Bonjour à tous… « J’ai rencontré trois fois Nicolas Sarkozy. Un jour, dans son avion, il m’a tutoyé et ça m’a déplu ». C’est Jean Daniel, le fondateur du « Nouvel Observateur », qui fait dans le « Journal du Dimanche » cette confidence, à Claude Askolovitch, qui l’interroge sur son autobiographie, parue chez Grasset, et intitulée « Les Miens ». Joli livre dans lequel Jean Daniel, dit ce qu’il doit à Camus, Mauriac, Mendès, Aron, Foucault, Sartre et quelques autres, qui ont marqué sa longue vie d’observateur engagé. « Les hommes n’aiment pas être libres », prétend Jean Daniel, au sommet de sa longue carrière. « Ils n’aiment pas être libres… ils aiment se libérer ». Et le fondateur du « Nouvel Observateur » de le prouver en expliquant, qu’il trouve incongru qu’un Président de la République, Nicolas Sarkozy, en l’occurrence, l’ait tutoyé. « Des hommes d’Etat, j’en ai vu », dit-il, « et Léon Blum, que j’ai rencontré tout jeune, est le seul qui m’a impressionné ». Sarkozy, lui, je l’ai revu à un déjeuner où l’on célébrait Albert Camus, et au cours duquel, il eut cette très belle phrase, en direction de Catherine Camus… « Chère Catherine, votre père est le seul qui m’a fait regretter d’être né de ce côté-ci de la Méditerranée ». J’ai eu le tort, alors, confie Jean Daniel au Journal du Dimanche, de commenter : « C’est une très belle pensée »… car Sarkozy m’a interpellé… Et ça vous étonne ! Eh bien je vais vous dire Jean Daniel. Peu de chose nous sépare… Une seule peut-être… Vous n’aimez pas l’argent et moi oui ! Et voici le commentaire, tel que vous pourrez le lire, page 3, en encadré, page 3 du « Journal du Dimanche ». C’est Jean Daniel qui le signe, en réponse à Claude Askolovitch qui l’interroge : « Le président parlait très fort, devant 20 personnes, c’était déplaisant. On n’était pas encore au virage anticapitaliste contre les patrons abusifs. Nous nous sommes revus plus tard, lors de l’affaire du faux SMS, publié sur le site du « Nouvel Obs ». Là, Sarkozy et moi, nous nous sommes bien conduits, si j’ose dire. Il se battait pour Carla. Il acceptait qu’on l’attaque, lui, mais pas qu’on la blesse. Au « Nouvel Observateur », nous étions dans notre tort. Je l’avais reconnu tout de suite. Lui, était indigné. Il avait raison ». Reste que pour Jean Daniel, cela n’autorise pas le chef de l’Etat d’être à Tu et à Toi, avec lui. Ce qui me rappelle cet échange d’autrefois, entre Edgar Faure, retrouvant à l’Elysée, l’ami François Mitterrand devenu Président et s’enquérant… « François, est-ce qu’on se dit tu, ou est-ce qu’on se vouvoie ? ». Faites comme vous voudrez Edgar. « Je dis tu, à tous ceux que j’aime » arbitre Prévert, dans l’un de ses poèmes, et on peut comprendre tout à la fois, la distance présidentielle que marque le vous, et les démonstrations de sympathie des tutoiements de Sarkozy. C’est pourquoi Claude Askolovitch a raison d’écrire dans le « Journal du Dimanche » que Jean Daniel n’a vis-à-vis de Nicolas Sarkozy qu’une méchanceté de gourmet. Beaucoup plus acéré dans les flèches qu’il décoche à Dominique de Villepin, Jérôme Monod, l’ami et l’éminence grise de Jacques Chirac, qui publie lui aussi ses mémoires chez Fayard. Le livre s’intitule « Les Vagues du Temps ». Il vaut le voyage, pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire immédiate. L’hebdomadaire « Le Point » en publie quelques extraits, naturellement croustillants, pour mettre en appétit les plus méchants d’entre nous. C’est Anne Bitton du « Point » qui a sélectionné ce qu’elle appelle les pointes sèches du Conseiller de Jacques Chirac à l’Elysée. Sur Villepin : « Il ne sera jamais un homme d’Etat pour la France. C’est un être très séduisant et très exaspérant. C’est comme les dragons dans les opéras de Mozart, ils crachent des flammes, on est impressionné, c’est à la fois splendide et terrifiant, et puis on se rend compte qu’il n’y a pas grand-chose. Villepin ne travaille pas énormément. A l’Elysée, il ne lisait pas les notes. Chirac disait : « Il est stupéfiant, il lit très, très vite ». Mois je dis : « Il est stupéfiant parce qu’il parle sans avoir lu. Il n’est pas méchant, mais il est égoïste, il ne voit les choses qu’à travers lui. « Je suis le seul gaulliste qui reste, tous les autres sont des cons », m’a-t-il dit un jour. Quand il était secrétaire général de l’Elysée, il s’occupait beaucoup des affaires, il arrivait dans le bureau de Chirac en agitant des dépêches, il le traumatisait, il savait qu’il le traumatisait. Et quelquefois il me disait : « Ecoutez, il faut qu’on s’y mette à deux, ce type n’a rien dans le crâne. Moi je suis sa cervelle. Je le guide ». Et puis il a trahi Chirac, quand il a dit que Chirac savait, pour Clearstream ». Il n’a pas de principes ». Sur Sarkozy, et toujours dans « Le Point », le même Jérôme Monod : « Cet homme est capable de tout. Il a la mémoire longue, il se venge. Moi, il m’a détruit la Fondation pour l’innovation politique ». Monod s’en tiendra là. « Pas par crainte », jure-t-il. Par « principe ». Sur Juppé, Monod toujours : « Dès que je l’ai vu, j’ai senti que c’était un type exceptionnel. Il a des principes. Alain est le seul homme politique solide sur lequel on peut compter pour l’avenir, mais il ne faut pas qu’il s’enfonce dans un marécage en cédant à son égotisme ou en disant tout et n’importe quoi. C’était une stupidité d’accepter ce poste de ministre après avoir dit : « Je ne serai que bordelais ». Sur Xavier Bertrand : « Il est très travailleur, plein de bonnes intentions, mais qu’il prenne garde à la platitude ! ». Laurent Wauquiez ? « C’est un homme très intelligent, honnête, qui a le sens de l’honneur, mais prêt à se tordre le cou pour être sur la photo. Il risque de s’abîmer ». Nathalie Kosciusko-Morizet ? « Une brute, une lame d’acier. Wauquiez est plus fragile, moins cynique. C’est la différence entre le fromage de chèvre sec et le fromage de chèvre demi-mou ».

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