Bonjour à tous… Salut Pierre Weill, au revoir Monsieur Chirac, bonjour Monsieur Bayrou. Qui l’eut cru, qui l’eut dit… que la presse, toute la presse évoquerait en même temps aujourd’hui les adieux du premier et l’irrésistible ascension du second. C’est ainsi écrit ce matin François Bazin dans le Nouvel Observateur, quand Chirac s’en va, les hommages et le chant du départ se confondent avec les accents du chant des partisans et du coup, plus personne ne prononce le mot-clé de Sarkozy, mais la fameuse rupture qu’il souhaitait est désormais dans toutes les têtes. A gauche, à droite, au centre, c’est le système politique français qui parait à bout de souffle et avec lui, les classifications que l’on croyait gravées dans le marbre. Voyez poursuit François Bazin, le total de la gauche dans les sondages qui dépasse à peine les 35% mais demandez-vous aussi combien pèse la droite dès lors que François Bayrou s’installe dans un ailleurs qu’il est le seul à pouvoir situer. Et voici la conclusion de mon confrère du Nouvel Observateur, sur la rupture programmée du 22 avril prochain, peut importe écrit-il, de savoir qui va trinquer au soir du premier tour de l’élection présidentielle mais le parti de celui qui ne sera pas qualifié pour la finale va éclater. Un duel Sarkozy-Bayrou et c’est la mort du parti socialiste. Un choc Ségolène/Bayrou et c’en est fini de l’UMP. Un affrontement Sarko-Ségo et c’est l’UDF qui vole en éclats. A défaut de choisir un président, conclut mon confrère du Nouvel Observateur, les français en 2007 auront au moins désigné une victime. Alors, j’ai compté. C’est dans 43 jours que nous allons faire d’un de nos présidents virtuels actuels un cadavre politique pour reprendre la méchante expression d’Hugo Chavez désignant ainsi hier en Argentine, le président Bush, hôte des uruguayens. Il y aura des morts en effet de ce côté-ci de l’Atlantique, puisque comme le souligne Bruno Dives dans Sud-Ouest ce matin, chacun a sorti la grosse artillerie. Face à la percée de François Bayrou, explique mon confrère girondin, on sort les grosses pièces, Strauss-Kahn d’un côté, Simone Veil de l’autre viennent à la rescousse tandis que Jean-Louis Borloo se fait encore un peu désiré. En attendant de connaître le résultat des canonnades annoncées, on doit noter en effet, avec les sondeurs que François Bayrou en dépit de la dynamique qui le porte est fragile lui aussi. Ses partisans viennent en effet, à parts égales, vous le savez, de la gauche et de la droite et pourtant en bordant sur l’électorat de Ségolène Royal, François Bayrou apparaît aujourd’hui comme le candidat le plus dangereux pour Nicolas Sarkozy, au 2ème tour. D’où cette réflexion plaisante du patron d’un institut de sondage cité par Sud-Ouest, patron qui dit qu’en dépit d’une bonne campagne, Nicolas Sarkozy est victime d’une implosion de la gauche. Laurent Fabius, interviewé par Philippe Martinat dans Le Parisien ce matin, appelle ça le paradoxe de 2007. Les Français explique-t-il veulent le changement mais ils semblent, pour l’instant, préférer au deuxième tour les candidats issus de la majorité sortante ! Et l’ancien Premier ministre de François Mitterrand de juger la situation sérieuse, très sérieuse même, avec un risque pour la gauche si l’opposition gauche/droite n’est pas assez claire risque de voir au second tour François Bayrou contre Nicolas Sarkozy. Philippe Martinat pose d’ailleurs la question à Laurent Fabius, alors vous considérez qu’il faut s’opposer frontalement à François Bayrou ? - Bien sûr, répond Laurent Fabius, rien ne serait plus erroné maintenant que d’essayer de faire du Bayrou sans Bayrou. Il est exclu d’ailleurs que nous gouvernions sans lui, par sectarisme mais parce que nous refusons la confusion. Dominique Strauss-Kahn dans les colonnes du Monde daté d’aujourd’hui en bon social démocrate, est moins raide que Fabius quand il écrit : « On est trop indulgent par rapport au flou du projet de Bayrou et trop excessif par rapport à sa démarche ». Tiens, tiens, remarquent ce matin mes confrères du Sud-Ouest, c’est presque un clin d’œil au centriste. La preuve, dans le même texte, Dominique Strauss Kahn presse François Bayrou d’aller au bout de sa logique. Il l’invite à rejoindre la gauche, je cite, pour battre Nicolas Sarkozy. Alors Le Monde daté d’aujourd’hui en juge autrement puisqu’il explique que c’est la faiblesse de la gauche qui oblige Ségolène Royal et Dominique Strauss Kahn à reconquérir les voix du centre. Et voilà comment Bayrou énerve tout le monde, résume la Charente Libre. Tensions au PS, tensions à l’UMP, tensions de tous les côtés et Dominique Garo, l’éditorialiste de la Charente Libre de citer Jean-Luc Mélenchon pour qui il y aurait le feu au lac, à gauche bien sûr, avant d’évoquer un coup de fil rageur de Nicolas Sarkozy à Edouard de Rothschild, l’actionnaire principal de Libération. Selon la Charente Libre, en effet, le candidat de l’UMP se serait plaint « d’un journal de merde », c’est Libération, qui traiterait ou qui aurait traité malhonnêtement du dossier fiscal du ministre de l’Intérieur. Ouest-France est moins inquiet des tensions à venir et considère que ce qui domine désormais dans la campagne présidentielle, c’est l’incertitude, incertitude dans toutes les têtes titre Ouest-France ce matin. Le Figaro, lui, préfère souligner la décontraction de François Bayrou qui à Perpignan s’est amusé à pointer l’affolement qu’il provoque de tous les côtés au parti socialiste comme à l’UMP et le même quotidien, Le Figaro, de saluer un Sarkozy relançant, je cite, le débat sur l’identité nationale. Protestation de Libération en trois mots. Sarkozy monte au front. J’ai gardé pour la bonne bouche deux éditoriaux magnifiques. Celui de Jean-Claude Guillebaud dans le Nouvel Observateur et celui de Claude Imbert dans Le Point. Je commence par celui de Claude Imbert. Extraits : François Bayrou le dissident, comme dit Imbert, et il écrit : « François Bayrou est un béarnais de bonne sève avec du nerf, du jarret, fils de son terroir et des livres, grandi dans le mérite républicain, frotté d’ail et de belles lettres, cavalcadour qui parle à l’oreille des chevaux. C’est un croyant à tête dure et chimérique, élu, rêve-t-il, par le dieu d’Henri VI pour éteindre la guerre de religion gauche-droite, pour redonner honneur et poule au pot au galant peuple françois… Dans son sillon, poursuit Imbert, vous respirez l’imaginaire catholique où l’argent sent le péché. Et cette confiance emphatique dans le peuple de France et dans son propre destin. Une ligne encore, cette vague, écrit Imbert, ce mascaret du changement, pour porter Bayrou au pinacle, il faudrait qu’il tourne au raz de marée. Bayrou y croit qui se souvient qu’un tel déferlement servit de Gaulle… Oui… mais écrit-il, c’était de Gaulle. Gare au vent des engouements et aux opinions changeantes de la démocratie d’opinion, préfère noter Jean-Claude Guillebaud, lequel s’inquiète d’une panique électorale et d’un naufrage collectif des français annoncé. Attention, écrit Guillebaud, attention à la rumeur médiatique aussi impérieuse qu’inconsistante. Méfiez-vous de sa force d’expression et de sa fragilité aussi. Le parler gros et le penser petit plus proche de la crédulité que de la conviction…

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