Bonjour à tous… « … C’est d’abord rumeur légère… Petit vent rasant la terre… Et vous voyez, calomnie, se dresser, s’enfler en rugissant ». Pourquoi faut-il que nous ayons encore en tête aujourd’hui l’air de la calomnie du Barbier de Séville ? Chacun connaît cet air fameux de la maligne envie s’achevant par la chute du pauvre diable menacé comme un coupable et terrassé, parce que le feu du poison, de bouche en bouche est porté. Convient-il de revenir en ce week-end printanier, sur ce que OUEST-France appelle « le temps des rumeurs », alors que la Vendée et la Charente-Maritime pleurent, que la crise financière demeure et que l’extrême-droite reprend des couleurs à Budapest ? Sans doute puisque le débat n’est pas clos et que la plupart des journaux n’ont pas fini de commenter une histoire vieille comme l’humanité et longuement renouvelée en ce début d’année. J’aurais préféré n’en rien dire, ou m’en tenir à ce que Jules Romains appelait « la rumeur de la rue Réaumur ». Voire, profiter de ce samedi de bonne météorologie : « Le ciel est, par-dessus le toit, Si bleu, si calme ! Un arbre par-dessus le toit Berce sa palme ». Vous connaissez la suite, de ce poème de Sagesse, écrit en prison : «Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là, Simple et tranquille Cette paisible rumeur-là Vient de la ville ». Et Verlaine d’interroger, à partir des ces bruits confus de liberté, qu’il entendait de sa cellule bruxelloise : « Qu’as-tu fait, ô toi que voilà Pleurant sans cesse, Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà, De ta jeunesse ? » C’était en 1873. Samedi 2010, Bruno Frappat dans La CROIX, invite lui aussi ses lecteurs à prendre un peu de hauteur. A la façon, dit-il, de Jean-Louis Etienne qui dans son ballon, quelque part, entre Spitzberg et Pôle Nord, évolue, loin des rumeurs d’alcôve, loin des chats numériques et des révélations toujours recommencées sur la pédophilie. « On n’arrête pas une rumeur », écrit Frappat, « en essayant de l’arrêter. C’est vieux comme la sagesse et comme la malfaisance. La dénoncer, c’est la répandre. Elle passe partout. Elle vous piège. Elle vous englue ». Et le chroniqueur de La CROIX de rappeler ce que vécut, au milieu des années soixante, le couple Pompidou, victime, d’une entreprise de déstabilisation politique, menée pour le salir et l’empêcher de prétendre à la succession du Général de Gaulle. Et Frappat de soupirer : « 40 ans plus tard, il se trouve toujours des gens pour jouer les petits malins et affirmer que la rumeur des parties fines étaient fondées ». Alors demande le chroniqueur de La CROIX… que faire face au faux qui paraît toujours plus vrai, que le vrai ? Que faire au siècle d’Internet, chambre d’écho, du vrai et du faux. Rien, résiste mon confrère. Rien. Car il n’y a rien à faire. Et surtout, rien à dire. On ne bouge pas. On ne publie rien. C’est ce qu’avait fait la presse française jusqu’à ces derniers jours. Elle avait montré qu’elle savait se tenir. Et puis, par l’effet d’une fureur toute humaine, déclenchée en haut lieu, la voici comme autorisée à sortir de sa réserve. A en parler. A exposer. A débattre gravement. C’est ainsi que le cancan sort de l’ombre. La rumeur a gagné. La calomnie se réjouit du libre jeu de son triomphe. Fin de citation. « Démentez… ne démentez pas »… disait de Gaulle, à son ministre de l’information, Alain Peyrefitte qui plaidait pour que l’Elysée veuille bien alimenter un peu les journaux. Ce que à quoi, De Gaulle répliquait : « Dites ce que vous voulez, mais vous ne les empêcherez pas de pisser leur vinaigre. Depuis 1940, je suis la preuve vivante que les journaux n’ont aucune importance. Je crois même que le fait qu’ils me desservent finit par me servir ». François-Régis Hutin, dans son éditorial d’OUEST-France croit tout le contraire. Selon lui, l’anti-rumeur passe par la presse. C’est vrai, dit-il ce qui circule sur Internet reste sur Internet et ne s’efface pas. Mais la presse a son rôle à jouer, dans le chaos informatif du web. « Elle peut, elle doit être le repère qui permet au public d’approcher la véracité de l’information. A partir du moment où la presse applique effectivement sa déontologie, en particulier dans la vérification des informations et des sources, elle contribue à empêcher et à stopper les rumeurs ». Mathieu Lindon dans LIBERATION, préfère ironiser en chroniquant sur « complots qui volent bas ». « La rumeur sur le couple présidentiel », écrit-il, « c’est la 7ème plaie de la France. Comme si ne suffisait pas le complot contre le pouvoir d’achat et en faveur du chômage ». Il paraît que les services secrets sont sur l’affaire. Mais pourquoi, secrets, conclut Lindon, on a tous droit à la vérité. C’est toujours pareil. On nous met l’eau à la bouche et on nous cache la partie immergée de l’iceberg ! Dans l’HUMANITE, Jean-Emmanuel Ducoin fait un pas de plus que son confrère de LIBERATION et souligne que le mot « complot », prononcé par Monsieur Pierre Charon est venu d’un conseiller de l’Elysée. Et le chroniqueur de l’HUMANITE de considérer que le président victime… est coupable et responsable puisque de Clearstream, aux poupées vaudoues, en passant par quelques affaires à judiciarisation contestables… il a mis sur la table certains dossiers et inauguré une gouvernance d’une rare perversité. Et le chroniqueur de relier la déstabilisation de Nicolas Sarkozy à celle qui visait il n’y a pas si longtemps Bernard-Henri Lévy. « Dans les deux cas, on cherche à discréditer les personnes, et à travestir les faits, à déclencher la haine irréfléchie. Pour l’instant tout au moins, ces comportements ont été contenus par une bonne déontologie journalistique. Mais demain ? En conservant la mesure des choses, ne nous camouflons pas derrière notre petit doigt. Le chemin en pente de plus en plus raide que veulent nous faire dévaler les calomniateurs de profession nous mène tout droit de l’affaire Salengro, à la capitulation de Rethondes. 1936-1940, il ne fallut guère à l’époque que quatre années concentrées d’ignominies froides. Et maintenant ? » Franz-Olivier Giesbert dans son éditorial du POINT fait une suggestion qui vaut ce qu’elle vaut pour en sortir : « Depuis la nuit des temps, les puissants sont l’objet de toutes les calomnies. Et, à force d’être répétées, elles finissent parfois par devenir des vérités jusqu’à ce que l’Histoire les déboulonne. Ce n’est pas l’Histoire qui rétablira les choses : elle arrive trop tard, on l’a vu avec Giscard, ce qui lui a quand même fait une belle jambe. Ce n’est pas non plus la justice : on l’a vu avec Clearstream. Non, la meilleure arme, c’est la dérision. Pour éradiquer ces « bêteries », pourquoi ne pas prendre le parti d’en rire ? »

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