Bonjour à tous. Nous sommes le dimanche 10 octobre 2010. Peut-être avez-vous remarqué cette curiosité de l’agenda qui multiplie à l’envie le chiffre 10…. 10.10.10…. Symbole, parait-il, de création universelle ! Deux, zéro. Voilà un second rapport chiffré de l’actualité qui met en gaité. Hier, les bleus ont remporté, face à la Roumanie, leur premier match depuis une année. « Ca fait plaisir », titre l’EQUIPE aujourd’hui, en expliquant qu’on attend confirmation de l’embellie à Metz, mardi prochain, contre le Luxembourg. « Trente quatre centimes d’euro la minute »… Ca c’est le prix du temps qui tourne au compteur téléphonique, mille fois entendu et tellement exaspérant ! C’est aussi le titre de la chronique de Tahar Ben Jelloun, à lire absolument en dernière page du MONDE, daté dimanche 10.10.10 et lundi du même mois. L’écrivain, membre de l’Académie Goncourt, demande dans ce texte à découper et conserver, si notre société extravagante et vulgaire, n’a pas doucement viré à droite. Le linguiste italien Raffaele Simone le croit lui aussi dans un livre publié chez Gallimard et intitulé « le Monstre doux. L’Occident vire-t-il à droite ». Tocqueville nous en prévenait dès 1834, souligne Tahar Ben Jelloun en le citant : « Si le despotisme venait à s’établir un jour chez les nations démocratiques, il serait plus étendu et plus doux. Il dégraderait les hommes sans les tourmenter ». Nous y sommes, selon le chroniqueur du MONDE. Nous sommes devenus des citoyens abîmés, abreuvés d’images dont le but est de supprimer avec allégresse notre être libre, notre statut d’individu. Notre système démocratique fonctionne comme une musique d’ascenseur, faite pour endormir et faire tout accepter. Et ça marche ! Une panne informatique gèle toute communication. Une erreur judiciaire écrabouille l’individu dans un engrenage dont il sortira en lambeaux. L’être perd son essence et ne se trouve plus face à un être de chair, avec qui parler et négocier, mais face à un semblant d’être qui répond avec une politesse préfabriquée et une voix artificielle. Génial, poursuit Tahar Ben Jelloun, génial, l’inventeur du téléphone à touches, qui a poussé les relations entre citoyens, au plus haut niveau du mépris. Car celui qui vous répond après avoir laissé tourner le compteur, à 34 centimes d’euros la minute, est dans une cabine au Maroc ou en Tunisie. Vous croyez qu’il s’appelle Daniel, mais c’est Karim ou Abderazak. Il est gentil, mais se révèle vite incompétent, et vous oriente vers un service appelé assistance technique. Là, vous refaites le numéro, et sur une musique exécrable, une voix vous répète : « Nous vous remercions de patienter quelques instants… un conseiller va prendre votre appel ». Le compteur tourne, vous calculez que la société vous prend votre argent. Et soudain la même voix féminine vous prévient : « Vu le nombre d’appels, nous ne pouvons pas vous répondre actuellement. Nous vous invitons à renouveler votre appel ultérieurement ». C’est ainsi qu’on vous dépouille en toute légalité, commente Tahar Ben Jelloun, avant de conclure sur le despotisme, monstre doux et destructeur d’emplois. « Vous avez envie de hurler, d’appeler la police, le préfet, le maire, le ministre ». Mais à quoi bon ? Vous venez de découvrir à l’occasion d’un problème de connexion que vous n’êtes qu’un dossier muni d’un RIB, sans défense, à moins de faire partie de la VIP-Society qui a droit à un traitement de faveur ! Voilà la société monstrueusement douce que préparent les politiques sans âme, sans sincérité, devenus des pantins eux-mêmes, d’un système où la vieille bureaucratie, interchangeable, agit monstrueusement elle aussi. Au journal télévisé de France 2 hier, Laurent Delahousse illustrait le propos pessimiste de Tahar Ben Jelloun avec ces Français, bien français pourtant, mais nés ailleurs et contraints de prouver leur nationalité, lors du renouvellement de leurs papiers. Il faudrait un sursaut laïque, s’écrie Georges-Marc Benamou dans sa chronique de NICE-MATIN. Sommes-nous tous devenus des sans-papiers, comme se le demandait LIBE, mardi dernier. Et mon confrère du midi de s’étonner aujourd’hui, dans ces termes, d’un scandale qui dure, pour les Français nés à l’étranger. « Malgré les promesses d’Hortefeux, malgré trois circulaires et un décret, ce scandale au cœur de la République continue. Tous les jours, ces français nés, le plus souvent en Algérie alors française, doivent prouver leur origines, là où la guerre est passée, où les archives ont brûlé, et les parents disparu. Cela provoque des drames intimes, violents et quotidiens – ces ronds de cuir s’en rendent-ils compte ? Serons-nous tous bientôt, et moi qui suis né dans cette Atlantide que sont devenus les départements français d’Algérie, serons-nous tous bientôt des Roms roumains ? ». Georges-Marc Benamou, dans la même chronique niçoise, s’interroge sur ce qu’il appelle la démission virtuelle de Bernard Kouchner. Lettre envoyée à l’Elysée, selon le NOUVEL OBSERVATEUR, mais pas reçue, comme si le courrier se perdait aujourd’hui à Paris. Allons, commente mon confrère, cette lettre est un leurre, destinée à préparer une sortie glorieuse de Kouchner, du Quai d’Orsay. Sachant qu’il allait être viré, il a pris les devants. Maladroitement. 10.10.10, est-ce que la France s’ennuie aujourd’hui ? Et faut-il a distraire avec des rumeurs. Le PARISIEN consacre quatre pages ce matin, à la succession annoncée de François Fillon. Six favoris au banc d’essai, avec des notes, s’il vous plait établies par des experts. Et des qualificatifs pour les impétrants. Borloo, l’atypique est à 7. Michèle Alliot-Marie, la pugnace est étalonnée à 4 et demi. Jean-François Copé, l’homme pressé, est à 5. Christine Lagarde, la bûcheuse, tient bon la rampe à 6 et demi. Baroin, le jeunot, 4 et demi… Fillon-le-sérieux… 6,2 Faites vos jeux ! Le JOURNAL du DIMANCHE fait et croit à Jean-Louis Borloo qui dans le feuilleton du remaniement, serait en train de se rapprocher de Matignon. La preuve ? L’intéressé déclare avoir pris de bonnes résolutions cet été. Tellement bonnes, que les Français, sondés par l’IFOP, pensent que le Ministre de l’Intérieur, ferait un bon successeur de François Fillon. MARIANNE publie aussi un sondage aujourd’hui, sur les intellectuels du présent. Qui a la plus grande notoriété ? Bernard-Henry Lévy, on s’en serait douté. Qui a la plus grande influence. Elisabeth Badinter la laïque, la Républicaine passionnée par un grand siècle d’intelligence française : le XVIIIème. J’ai gardé pour la fin deux mauvaises nouvelles et l’interview d’un sage. La première est à la une du MONDE et concerne les mauvais chiffres du chômage aux Etats-Unis. 100.000 emplois détruits en septembre et Obama qui hésite entre rigueur et relance. La seconde, bouleverse la presse britannique. L’humanitaire anglaise, Linda Norgrove, enlevée en Afghanistan le 26 septembre dernier, a été assassinée par ses ravisseurs dans la nuit de vendredi à samedi, alors que les troupes US tentaient de la libérer. Le Sage, c’est Michel Rocard, libre de n’être candidat à rien, désormais, qui donne dans le PARISIEN son point de vue sur les retraites et sur le gouvernement Sarkozy. Question du PARISIEN : « Cette réforme des retraites faut-il la faire ? » « Absolument. Et je désapprouve tous ceux qui considèrent qu’on peut ne pas toucher à l’âge de la retraite ». - Comment jugez-vous le climat politique actuel, avec un gouvernement en sursis ? « Il y a eu une maladresse présidentielle à annoncer un remaniement trop longtemps à l’avance. Cela a des effets induits sur la qualité du travail gouvernemental, la sécurité dans l’emploi de chacun, qui sont lourds. Nous sommes dans une conjonction où un certain style pétulant et un peu primesautier du président inquiète, sur fond de crise économique et de chômage massif dont nous ne sommes pas sortis ».

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