mot typiquement parisien : province. Et Alain Rey de s’attrister, oui… de la disparition de l’argot, avant d’affirmer que la langue des banlieues, est loin d’être pauvre comme les pédants le prétendent. » Reste à savoir, bien sûr, si écrire, c’est du vent. Que non pas, proteste, dans LIBERATION, ce samedi la romancière Alice Ferney, qui publie chez Actes Sud, et dont la thèse de doctorat, portait justement sur la prise de décision familiale et le travail des femmes. « En tant qu’écrivain, je me sens dit-elle des devoirs. Devoir moral. Devoir de réserve. Devoir de sensibilité. Devoir de compétence. Et cette pensée m’avait assailli au spectacle de l’audition du juge Burgaud. Soyons circonspects. Soyons attentionnés. La pluie tombe aussi sur les fous, et les assassins. » Et Alice Fernay, d’ajouter, dans son journal du week-end en page 37 de Libération, ce résumé d’une semaine de titres de la presse française. - L’Afghanistan de Karzaï devient un narco-état. - La guérilla maoïste, sape le royaume du Népal. - Kofi Annan, ne croit pas à l’efficacité des sanctions contre Téhéran. Le Pentagone évoque la possibilité d’une guerre civile en Irak. Thaïlande : vague d’attentats dans le Sud-Musulman. Et enfin, George Bush, qui a la veille du 11 septembre veut bien reconnaître les prisons secrètes de la CIA. Et voici, le commentaire d’Alice Fernay, sur ce que la journaliste d’un jour, considère comme l’air du temps. Ce n’est qu’un échantillon, d’où sont exclus les problèmes économiques, les drames familiaux, les épineuses questions de société et toutes les pirouettes politico-électorales. Où va toute cette souffrance ? Lire la presse n’est pas une partie de plaisir : plutôt une partie de compassion dans laquelle la pensée est libre mais l’action entravée. Comment apporter quelque chose quand on est par nature microscopique ? Comment porter un jugement sur ce qui est ? Hannah Arendt trouvait une solution dans une intériorité non-participante. Pour ma part, je garde en tête cette Prière aux vivants que faisait Charlotte Delbo : « Je vous en supplie, faites quelque chose, apprenez un pas, une danse, quelque chose qui vous justifie… » Allons, allons ! Dansons. Dansons. Il y a du plaisir et de l’hygiène mentale dans l’indignation… Je vous invite à lire, là-dessus, la chronique de Bruno Frappat, du journal La Croix, intitulée « Rentrée… ils sont tous rentrés. » Et Frappat d’évoquer, la manif, à son sens, la plus grotesque de l’année. Celle des opposants au baptême du parvis de Notre-Dame de Paris, l’autre jour, refusant à la place, célèbre, son nouveau nom de Jean-Paul II. « Quoi écrit Frappat. Quoi ? Entendre qu’il s’est trouvé, dans Paris, environ 200 personnes pour clamer en cortège que Jean-Paul II était un « assassin » et que le maire de paris, Bertrand Delanoë, s’était déshonoré en l’honorant ! Et il faudrait rester de marbre devant cette injure minoritaire et néanmoins publique ? Apprendre qu’à la tête dudit cortège s’est trouvé l’un des principaux adjoints au maire, chargé ordinairement des transports, de couleur politique verte, et que cet adjoint, après avoir battu le pavé contre un pape en même temps que contre son maire, a tenu à préciser que, lui, n’avait pas repris les slogans les plus injurieux de la manif ! Et il faudrait, glissant sur cette actualité inessentielle, se résoudre à ne rien dire du tout ? Allons, qu’il se trouve des élus (et de quel niveau capital !) pour juger scandaleux que la capitale honore le plus grand pape du vingtième siècle et, par-delà son rôle de chef de l’Eglise, le poids qui fut le sien dans notre histoire à tous, croyants ou incroyants, dans la mise à bas du communisme en Europe, voilà qui laisse sans voix, sans phrases, mais incite à pense que la bêtise, elle, n’a pas été mise à bas. Et les mêmes, qui jugent obscène, scandaleux, qu’on place le nom de Jean-Paul II sur une plaque de Paris, ne trouvent rien à redire au fait qu’il se trouve encore, dans le territoire français, des boulevards Lénine, des places Robespierre, ou même, à Paris, une ceinture de boulevards qui portent les noms des maréchaux qui firent saigner héroïquement la nation au nom de notre Empire, honni par l’Europe. Fin de citation. Je regrette simplement que Frappat en veuille tant à Robespierre. Indignation encore… d’André Glucksman dans Le Figaro, alors que l’on célèbre (modestement en Chine), il faut le reconnaître, le 30ème anniversaire de la mort de Mao. « Mes années maoïstes, écrit Glucksman, mes années maoïstes me font toujours honte. » C’est à la page 18 du Figaro d’aujourd’hui. Et Glucksman, le philosophe, de préciser en acceptant l’étiquette contradictoire d’un narco-maoïste : « je pactisais en réalité avec le meurtre de dizaine de millions d’hommes aux antipodes ». Encore faut-il, cite en exergue L’Humanité… pour taper sur le ventre d’un colosse…il faut pouvoir s’y hausser ! C’est un mot de Baudelaire… Détours encore, au gré du kiosque. Dans le quotidien communiste… deux points de vues, sur les violences scolaires, et les jeunes, des années 2005-2010. Un point de vue de Michel Kokoreff qui est sociologue à Paris V et qui dit que les jeunes ne sont pas des militants au sens classique du terme. Leur révolte ne nait pas du travail en usine. Et François Dubet, sociologue à Bordeaux lui dit : les jeunes sont dans des situations paradoxales. Ils ne sont plus des victimes. Ils ont une liberté personnelle accrue mais ils sont mal organisés. Dans le Nouvel économiste… quelqu’un qui dit que les vieilles dentelles de la politique des revenus sont revenus et qu’en période électorale, le gouvernement éprouve à nouveau désir de distribuer, distribuer, distribuer… A quelle heure vous couchez-vous le dimanche ? Et encore une question personnelle pour conclure, posée par Le Parisien hier… « Faut-il avoir peur des huîtres… » Ben oui, la nuit, si elles connaissent votre digicode, s’arrêtent à l’étage, sonnent chez vous, et vous tuent méchamment à la façon des chauves-souris… de Jean-Marie Bigard.

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