« Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n'en sont que les acteurs ! »

« Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark ! » __ Shakespeare avait sans doute raison. Il y a deux mois, souvenez-vous, le pays adoptait une loi proprement scandaleuse, loi permettant à la police de saisir les bijoux des demandeurs d'asile. Et comme si s'en prendre à eux ne suffisait pas, on s'en prend également à ceux qui leur portent assistance. Pour preuve, cette condamnation dont se fait l'écho Olivier Truc dans les colonnes du MONDE . C'était cet automne : une amende de 6.000 euros pour un couple de Danois jugés coupables de trafic d'êtres humains. Leur tort : avoir aidé une famille de Syriens à entrer dans le pays en voiture . Or cette semaine, une autre condamnation montre qu'il y a comme un deux poids, deux mesures : moins de 700 euros d'amende pour un homme qui avait insulté et craché sur un groupe de migrants . A croire qu'avec la montée en puissance de l'extrême-droite, une nouvelle échelle de valeurs est en train s'imposer. Échelle sur laquelle il est donc moins condamnable d'humilier des gens en crachant dessus que de les aider . Quelques 300 Danois attendent d'ailleurs de passer à leur tour devant la justice, accusés de s'être montrés trop généreux, trop accueillants avec des réfugiés. Quant à la famille syrienne, elle a finalement décidé de rejoindre la Suède.

« Un cheval ! Un cheval ! Mon royaume contre un cheval ! » Là encore, il s'agit d'une réplique de Shakespeare. Une réplique de "Richard III". Nous, aujourd'hui, en France, nous vivons sous François 1er. Mais je ne crois pas que François Hollande soit passionné d'équitation. En revanche, il tient à son royaume, même s'il y est de plus en plus seul. C'est du moins ce que nous explique LE JOURNAL DU DIMANCHE , qui évoque précisément « l'isolement du président » . « Jamais depuis 2012, la gauche n'était apparue aussi mal en point qu'aujourd'hui », constate Dominique de Montvallon. Une gauche "perdue", écrit-il, ou si ce n'est "perdue" : démoralisée et fortement divisée. « Certes, il n'y a pas grand-chose de commun entre, d'une part, les milliers de jeunes et moins jeunes qui discutent sans fin jour et nuit place de la République à Paris et, d'autre part, Emmanuel Macron qui vient de lancer son mouvement. Pas grand-chose, sauf ceci, qui est préoccupant pour le chef de l'Etat : leur commun refus que ça continue comme ça. Ils veulent que ça bouge, que ça change ! »

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Concernant le ministre de l'Economie, il revendique déjà des milliers d'adhérents, trois jours seulement après le lancement de son nouveau parti "En marche !". Des milliers d'adhérents sur son site internet où, il faut le préciser, l'inscription, est gratuite. L'argent, en politique, c'est pourtant le nerf de la guerre et, pour l'heure, ce micro-parti n’est financé que par quelques amis et sur ses deniers personnels. Insuffisant pour une campagne. Mais, nous explique l'hebdomadaire,Emmanuel Macron va mener des levées de fonds. Il dînera jeudi soir à Londres avec des banquiers et des chefs d'entreprise, à l'invitation d'un cadre de Goldman Sachs. « Comme tous les partis, je vais procéder , dit-il, à un appel aux dons. » Et c'est en fonction du succès de cet appel aux dons, et du succès de ce parti, que le ministre décidera s'il est opportun de se lancer dans la conquête de l'Elysée.

Pour Macron : un dîner, donc, à Londres jeudi soir. Et ce, au moment même où François Hollande sera sur France 2, pour tenter d'expliquer sa politique et de reconquérir un électorat qui ne cesse de dire sa déception. Nouvelle preuve avec le sondage IFOP réalisé pour le compte du JDD : 80% des personnes interrogées ne souhaitent pas qu'il se représente, et c'est aussi ce que pense une majorité de sympathisants du PS .

Dans le journal, vous lirez aussi – enfin, si vous le souhaitez – l'interview improbable de la bimbo Nabilla . Il y a quelques temps, elle s'était aventurée à donner des conseils à François Hollande . Il faut, disait-elle, qu'il fasse le buzz. « Et il a suivi mes conseils » , constate-t-elle aujourd'hui, avant d'affirmer que maintenant, ce qu'il devrait faire, c'est de la télé-réalité ! Délirant, penserez-vous, mais non. Comme l'écrivait Shakespeare, « Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n'en sont que les acteurs ! »

A droite aussi, d'ailleurs, les acteurs continuent de se battre en vue de 2017. Interview de François Fillon dans LE MONDE : « Il sera, dit-il, très difficile pour Nicolas Sarkozy de se présenter. » Mais dans LE JDD : confidence de Jean-Marie Le Pen . Pour lui, aucun doute : c'est Nicolas Sarkozy qui remportera la primaire à droite. « Parce que l'animal politique est redoutable , dit-il. Il est pire que le lapin Duracell. Lui, si on lui enlève les piles, il marche encore ! » Mais il marche jusqu'où ? Être ou ne pas être ... président de la République : telle est bien la question.

Dans le journal, lire aussi le reportage d'Anne-Laure Barret sur la place de la République. Là-bas, aujourd'hui, on est le 41 mars, dans le nouveau calendrier révolutionnaire. Rencontre avec les militants du mouvement "Nuit Debout". Ils sont, chaque nuit, des centaines à refaire le monde et surtout à espérer un monde meilleur... « Nouveau monde admirable qui contient des gens pareils ! » , comme l'écrivait Shakespeare...

Mais alors, la comparaison avec les "indignés" espagnols est-elle pertinente ? Lire la réponse d'Yves Sintomer dans LE MONDE . Il est professeur de Sciences-Politiques et oui, pour lui, la comparaison tient la route. « Elle l'est , dit-il, dans la mesure où l'on voit une forme d'action similaire : l'occupation d'une place, des assemblées générales où il n'y a pas de leader, une mobilisation à travers les réseaux sociaux... On retrouve aussi un discours sur le refus de la classe politique, le refus de 'la caste' et une critique sociale radicale . » Cependant, précise-t-il, « en Espagne, le mouvement a été massif et il a duré très longtemps. Pour l'heure, en France, on n'en est pas encore là. »

C'est donc à lire dans LE MONDE , qui relève par ailleurs l'une des conséquences de l'affaire des Panama Papers. Pedro Almodovar a décidé de ne pas faire la promotion de son nouveau film "Julieta". Le cinéaste espagnol figure avec son frère sur la liste de ceux qui ont, un temps, possédé un compte offshore au Panama. Les concernant, c'était au début des années 90, époque qui coïncide avec la sortie de "Talons aiguilles" et de "Kika". Mais donc, afin de fuir les questions possiblement gênantes des journalistes, Almodovar a tout annulé : conférence de presse, interviews. Il s'est contenté d'un court communiqué, pour expliquer précisément qu'il n'avait "aucun commentaire à faire sur le sujet".

Un sujet qu'on retrouve à la Une du PARISIEN , qui pointe un étonnant paradoxe français. Dans un sondage réalisé pour le journal, 8 Français sur 10 estiment que la fraude fiscale n’est pas assez condamnée. Mais dans le même temps, ils sont nombreux à confier que s’ils avaient de l’argent, ils n’hésiteraient sans doute pas à frauder eux-mêmes . En somme : faites ce que je dis, pas ce que je fais.

Et puis, l’autre sujet à la Une du PARISIEN , c’est la polémique autour de l’installation d’un centre d’accueil pour SDF dans le 16ème arrondissement , arrondissement qui compte le plus de grosses fortunes à Paris. « La petite révolte du 16ème » , titre le quotidien, qui est allé à la rencontre des habitants du quartier. Affichages, pétitions… Tous les moyens sont bons pour lutter contre la construction du centre dans le bois de Boulogne. Et puis on apprend, au passage, que de nombreux SDF n’ont pas du tout envie d’être logés là-bas. Loin des transports, loin des commerces et surtout au milieu d’une population qui ne veut pas d’eux.

Le magazine ALTERNATIVES ECONOMIQUES s'intéresse également aux sans-domicile-fixe... Et pas seulement à ceux qui errent dans la capitale où, comme ailleurs, ce sont quasi exclusivement des hommes que l'on croise. Mais est-ce à dire qu'il n'y a que très peu de femmes SDF ? Réponse : oui, elles sont moins nombreuses. Parce qu'en fait, il y a davantage de structures pour les accueillir. Mais, en prime, quand elles se retrouvent contraintes à vivre dehors, la plupart du temps, elles se cachent, et c'est pour cela qu'on ne les voit pas. Elles cachent qu'elles sont SDF, en continuant à se vêtir le plus correctement possible, pour ne pas avoir l'air de clochardes. Ou bien alors en faisant le choix de s'habiller comme des hommes. Elles gomment leurs attributs féminins et quand on les croise, on ne se dit pas que c'est une femme à la rue : on se dit que c'est un SDF. Comme les autres, tant d'autres qu’on ne voit donc pas dans les beaux quartiers du 16ème, paradis des yorkshires, des bichons et autres caniches.

A ce propos, lire dans CAUSETTE , un sujet qui pourrait intéresser une bonne partie des habitants du 16ème : un sujet sur la pollution cachée de nos animaux domestiques . Et il n'est pas seulement question de leurs petites déjections, mais aussi de ce qu'ils consomment et de leur coût pour l'environnement. La France compte 63 millions d'animaux domestiques : près de 13 millions de chats, plus de 7 millions de chiens. Or, on estime l'empreinte carbone moyenne d'un chien à près de 2 tonnes par an : 2 tonnes équivalent carbone, soit la même qu'un 4X4 qui aurait parcouru 16.000 kilomètres . En cause : la nourriture et puis les produits sanitaires - les antipuces, notamment, qui contiennent souvent les mêmes molécules toxiques que les pesticides de l'agriculture. Pour les chats, il y a la litière : 33 kilos par an, soit 400.000 tonnes qui viennent augmenter le poids des ordures ménagères. Quant aux déjections canines, car il faut tout de même en parler, elles provoquent nombre d'accident - et cette fois, c'est un coût, limité certes mais tout de même, un coût pour la Sécu : chaque année, en moyenne, 650 Parisiens finissent à l'hosto à la suite d'une glissade sur une crotte de chien .

J'ai commencé avec Shakespeare et j'avoue que j'aurais bien aimé conclure également avec lui. Et du coup, j'ai bien cherché. J'ai lu notamment l'excellente revue L'ELEPHANT , qui consacre tout un dossier au grand dramaturge et poète disparu il y a 400 ans. J'ai bien cherché, mais non : je n'ai trouvé aucune citation de Shakespeare sur les crottes de chiens…

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