Bonjour à tous… Katyn, mars 1940… Katyn, avril 2010 ! Hier crash de l’avion présidentiel polonais et il y a 70 an, massacre par balles, sur ordre de Staline de près de 15.000 officiers, médecins, avocats, professeurs, étudiants, tous membres de l’élite polonaise ! Entre les deux événements, sept décennies de mensonges, de silences et de demi-vérités péniblement approchées… Ce matin, la presse dominicale s’arrête comme il convient sur le crash d’hier, dans lequel ont péri le Président polonais et les 90 personnalités qui l’accompagnaient en Russie, pour rendre hommage aux victimes de Staline. Et vous retrouverez partout, de la PROVENCE au DAUPHINE et des DERNIERES NOUVELLES d’ALSACE au PROGRES de Lyon, les mêmes manchettes sur la Pologne en pleurs, la Pologne en deuil, la Pologne décapitée. Tragédie polonaise, titre également OUEST-France, tandis que le JOURNAL du DIMANCHE se demande si 70 ans après la 2ème guerre mondiale, il faut encore mourir pour Katyn. Pierre-Laurent Mazars évoque à cet égard, « un hommage maudit », en s’appuyant sur deux ouvrages récents. « Katyn, vérité sur un crime de guerre », d’André Versaille. Et « Staline assassine la Pologne, 1939-1947 », paru au Seuil il y a 10 ans. « Tragique ironie de l’Histoire », écrit Mazars, « à bord du Tupolev 154 du Président polonais qui s’est crashé hier, se trouvaient plusieurs dizaines de descendants des victimes du massacre de Katyn. Ils allaient se recueillir sur les tombes de ces officiers, exécutés il y a 70 ans, dans la forêt de la mort, par les flics de Staline ! ». Dorénavant, écrit également dans le JOURNAL du DIMANCHE, Adam Michnik, le mot Katyn désignera encore une fois le malheur de la Pologne ! Malheur de l’élite polonaise décapitée en 1940, malheur de la Pologne d’aujourd’hui, privée de ses dirigeants et malheur aussi de cette fatalité, qui a vu périr lui aussi, dans un accident d’avion, le général Sikorski, chef du gouvernement polonais, en exil à Londres. Sikorski, que les Soviétiques accusèrent de collusion avec Hitler. Sikorski qui ne cessa jamais, jusqu’à sa mort, d’exiger des éclaircissements de l’URSS sur le sort des officiers polonais disparus. Adam Michnik, que vous pourrez lire en page 2 du JOURNAL du DIMANCHE, est bien connu des Français. Ancien dissident comme Geremek, comme Lech Walesa, il dirige aujourd’hui le journal GAZETA WYBORCZA. Michnik est loin d’être sur la même ligne politique du Président polonais disparu hier, ultra conservateur, eurosceptique, homophobe, anti-avortement, comme chacun sait. « Néanmoins », écrit Michnik, « Lech Kaczynski a servi la cause de l’indépendance et de la liberté polonaises depuis 1968. C’était un patriote, droit, bienveillant et intelligent. Il répétait souvent qu’avec Solidarnosc il avait choisi la voie de l’opposition à la dictature et je me souviendrai toujours de sa décision avec respect et émotion ». C’était le dernier des Polonais, écrit aussi, dans son éditorial du JOURNAL du DIMANCHE, Claude Askolovitch. Le dernier des Polonais que la mort attendait près de Katyn, là où meurt forcément la Pologne ! Et mon confrère d’ajouter, que c’est un vertige, quand le hasard rejoint à ce point l’Histoire. Quand, apparemment, un ultranationaliste comme Lech Kaczynski fait tout pour périr, là où Staline fit exécuter la fine fleur de l’armée polonaise ! « Jamais », poursuit Claude Askolovitch , « jamais Kaczynski n’aurait du se trouver hier dans un avion en perdition au-dessus de Smolensk, s’il n’avait suivi ses préjugés, son calendrier, ou ses convictions, ou ses fantômes. Le président polonais n’avait pas voulu partager l’hommage rendu à Katyn par les Premiers ministres russe et polonais. Poutine et Tusk, mercredi dernier. Pas avec Tusk, ce libéral en train de vendre le pays à l’Occident ; pas avec Poutine, ce Russe forcément ennemi… Kaczynski avait organisé sa cérémonie à lui, avec ses invités, son épouse, ses familles de victimes. Il en est mort et tous avec lui, dignitaires et descendants de victimes, venus pleurer le crime qui les fondait ». Après le deuil de 24 heures, demain dans la Russie de Poutine, après les condoléances d’Obama, Sarkozy, Gordon, Merkel et le deuil de 8 jours décrété en Pologne, la presse reviendra sur ce que le BERRY REPUBLICAIN appelle ce matin « la malédiction de Katyn ». Encore faut-il, après des décennies de mensonges soviéto-nazis et de silences alliés, appuyés tant et tant de commissions d’experts embarrassés, et incapables de publier leurs conclusions, sur les auteurs du massacre de 1940, on doit remercier Gorbatchev. C’est lui qui, soucieux d’assainir en 1990, les relations entre Moscou et Varsovie, osa le premier en Russie, reconnaître la responsabilité du NKVD dans le massacre de Katyn et présenter les excuses officielles des Soviétiques aux Polonais. Deux ans plus tard, Boris Eltsine ouvrit les archives et remit à Lech Walesa des documents du Comité central du PCUS, dont l’ordre d’exécution des officiers polonais. Malgré cela, il y a quelques années encore, si mes souvenirs sont bons, le journal l’HUMANITE publiait à Paris de curieuses réserves sur les 15.000 morts de Katyn. Et il n’y a pas si longtemps encore, la critique cinématographique française, à de rares exceptions près, oubliait d’inviter ses lecteurs à se précipiter pour voir le film remarquable, de Wajda, intitulé « Katyn ». En revanche, face à nos négationnistes, indécrottables, il y eut des historiens comme Annette Wieviorka et Alain Decaux, pour faire leur boulot. Et dire que oui… malgré les balles allemandes, tirées dans les nuques des victimes de Katyn, découvertes dans les charniers, les assassins étaient si bien commandités par la police stalinienne. Totalitaires de tous les pays, unissez-vous… Depuis le pacte germano-soviétique… ils l’étaient… de là, sans doute, le travail difficile de la vérité. La vérité d’hier, n‘est pas celle d’aujourd’hui. C’est à Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, que l’on doit ce joli mot… anti-chaos, anti-rumeur de 24 heures, une semaine ou plus. La vérité d’hier, n’est pas celle d’aujourd’hui… J’ai promis à ce micro d’évoquer le magnifique édito de Claude Imbert dans le POINT. Trop tard, auditeurs mes frères. Rien dit non plus, hier matin des pages de Jean-François Kahn dans MARIANNE, lequel considère qu’un bon journalise doit parler des rumeurs et non pas se taire. Et je devrais parler de la bonne interview dans le MONDE d’Alain Juppé.

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