Le regard d'Ivan Levaï observe au delà des pages taditionnelles des journaux : théâtre, cinéma, auto, photo, vidéo, web pour s'interroger sur le sujet qui domine l'actualité. Bonjour à tous… Lire c’est choisir comme gouverner… En ce dimanche annoncé comme beau, mais pas trop, il revient à chacun de s’arrêter à telle ou telle page des journaux, voire même de s’en passer, couper le son de la télé pour n’écouter que la radio, les petits oiseaux… Mais ce serait bien dommage ce matin de se priver des bonnes pages du Journal du Dimanche, de celles du Monde, du Parisien, de Nice-Matin, de Sud-Ouest, comme des dossiers de L’Express, du Fig-Mag, du Nouvel-Obs et du Point. A détacher, si vous le voulez bien… dans la rubrique « Retour sur Terre », après match perdu, comme l’écrit Jacques Espérandieu l’éditorialiste du Journal du Dimanche. L’enquête sur les premières vraies difficultés de Nicolas Sarkozy. A détacher aussi dans le même JDD, le point de vue d’Alain Finkielkraut sur la grande querelle de l’école. A détacher enfin, dans Le Monde daté de dimanche-lundi, le point de vue de Robert Badinter sur l’activisme judiciaire d’aujourd’hui et la confusion entre justice et thérapie. On est entré, écrit l’ancien Garde des Sceaux de François Mitterrand, dans un système émotionnel qui conduit à tirer de chaque fait divers grave la conclusion qu’il faut refaire une loi. Résultat : désordre législatif avec cet empilement de texte sur la récidive depuis 2002. Des délinquants sexuels notamment. Et Robert Badinter d’expliquer : « trop de lois nuisent à la loi. Quel bilan a-t-on fait de l’ensemble des textes ? Quelle a été l’effectivité de leurs dispositions ? On est entré dans un système où la loi devient un mode de communication politique. Mieux vaudrait s’assurer de sa mise en œuvre ». Et il conclut : « Nous assistons à une sorte de dérive. Se proclamer du côté des victimes est toujours politiquement profitable. Qui serait contre ? Nous sommes dans une société d’émotion qui se veut compassionnelle. Rien ne mobilise plus l’émotion que le crime et la souffrance des victimes, décuplée par la médiatisation et la puissance des images à la télévision. Cela nourrit la pulsion de vengeance qui est au cœur de la réaction humaine en présence d’un crime atroce. Mais la justice ne peut se confondre avec la vengeance ni avec la compassion pour les victimes. C’est ce qui rend son exercice difficile. Lire c’est choisir, et puisqu’un autre procès est fait à l’école… arrêtons-nous à la page société du Journal du Dimanche et à la question posée : « de quels maux souffrent nos collèges, nos lycées et nos universités ? »… Réponse d’Alain Finkielkraut, philosophe bien connu des auditeurs de France Culture, et des étudiants des grandes écoles, puisqu’il enseigne à Polytechnique. Voici trois extraits de son diagnostic : « Tous les professeurs d’université sont effarés et même bouleversés par le niveau, ou l’absence de niveau, des élèves qu’ils reçoivent. Le démocratisme a fait de la sélection un interdit, ce qui ne l’a pas fait disparaître. Elle se produit un ou deux ans après le Bac, avec une cruauté terrifiante. Mais si vous exposez la catastrophe et proposez des remèdes, vous vous heurtez à une résistance multiforme : les syndicats d’enseignants disent que la culture évolue sans cesse, et qu’au lieu de s’arc-bouter à la langue classique, il faut se rapprocher du monde des enfants. On nous parle sans cesse d’ouverture à l’autre mais on se refuse simultanément à dépayser les enfants, à les emmener au loin, dans le passé des belles choses. Les fédérations de parents d’élèves ne veulent pas entendre parler de culture, mais d’anglais commercial et d’informatique. Quant aux journalistes de la gauche autoproclamée, ils insultent et diffament ceux qui osent réclamer, pour le bien des enfants, une école de l’exigence. Quand vous prononcez le mot « dictée », ils entendent « dictature ». Vous voulez enseigner la grammaire ? Ils vous accusent d’avoir la nostalgie du temps des coups de règle sur les doigts ». « Je ne peux les accabler. Ils ont peur des lobbies, des journalistes et aussi, ne l’oublions pas, de la colère des enfants. Ce gouvernement aura-t-il l’immense courage politique nécessaire ? Nous le verrons bien. Ce que je sais, c’est qu’il ne peut se contenter d’un allègement des horaires, ni d’une heure supplémentaire de sport. Il faut rendre ses horaires perdus à l’enseignement du Français, raccourcir les vacances, soustraire l’emploi du temps à l’industrie touristique. Si l’on veut remettre la culture générale au cœur de l’ambition éducative, il faut aussi en finir avec les activités périscolaires qui sont une pure perte de temps ». Et Finkielkraut interrogé sur le sondage qui affirme que 88% des parents se disent « satisfaits » et de l’école et des enseignants, conclut : « Cela me fait sourire. Comment expliquer alors l’hémorragie dont est victime l’école publique ? Les établissements privés ne peuvent pas répondre à une demande d’inscriptions sans cesse croissante de la part de parents ayant perdu confiance en l’enseignement public. Qui pourrait leur donner tort ? »… A la même page 8 du Journal du Dimanche, vous ferez aussi quelques bonds, j’imagine en lisant cette réaction d’un professeur au lycée Jean Lurçat de Paris, à propos de la lettre de Guy Môquet. Lettre qu’elle ne lira pas à ses élèves come elle a mission de le faire le 22 octobre prochain. Cette enseignante n’est pas la première réfractaire à cette invitation. D’autres se sont prononcés de la même façon, cet été dans les journaux. Mais Madame Julie d’Andurain, qui a découragé le ministre de l’Education Nationale, Monsieur Darcos, en lui disant « Je suis professeur d’histoire et non pas de patriotisme » s’explique ce matin dans le Journal du Dimanche… et il faut bien lire sa curieuse plaidoirie. Lire c’est choisir… Je vous ai invité à deux lectures, pour conclure, sur ce qu’il faut bien appeler les difficultés de la rentrée. La première est signée Sylvie Pierre Brossolette et figure dans l’hebdomadaire Le Point aux pages 38-39-40-41. C’est un dossier sur la façon dont Nicolas Sarkozy traite ses ministres pour les faire avancer. Ca s’appelle « Fouette cocher » et on peut penser que l’enquête très précise de Sylvie Pierre Brossolette, sur les têtes des ministres à couper, n’est pas à mettre entre toutes les mains. Même recherche, même travail d’investigation de Florence Muracciole dans le Journal du Dimanche, ce matin. Avec ce préambule… sur une économie en berne, avec croissance réduite et pouvoir d’achat menacé… « Il faut inventer quelque chose » avait dit Sarkozy.

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