Bonjour à tous… Il suffit de quatre lignes, à Claude Imbert, pour commémorer à sa manière tous les événements de mai. Quatre lignes retrouvées dans un de ses anciens éditoriaux de L’EXPRESS, et réactualisées aujourd’hui dans son éditorial du POINT intitulé « quand la France regarde son nombril. Quand la France regarde son MOI de MAI », (moi, moi, bien sûr) « Laissons, dit Imbert, nos processionnaires, lycéens ou retraités, défiler à l’aise dans l’esprit du printemps 68, et avant de proclamer férié d’un bout à l’autre, tout le mois de mai, consacrons-nous pleinement à son culte commémoratif, à son rabâchage un rien sénile ». Et l’éditorialiste du POINT de détacher alors de sa chronique de mai-juin 68, ce qu’il écrivait sur cette drôle de façon dont on encensait, il y a 40 ans, la déesse Révolution. « 1789 retrouve un Tiers-Etat, la jeunesse ; 1848, ses fouriéristes ; et la Commune, ses Gavroches… La Révolution est chinoise à la Sorbonne, cubaine au boulevard Saint Michel, soviétique dans une usine, yougoslave dans l’autre, bleu-blanc-rouge quand sonne l’extinction des feux sur les Champs-Elysées». Voilà pour les quatre lignes retrouvées par l’éditorialiste du POINT, pour qui Mai-68 ne fut pas aussi festif que l’affirme sa postérité. Et Imbert d’expliquer que dans la mémoire sélective d’anciens délirants maoïstes, désormais embourgeoisés dans la presse et l’édition, les slogans poétiques ont éclipsé les insultes abjectes « crève-salope » qui chassèrent quelques gloires de l’université, telles Raymond Aron, Paul Ricœur ou André Chastel. « Bref, poursuit l’éditorialiste du POINT, on peut se demander avec Régis Debray si la Révolution ratée de 68, n’a pas accouché d’une contre-révolution réussie. » Et voici la conclusion de Claude Imbert, qui a le mérite de la franchise. « En journaliste, j’ai surtout retenu de ce psychodrame, la fragilité inouïe des hommes et des institutions. L’imprévisibilité de tout lorsque la rue s’en mêle. Et l’Europe des radios qui, pour le meilleur ou le pire, faisaient un peu l’Histoire en la racontant… Aujourd’hui, et puisqu’il y a plusieurs Mai-68, dans le mémorial : le maoïste, le romantique, le poétique, le dadaïste, et le social – choisissez votre chapelle ! Ou alors, pensez à juin ! ». Dans le journal LE MONDE, d’hier à vendredi, peut-être avez-vous détaché comme moi, en dernière page, cette magnifique chronique de Régis Debray. L’écrivain y rendait hommage au préfet Grimaud qui a tout fait en 1968, pour que le sang ne coulât pas. « Ô princes du marketing de demain, implore Régis Debray, n’oubliez pas l’ancien préfet de police de Paris, grâce auquel notre révolution libertarienne et fondatrice, l’année zéro de l’actionnaire régénéré du 21ème siècle, aura pu se dérouler, sans mort par balle d’un étudiant ou écolier. » Et Debray qui manie assez bien l’ironie, précédait sa supplique de ce préambule que je veux citer aussi : « Quand au mois de mai 2068, rejoignant celles de l’abbé Pierre, les cendres de M. Daniel Cohn-Bendit seront transférées au Panthéon, puissent les restes de M. Maurice Grimaud, accompagner son catafalque – à distance respectueuse évidemment. Telle est l’humble supplique que j’adresse par avance au consulting de la marque France chargé de cette panthéonade dansante, innovante et payante, sponsorisée par Total et Google… » Et Régis Debray d’évoquer dans la foulée le calicot que l’on dressera sur la façade relookée du temple de la rue Soufflot… « Au beautiful people franchouillard et laïque, notre holding reconnaissant. » A quelques pas de là, tout à l’heure, au Luxembourg, Nicolas Sarkozy commémorera l’abolition de l’esclavage et rendra hommage à Victor Schœlcher. Double anniversaire en quelque sorte, puisqu’en mai 1981, comme s’en souvient LE FIGARO ce matin, François Mitterrand après avoir remporté l’élection présidentielle, se rendait le jour de sa prise de fonction au Panthéon. Là, une rose à la main, comme le chanta Barbara, le successeur de Valéry Giscard d’Estaing, s’inclinait sur les tombes de Jean Jaurès, Jean Moulin et Victor Schœlcher. Un journal, un seul, consacre aujourd’hui un numéro hors série à l’abolition de l’esclavage. L’HUMANITE. L’HUMANITE qui rappelle « l’Histoire inavouée » de ce que la France, et la France seule, considère aujourd’hui comme un crime contre l’Humanité. L’esclavage et la traite négrière dont on se souvient au Sénégal, au Mali, au Brésil, en Haïti, à La Réunion, en Martinique, en Guadeloupe, au Bénin, au Burkina Faso… j’en passe. L’HUMANITE qui s’en entretient aujourd’hui avec Edouard Glissant, Youssou N’Dour, Lilian Thuram, Christiane Taubira, Maryse Condé, Françoise Vergès, Aminata Traoré. L’HUMANITE hors série qui ajoute à ce numéro un DVD avec des extraits du film « Retour à Gorée » et qui rappelle en couverture qu’en 1848, la France abolissait la servitude grâce au sénateur alsacien Victor Schœlcher. On considère que 14 millions de noirs ont été victimes de la Traite… et je ne suis pas certain qu’on le rappelle souvent aujourd’hui à nos lycéens, et qu’on leur rappelle aussi ce principe de Victor Schœlcher. « Disons-nous, et disons à nos enfants que tant qu’il restera un esclave sur la surface de la terre, l’asservissement de cet homme est une injure permanente faite à la race humaine toute entière. » Je ne suis plus sûr non plus qu’on rapporte aux lycéens d’aujourd’hui ces mots d’Aimé Césaire, extraits de son introduction à « Esclavage et Colonisation », recueil de textes de Victor Schœlcher, publié par Emile Tersen aux Presses Universitaires de France, en 1948. « Victor Schœlcher disait Césaire, un des rares souffles d’air pur qui ait soufflé sur une histoire de meurtres, de pillage, d’exactions ». Et il disait : « Evoquer Schœlcher, ce n’est pas invoquer un vain fantôme, c’est rappeler à sa vraie fonction un homme dont chaque mot est encore une balle explosive.(…) Si, malgré tout, de la grande déconfiture, surnage un fait positif, l’abolition de l’esclavage, c’est que dans un domaine limité, la Révolution buta sur les hommes qu’il fallait.(…) Schœlcher dépasse l’abolitionnisme et rejoint la lignée de l’homme révolutionnaire : celui qui se situe résolument dans le réel et oriente l’histoire vers sa fin ». Quid aujourd’hui des Droits de l’Homme, et de l’histoire de l’homme en Birmanie, au Liban, au Soudan… et de l’esclavage qui demeure… Je vous laisse lire les quotidiens d’aujourd’hui. Notez tout de même avec LE FIGARO ce que dit Bernard Kouchner à propos de la Birmanie où l’on voit des dictateurs s’occuper de tout sauf de leurs peuples et même interdire qu’on vienne à leur secours. La France, dit Bernard Kouchner, doit agir sans attendre pour la Birmanie et LE FIGARO rappelle que Paris a envoyé un bateau de la marine chargé de 1.500 tonnes de vivres et de médicaments qui pourrait arriver sur place en milieu de semaine prochaine. L’intérêt de ces médicaments et de l’eau, c’est qu’ils se conservent. Je voudrais conclure avec deux choses, Ne ratez pas la chronique de Bruno Frappat dans LA CROIX. Lui, il évoque un Sarkozy qui essaie de faire des choses et qui a encore quatre ans pour le faire. Il conclut ainsi : « Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy fait dans la sobriété du discours, il est moins agité, court moins vite. Il est comme tous ses prédécesseurs et ses concurrents : Il dit qu’il se fiche des sondages mais tous les matins se mire en leur miroir. Et là, il entend le peuple lui dire : on se calme ! Prends ton temps ! Il le fait. Et, ajoute Frappat, quand il obtempère, que voit-on germer à l’horizon ? De l’ennui ou de la colère. L’ennui, cela ne se commande pas. La colère, en revanche, s’organise. On le voit très bien avec ce mouvement « des » lycéens que l’on devrait plus correctement appeler mouvement « de » lycéens. » Enfin, dans tous vos journaux, on parle de Pascal Sevran. Je n’en cite qu’un, LE POPULAIRE DU CENTRE. Oui, parce que Pascal Sevran était de limoges. Et là il y a une photo où l’on voit François Mitterrand, Jack Lang et Pascal Sevran. Et LE POPULAIRE DU CENTRE titre : « Pascal Sevran meurt « chez lui » à Limoges ». ça me rappelle le très beau film de Patrick Chéreau qui parlait, lui, de François Reichenbach qui sur son lit de mort, avait dit à Danielle Thompson : « Mon enterrement aura lieu à Limoges. Ceux qui m’aiment prendront le train ». Ceux qui aiment Pascal Sevran feront comme pour François Reichenbach : ils prendront le train. Un dernier mot. LIBERATION qui fait dans ses titres des jeux de mots, en fait un à propos de Pascal Sevran. Je le cite : « Pascal Sevran : re-mort » Comprenne qui pourra.

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