« A l’époque, déjà, il y avait circulation alternée. Un jour, les Russes, un jour les Américains. »

Je cite ici le journaliste Didier Pobel sur son blog. « Le 12 avril 1961, Youri Gagarine fut le premier homme à voyager dans l’espace. Puis, moins d’un an après, l’Américain John Glenn effaçait l’affront soviétique en une virée orbitale tout aussi historique que la précédente. La planète entière suivit l’exploit. La guerre était froide, les cœurs étaient chauds. Et l’Est et l’Ouest avaient besoin de légende. On ne parlait pas encore de pollution. Tous les gamins, alors, rêvaient d’échanger leur vélo contre une fusée. Et, en apprenant la disparition de John Glenn, les mômes d’hier se sont souvenus du héros de leur enfance. Celui qui devint par la suite sénateur démocrate est mort à 95 ans. Pour les astronautes également, il y a des jours pairs et impairs. » Un jour impair, donc, pour John Glenn. Jour impair pour tous ceux qu’il avait fait rêver.

Et, ce matin, jour impair aussi pour les relations entre l’Amérique et la Russie. Selon la presse américaine, la Russie a interféré dans la campagne présidentielle afin d’aider Donald Trump à l’emporter. C’est en tout cas ce qu’assure aujourd’hui LE WASHINGTON POST. Affirmation fondée sur une estimation secrète de la CIA. En début de semaine, Barak Obama a réclamé à ses services un « examen complet sur ce qui s’est passé lors du processus électoral ». Or, donc, selon la CIA, des personnes liées à Moscou ont fourni au site Wikileaks des emails piratés sur les comptes de l’ancien directeur de campagne d’Hillary Clinton, de même que sur ceux du parti démocrate. « L’objectif de la Russie était d’aider Donald Trump à être élu », a confié au WASHINGTON POST un haut responsable du renseignement. Publié au compte-goutte pendant des mois, les emails piratés ont rythmé la campagne. Bien sûr, l’équipe de Trump a immédiatement rejeté les conclusions de la CIA, jugeant que les analystes qui y sont parvenus sont, je cite « les mêmes que ceux qui disaient que Saddam Hussein disposait d’armes de destruction massive ». La polémique, toutefois, n’en est qu’à ses débuts…

En France, pour l’heure, pas de soupçon d’espionnage de la Russie. Pas d’affaire d’emails piratés. Mais on peut, cela dit, parler de séquences paires ou impaires. Jours fastes pour certains, plus difficiles pour d’autres, notamment en vue de la prochaine présidentielle… A gauche, le poing levé d'Emmanuel Macron. A droite, l'index levé de Jean-Luc Mélenchon. Les deux hommes font la Une de LIBERATION ce matin, qui les présente comme « les insoumis de la primaire ». Évitant tous les deux la primaire à gauche, ils se proclament l'un et l'autre « candidat antisystème ». « La gauche, c'est moi ! », dit Mélenchon. « Le progressisme, c'est moi ! », dit Macron. Et le journal de proposer un dossier de six pages comparant les projets et les positionnements de deux hommes qui profitent aujourd'hui de la déliquescence du PS.

Elles aussi, elles se proclament « anti-système »

Photo de Marine Le Pen et de Marion Maréchal-Le Pen à la Une du MONDE. « Front National : tension sur la ligne », titre le quotidien. Ce que confirme LE FIGARO : « La tension monte au FN ». A cinq mois de la présidentielle, les fissures se creusent dans le parti, et sa cheffe a été contrainte de rappeler à l'ordre sa nièce, après ses propos sur l'IVG. Dans une interview au journal PRESENT, la députée du Vaucluse a proposé de revenir sur « le remboursement ‘intégral et illimité’ de l'avortement ». Projet que ne partage pas aujourd’hui sa tante. Et l’éditorialiste Guillaume Tabard s’interroge : « Faudra-t-il bientôt parler de deux Fronts ‘irréconciliables’, comme Manuel Valls en parlait à gauche ? La dernière anicroche entre Marine Le Pen et sa nièce, sur le remboursement de l’avortement, ne peut pas être réduite à une querelle personnelle. Ce qui est en jeu, c’est la ligne stratégique du Front National. C’est le choix entre un FN malgré tout de droite, et encore ‘sociétal’, et un FN de plus en plus de gauche, et avant tout ‘social’. » Et ce dernier, ce serait donc celui de Marine Le Pen et Florian Philippot.

Deux FN « irréconciliables », comme deux gauches « irréconciliables »

Expression, donc, de Manuel Valls qui, cette semaine, fait la Une d’une bonne partie des hebdos. Valls tout seul à la Une de POLITIS : « Sympa, de gauche, et rassembleur, le Valls nouveau est arrivé ! » Titre évidemment ironique. Valls avec Macron à la Une du POINT, qui les surnomme « les affranchis ». Un dossier qui révèle que, comme dans la mafia, les politiques ont leur codes, et ce que ces deux-là partagent une mission commune : tuer la vieille gauche française. Valls et Macron font également la Une de CHALLENGE et, cette fois, le titre, c’est « le duel ». Un titre identique, d’ailleurs, « le duel » à la Une de L’OBS – mais là, plus d’Emmanuel Macron, c’est Arnaud Montebourg qui fait face à Manuel Valls.

Valls, Montebourg, Mélenchon, Macron… Il n’y en a quasiment que pour eux. Macron, qui sera d’ailleurs en meeting aujourd’hui à Paris, à la Porte de Versailles. 7.000 participants sont annoncés, nous explique LE PARISIEN, pour qui l’ancien ministre est désormais « prêt à défier Valls ». Du reste, ces derniers jours, les soutiens de Macron ne boudaient pas leur plaisir en racontant qu’un de leur militant, Christophe Itier, un illustre inconnu, avait rassemblé 400 personnes à Roubaix jeudi soir, soit autant que Manuel Valls au même moment dans le Doubs.

Cependant, il en est un autre qui semble, en ce moment, avoir le vent en poupe. Période paire pour Benoît Hamon, qui « rêve d’un carton à la François Fillon », comme le note LIBERATION… Depuis son passage sur France 2 jeudi soir dans L’Emission Politique, le candidat de la gauche du parti socialiste ne cesse de recevoir louanges et encouragements… Juste après l’émission, Hamon l’a constaté en rallumant son portable : il avait reçu près de 200 messages. Ministres, députés et élus de toutes les couleurs de la gauche. L’un d’eux lui disait : « Prépare-toi à devoir déménager tes meubles Ikéa à l’Elysée ! » Un autre : « Contrairement à toi, Montebourg n’assume pas ce combat de la mixité sociale. Je suis certain que tu as une carte à jouer auprès des enseignants. »

Mais il y a donc aussi des périodes impaires pour certains

« Le rapport qui accable la gestion Royal » : c'est le titre à la Une de LA CHARENTE LIBRE. Le rapport en question, c'est celui de la Cour régionale des comptes, laquelle s'est penchée sur les finances de l'ancienne région Poitou-Charentes, du temps où elle était présidée par Ségolène Royal. Rapport accablant - dixit, donc, le journal - car il confirme les dérives budgétaires de l'époque.

Photo du footballeur Paul Pogba à la Une de L'EQUIPE : « Pour tout l'or de Pogba ». Selon les 'Football Leaks', et les révélations de MEDIAPART, les droits à l'image du milieu des Bleus sont exploités par une société offshore basée dans le joli paradis fiscal de Jersey, et ceci à l'instigation de son agent Mino Raiola. Ce dernier aurait, selon le quotidien sportif, gagné, grâce à son joueur, 47 millions d'euros depuis l'arrivée de Pogba à la Juventus en 2012.

Un fait divers à la Une de PARIS NORMANDIE : « Une écolière oubliée dans le car ». C'était en Seine-Maritime. Une fillette de cinq ans n'est pas descendue de l'autocar qui l'emmenait à son école. Et elle est donc restée dedans, toute seule pendant huit heures.

Fait divers également dans LE PETIT BLEU D'AGEN : « Meurtre en maison de retraite ». Dans la nuit de mercredi à jeudi, une octogénaire a battu à mort une autre résidente et la famille ne comprend pas comment le drame a pu se produire.

Et puis, pour finir, période impaire pour les amateurs anglais de chocolat. En l’occurrence, pour les fans de Toblerone. « Le Toblerone, victime du Brexit », peut-on lire dans les pages d’ALTERNATIVES ECONOMIQUES. Pour éviter d’avoir à augmenter ses tarifs, la marque a, en effet, décidé d’agrandir les écarts entre les triangles des barreschocolatées proposées aux consommateurs britanniques. De 400 grammes, celles-ci sont ainsi passées à 360 grammes. Une cure d’amincissement due à la hausse des prix de nombreux ingrédients, une hausse elle-même provoquée par la chute de la livre sterling après l’annonce du Brexit. Moins à croquer dans le Toblerone : outre-Manche, cela fait polémique. Et il en est même qui se plaignent du nouvel aspect de friandise : avec les écarts agrandis entre les triangles, certains jugent que le Toblerone ressemble désormais à un garage à vélos ! Mais bon, pour les vélos, il n’y a pas encore de circulation alternée.

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