Que veut dire « devenir adulte » ?

Quand vous étiez petits, peut-être aviez-vous un doudou ; une poupée, une peluche que vous dorlotiez à longueur de journée... Les doudous, c'est logiquement pour les enfants, mais il arrive qu'on les conserve lorsqu'on est plus grand, notamment en Asie, où, selon le dogme shintoïste, on considère que les objets sont tous porteurs d'une âme et qu'ils s'enrichissent donc des expériences qu'on leur fait vivre. Raison pour laquelle, au Japon, une agence de voyage s'est spécialisée dans les excursions destinées aux doudous ; les peluches et autres poupées. Trente euros pour faire le tour des monuments de Tokyo, nettement plus quand il s'agit de les transporter pour un séjour de quelques jours à l'autre bout du pays... Et leurs propriétaires suivent leur pérégrinations sur les réseaux sociaux - c'est un peu comme le nain de jardin dans Amélie Poulain, le nain de jardin qui postait ses photos de vacances... C'est une info piochée dans le magazine CLES, un magazine dont l'objectif est de donner à ses lecteurs des raisons d'espérer. Mais attention, on ne se moque pas, car la plupart des gens qui décident d'envoyer leur nounours se promener le font rarement pour le fun : ce sont, le plus souvent, des gens surchargés de boulot ou bien trop angoissés pour sortir de chez eux. Et donc, ils envoient leurs doudous voyager à leur place...

Mais au-delà de l'anecdote, c'est une vrai question que pose à sa Une le magazine : « Pourquoi donc devenir adulte ? » Et que signifie me mot « adulte » ?

Dans les pays occidentaux, on voue un culte à la jeunesse. La jeunesse à tout prix ; les trentenaires sont de grands ados et les octogénaires se comportent comme des gamins. Mais dans les tribus africaines, si vous dîtes à un vieux qu'il est jeune, c'est une réelle insulte, parce que vous insinuez qu'il est superficiel et sot. Alors qu'un jeune sera flatté qu'on le qualifie de vieux, le vieux étant considéré comme un individu sage et rusé. C'est le musicien Ray Lema qui apporte ce témoignage.

Autre témoignage, celui de Christian Bobin, le poète Christian Bobin. « Aujourd'hui, dit-il, je suis exactement comme l'enfant que j'étais, excepté sur un point : désormais, je me préoccupe des autres... Un véritable adulte, c'est celui qui se sent responsable d'autrui. »

Vous lirez aussi ce propos rapporté, en son temps, par André Malraux. Un jour, celui-ci demanda à un prêtre ce que ses décennies de confessions avaient pu lui apprendre sur l'humanité, et voilà ce que le prêtre lui fit comme réponse : « Ce que j'ai appris, c'est qu'il n'y a pas de grandes personnes. »

Alors qu'est-ce que c'est qu'être adulte ? Et qu'est-ce que c'est qu'une « grande personne » ?

Peut-être est-ce une personne qui arrive à s'émanciper de l'autorité de ses parents ? Suivez mon regard...

Tous les journaux continuent de conjecturer sur la crise familiale qui agite le Front National. Et tous s'interrogent sur la suite : quelles sont les hypothèses ? Soit Jean-Marie Le Pen se fait exclure du parti, soit il en est juste suspendu, ou alors il écope d'un simple rappel à l'ordre... Trois hypothèses qu'explique LE FIGARO, avec ce titre « Le FN s'installe dans une guerre sans merci. » Une guerre sans merci, et des enjeux multiples, notamment celui de la marque Front National, et puis celui de l'argent... C'est à lire dans LE PARISIEN, « la bataille de l'héritage »... A qui donc appartient le nom du parti ? Son logo ? Et le fichier des adhérents ? Au père ou à la fille ? Et que deviendra le micro-parti du père, lequel permettait de financer une partie des campagnes, grâce à des donateurs souvent généreux ? « Marine Le Pen peut se fâcher avec son père, mais pas avec son banquier », estime le politologue Nicolas Lebourg...

Dans le même temps, LE MONDE nous apprend que la cheffe du FN est aujourd'hui, comme deux de ses conseillers, dans le viseur de la justice. Visée par des investigations portant, précisément, sur le financement de campagnes électorales - en l'occurrence, la présidentielle et les législatives de 2012... Marine Le Pen pourrait avoir salarié fictivement en CDD les deux conseillers en question. Du reste, le parti fait également l'objet de quatre autres enquêtes, sur lesquelles revient MEDIAPART : l'enquête sur les soupçons de fraude au Parlement Européen, l'enquête sur les financements russes du Front National, l'enquête sur le patrimoine de Jean-Marie Le Pen, et l'enquête pour abus de confiance visant le maire FN d'Hayange...

Preuve, peut-être, que le parti est en train de devenir un parti comme les autres... Mais attention aux raccourcis, prévient Jérôme Glaize, dans l'édito du MAINE LIBRE : « Même si le fait de couper les ponts avec son père peut apporter à Marine Le Pen un regain de respectabilité, cela ne suffira pas, dit-il, à en faire du jour au lendemain une femme politique comme les autres... »

Femme politique, fonction corsée. C'est aussi ce dont témoigne le reportage de Stéphanie Marteau dans M, LE MAGAZINE DU MONDE. Un reportage sur l'ambiance dans les conseils départements depuis les dernières élections...

Pour une bonne partie des élus, l'heure est encore à la découverte. Surtout pour les élues femmes, la moitié des conseillers étant donc désormais des conseillères... Parité sur les bancs, mais pas pour diriger, puisqu'on ne compte que dix présidentes sur la centaine d'assemblées... En somme, la loi a obligé les hommes à partager les places, mais ceux-ci ne parviennent toujours pas à partager le pouvoir...

Petit florilège de comportements et coutumes machistes. Ainsi, la semaine dernière, dans le Tarn-et-Garonne, le nouveau président UMP du Conseil Général a offert trois roses à chacune des nouvelles conseillères... « Mais c'est pas la Saint-Valentin ! », lui ont-elles lancé, quand les plus agacées lâchaient : « On a du bol, les filles. On aurait pu avoir des Tupperware ! » Il y également cette élue de Côte d'Or, effarée de recevoir des mails des services administratifs à l'adresse de « Monsieur le conseiller départemental… » Va falloir modifier dare-dare les en-têtes des courriers... Une autre, en Saône-et-Loire, raconte sa stupéfaction quand elle a découvert l'agencement des toilettes : uniquement deux WC fermés, deux WC pour femmes, et pour y accéder, il est nécessaire de passer devant deux rangées de pissotières... Va falloir modifier dare-dare l'agencement des toilettes...

Être adulte, c'est peut-être savoir partager non seulement les places, mais aussi le pouvoir...

Et puis c'est également savoir changer d'avis... Tendre la main, serrer la main, comme le fait Barack Obama avec le régime de Cuba et son leader Raul Castro. Une réconciliation qu'applaudit ce matin la presse... « Obama et Castro se réchauffent à Panama », commente ainsi LIBERATION, tandis LE TELEGRAMME annonce que « L'histoire est en marche »... Et elle se joue donc ce week-end au sommet des Amériques, avec, en prévision, la poursuite du lent dégel amorcé entre le pays de l'Oncle Sam et l'île communiste... Une île qui vit aujourd'hui avec « l'espoir d'une vie meilleure », ainsi que la raconte Berthes Fouques dans LA CROIX... Elle raconte la vie quotidienne à Cuba... L'impression du temps arrêté dans les années 50... Les cartes de rationnement, qui permettent de se nourrir ; du riz, des haricots, mais rarement, très rarement, de la viande ou du poisson... Elle raconte que les Cubains rêvent de la levée de l'embargo, mais qu'ils sont nombreux également à rêver de quitter l'île... Et pas forcément pour se rendre aux Etats-Unis... Témoignage d'Arturo, un professeur de langue : « Ce que je voudrais, dit-il, c'est aller en France, pour les livres, les musées, la culture... »

Beaucoup se plaignent aussi de la surveillance permanente à laquelle les soumet le pouvoir.

« Tous épiés, tous suspects » : c'est d'ailleurs le titre de LIBERATION à sa Une, mais il ne concerne pas Cuba, non – il concerne la France et le nouveau projet de loi sur le renseignement, « un arsenal massif qui inquiète au-delà des défenseurs des libertés »... Et qui inquiète furieusement LIBERATION. Dans le journal, Bernard Cazeneuve défend son texte : « Parler de surveillance généralisée est un mensonge ! », s'emporte-t-il... N'empêche : d'après le quotidien, ce texte est dangereux, car il permettra bel et bien de surveiller tout le monde. Y compris vous, y compris moi... Même inquiétude du côté du philosophe Geoffroy de Lagasnerie dans les colonnes de LA TRIBUNE : pour lui, ce projet de loi est à la fois « indéfendable et totalement inefficace ».

Un léger malaise entre la France et le Vatican. C'est à lire dans LE FIGARO : malaise autour de la nomination du nouvel ambassadeur de France, lequel ne cache pas son homosexualité. Et visiblement, c'est ça qui pose problème. L'Eglise a, pour l'heure, refusé d'entériner cette nomination...

Enfin, en ces temps de crise de la presse, on salue l'arrivée en kiosque d'une nouvelle revue, la revue THEÂTRE(S) – théâtre, avec un « s »... Des portraits, des critiques, mais aussi cette question, dans ce premier numéro : « Après l'attentat à CHARLIE HEBDO, que peut donc le théâtre face à la barbarie ? »... Réponses de metteurs en scènes, des connus et des moins connus qui, tous ou presque, disent à peu près la même chose : à savoir qu'après cette atteinte inouïe à la liberté de créer, les artistes, comme les intellectuels, ont un grand rôle à jouer : défendre les valeurs, celle du vivre-ensemble, égalité, fraternité, ainsi qu'éveiller le public aux problèmes de l'humanité... Certains, toutefois, regrettent, qu'il n'y ait pas assez de textes permettant d'évoquer sur scène la dinguerie des fous de Dieu qui sèment la terreur aujourd'hui... Et face à la terreur, face à la barbarie, ça ne rime pas à grand-chose de prendre son doudou.

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