Des hommages aux victimes, et des noms oubliés.

C'est une tribune qu'on peut lire sur le site de L'OBS : les mots d'Annabelle Delory, la sœur de Vincent Delory, tué au Niger le 8 janvier 2011, avec son ami Antoine de Léocour, alors que tous les deux étaient otages des terroristes d'Aqmi – le groupe Al Qaida au Maghreb islamique. 24 heures après leur enlèvement, Antoine avait été assassiné par ses ravisseurs, tandis que Vincent trouvait, lui, la mort lors du raid mené par l'armée française contre les djihadistes. Et en ces jours où la France honore les défunts de janvier dernier, sa sœur réclame une reconnaissance de l'Etat.

« Vendredi, écrit-elle, cela faisait cinq ans que mon frère a été tué. Et, depuis cinq ans, si les victimes plus récentes ont droit à toute l'attention des pouvoirs publics, ceux-ci se désintéressent complètement de la mémoire de Vincent et nous avons le sentiment de ne plus exister. Nous n'avons toujours aucune reconnaissance de la Nation, alors que Vincent a bel et bien été sacrifié par son pays. Est-il normal, interroge-t-elle, que plus personne ne réponde à nos courriers ? Est-il normal que certaines victimes soient honorées et d'autre non ? Tout le monde "est Charlie", mais plus grand monde n'est "Vincent", et pourtant, lui aussi a succombé à la barbarie du terrorisme, et dans des circonstances qui n'étaient pas moins terribles. »

De fait, aucune plaque, nulle part, avec les noms d'Antoine de Léocour et Vincent Delory. Et pas un mot les concernant depuis le début de la semaine. Espérons que cette tribune ne restera pas sans effet.

Ce dimanche, se poursuivront donc les hommages aux victimes des attentats de janvier. Avec un grand rassemblement sur la place de la République. Une place qui, en l'espace d'un an, s'est forgé un statut d'exception dans l'imaginaire collectif parisien, relève Geoffroy Clavel sur le HUFFINGTON POST« Comme la place Tahrir avant elle, elle s'est imposée dans les conversions mondiales des réseaux sociaux, tant est si bien que c'est au pied de la statue de Marianne, et non devant le Bataclan ou devant les anciens locaux de CHARLIE HEBDO, qu'artistes et chefs d'Etat, d'Angela Merkel à Madonna, ont parfois préféré venir se recueillir. » Marianne guidant le peuple… « Le silence guidant le peuple » , titre même LE MONDE , notant que cette grande place de la République, qui, depuis des dizaines d'années, avait l'habitude d'accueillir les sonos comme les banderoles des manifestations, cette place a laissé place désormais au recueillement. Des bougies par centaines, des textes, des doudous d'enfants : sa statue centrale est devenue comme un mausolée, un lieu de culte œcuménique, où viennent chaque jour méditer des hommes et des femmes, et ils viennent parfois de très loin.

Ce dimanche, « un dimanche de fraternité » , comme le constate LA DEPECHE , on y plantera donc un chêne. Un arbre du souvenir sur la place de la République. Et comme depuis plusieurs jours, la presse continue de s'interroger sur ce qu’il reste de l'esprit 'Charlie' un an après les attentats. « Sommes-nous encore Charlie ? » à la Une de LA PROVENCE . Oui, si l'on en croit une enquête BVA révélée hier soir sur la chaîne iTélé. Les trois quart des sondés disent encore "Je suis Charlie". Et dans LE PARISIEN , l'historien Benjamin Stora estime que lien national s'est même resserré. « Certes, dit-il, le vivre-ensemble est fragile, mais il tient. Il ne s'est pas rompu. Et même après les massacres du 13 novembre, les Français ont su resister aux assauts de la haine. » Mais, dès lors, qu'est-ce qui a changé ? Question posée à la Une de L'EXPRESS cette semaine, qui nous parle avant tout des craintes qui se sont multipliées.

Sachant que pour celles et ceux qui travaillent dans les services de l'ordre, la vie, elle, a beaucoup changé. Une mobilisation quasi permanente – des congés reportés et des RTT refusées. Ce qui signifie que la vie a changé également pour leur famille, ainsi que le raconte le quinzomadaire SOCIETY . Récit du quotidien des femmes de 'moblos', comme on dit dans le jargon botté. Les 'moblos', ce sont les gendarmes mobiles, des militaires projetables sur l'ensemble du territoire pour assurer n'importe quelle mission de sécurité. Ils se répartissent dans 18 casernes. Et ce sont donc des femmes de gendarmes qui témoignent, des femmes des casernes qui disent tout à la fois la peur et la fierté qu'elles ressentent pour leur mari, mais aussi leur grande solitude depuis les attentats. Des maris absents, des pères absents et des gosses qui leur intiment de changer de profession. Plus de dîner ensemble, plus de soirée possible et l'impression, parfois, d'être soi-même une cible. Léonie raconte comment elle prend soin du gilet pare-balle de son homme : « le ranger toujours bien à plat, pour ne pas tasser les fibres » . Virginie raconte comment elle parle à ses enfants du travail son homme : « son métier, leur dit-elle,c'est d'arrêter les méchants » . Jennifer raconte le nouveau climat qui règne à la caserne : « Avant, l'après-midi, nos hommes jouaient au foot. Mais depuis novembre, ils s'entraînent au combat, les pieds et les poings nus. Et puis il y a aussi les exercices de tirs. Parfois, on entend les mortiers. Ça fait bizarre, mais on s'y fait. »

Dans les clips de rap, en revanche, on voit moins d'armes désormais. Et c'est une autre conséquence des attentats de l'an dernier. Conséquence expliquée par LE MONDE , dans lequel plusieurs programmateurs de chaînes de télé musicales rapportent que suite aux tueries de janvier, ils avaient pris la décision de flouter toutes les armes présentes dans les vidéos de rappeurs – et des armes, il y en a beaucoup dans les clips de rappeurs, qui jouent sur la fascination de la figure du gangster. Et puis depuis les attentats du 13 novembre, ces programmateurs ne floutent plus, mais interdisent tout bonnement de leur antenne les clips dans lesquels ces chanteurs manipulent mitraillette ou pistolet. Demain, d'ailleurs, à la Cigale, aura lieu un concert de rap en hommage aux victimes des tueries de 2015. Sur scène : Kery James, Youssoupha, Oxmo Puccino ou bien encore Rim-K, lequel, deux semaines après les dernières attaques à Paris, dévoilait un titre inédit – pas d'arme dans son clip, mais des larmes et la place de la République. Ce titre, c'est « Tristesse » .

Toute la presse revient également sur ce week-end de portes ouvertes dans les mosquées françaises. Des mosquées ouvertes au public, pour échanger, se rapprocher, dépasser la peur et le rejet, comme le titre LA VOIX DU NORD . Apprendre à dialoguer, et apprendre à mieux se connaître. Mais pour permettre une meilleure connaissance de l'islam, sans doute faudrait-il également revoir ce qu'on en dit dans les manuels scolaires. C'est en tout cas ce que préconisent deux chercheurs dans un livre publié cette semaine. Son titre : « Fatima moins bien noté que Marianne » . Un livre dont se fait l'écho LE MONDE , qui nous explique que les auteurs ont analysé le lexique de quinze manuels d'Histoire en usage cette année dans les lycées de l'Hexagone. Et de cette analyse, ressortent deux constats. D'une part, lorsque le mot 'islam' est employé, il est très presque toujours associé aux termes 'islamisme', 'attentat', 'terrorisme', '11 septembre', 'Al Qaida'. En somme, l'islam n'est abordé que sous l'angle des conflits internationaux et des enjeux identitaires – ce qui fait qu'à l'issue du lycée, relève un enseignant, les élèves n'ont entendu parler des musulmans que comme des sources de problème. Second constat : dans les manuels, cette religion apparaît le plus souvent comme totalement étrangère à la France, ainsi que l'avait d'ailleurs déjà relevé une précédente étude, qui s'étonnait de voir représenté l'islam par une mosquée située hors du territoire national, tandis que le catholicisme était illustré avec la cathédrale de Chartres.

Comme tous les dimanches, il aussi beaucoup question de politique dans la presse ce matin. Avec, tout d'abord, la polémique sur la déchéance de nationalité. Dans LE JOURNAL DU DIMANCHE , Christian Estrosi de se dit favorable à l'étendre à tous les Français, pas seulement aux binationaux. Et tant pis, dit-il, si ça crée des apatrides. Quant à Christiane Taubira, il est de plus en plus question de la faire changer de portefeuille. Elle dit rêver de la Culture, elle pourrait l'obtenir. L'actuel Garde de Sceau qui, sur dans le débat actuel, celui sur la déchéance de nationalité, compte d'ailleurs de nombreux soutiens au parti socialiste. Commentaire d'un membre de la direction du parti : « A ce stade, il n'y a pas de majorité au PS pour avaliser le texte du gouvernement. C'est une saga comme Star Wars. Il y a tous les jours un épisode, et là, on est du côté obscur du bordel ! » C'est élégamment dit.

LE JDD qui fait sa Une avec une lettre des patrons au président de la République. Six organisations qui demandent à François Hollande une « loi d’urgence » pour relancer l’économie de la France. Les signataires, dont le président du Medef, souhaitent que les mesures qu’ils proposent soient soutenues par l’ensemble des partis politiques : assouplissement du contrat de travail, exonération totale de cotisations patronales pendant deux ans pour toute nouvelle embauche dans les petites entreprises, et pour tout recours à un travailleur en formation en alternance.

Enfin, LE PARISIEN , se fait brièvement l’écho de l’étape d’hier sur le Dakar. Le cimetière du Dakar… Un homme de 63 ans a été tué par la voiture d’un pilote français. On ne connait pas son nom. Le nom de l’homme qui est mort. Pour lui, il n’y aura donc pas d’hommage.

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